Hamsin. Par Rachel Darmon

Tout va bien chez vous ? Il ne fait pas trop froid ?

Ici, en Israël, l’air est épais et sec, le ciel est jaune, on ne voit rien. Un vent chaud et aride transporte des tonnes de sable – gratuit, qui se dépose sur les voitures, sur le linge, sur mes géraniums, sur la table, les volets, partout !

Rien n’échappe à cette poussière dorée. Surtout pas nos poumons. Février ? Hiver ? On s’en fiche, ce n’est pas les saisons qui vont nous dicter leur tyrannie. Ici c’est le Sirocco, Hamsin venu du Sahara, via l’Egypte et le Sinaï, jusqu’aux fauteuils roses de votre serviteur (serviteuse ?) sur sa terrasse, sur sa colline sur la montagne.

Une dépression atmosphérique. Une dépression tout court.

Je ne me plains pas, je vous raconte. Des tonnes de poussière. Pas sur la plage, sur mes vitres. On ne se pose plus la question « comment s’habiller », on ne sort plus de chez nous. Interdit de faire du sport en plein air, trop dangereux.  

La poussière d’or de la fée Clochette, sans l’or, sans la fée. De fines étincelles, comme une trainée lugubre jaunasse.

Ça ne nous permet pas de voler, ça nous permet de tousser, de cracher et de pleurer. Je ne me lamente pas, je vous décris ce que vivent actuellement les Egyptiens, les Israéliens, les Palestiniens, les Jordaniens.

Y a-t-il des Libanais et des Syriens dans la salle ? Le souffle du désert est-il également de passage chez vous ?

Je me sens ensablée comme un petit sablé recouvert de sucre glace. Sans le sucre. Ces fines particules ont obstrué les yeux, le cœur, le cerveau de notre gouvernement. Il demande de retirer le mot « massacre » « טבח » des actes officiels et du projet de loi commémoratif du 7 octobre. Il veut renommer la guerre « épées de fer » « guerre de la résurrection ». Les familles, les otages, le peuple fustige. Le gouvernement veut contrôler le récit national, réécrire l’histoire.

La poussière du déshonneur, de la honte, du déni de responsabilité, du mensonge et de la manipulation a depuis bien longtemps enseveli le pouvoir en place. 

Elle n’a pas attendu cette dernière tempête.

Ni la fée Clochette.

© Rachel Darmon

Née à Paris, Rachel Darmon vit en Israël depuis plus de 30 ans. Professeur de français, éducatrice, guide touristique, elle a toujours écrit. Lauréate du « Prix des arts et des lettres » pour sa nouvelle « Le mur du bruit », elle a publié deux romans chez Folies d’encre : « Le gâteau de Varsovie » et « Tâter le diable ». « La petite aquarelle au-dessus du canapé » est son troisième roman.

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