Symbole universel de la barbarie suprême, la Shoah n’en est pas moins vécue par bon nombre d’habitants du « Sud global » comme une « hégémonie mémorielle » d’un Occident dont les cicatrices de la colonisation ne sont toujours pas refermées.
La Shoah, dont les victimes comme les bourreaux ne sont pas associées à la géographie du « Sud global » (malgré les accointances du grand mufti de Jérusalem avec Hitler…), est très (trop) souvent perçue comme un symbole dont l’universalité et le narratif viendraient mettre au second plan la mémoire de tragédies, en premier lieu l’esclavage et la colonisation, incarnant la domination de l’Occident sur les peuples dits « racisés ».
Dans ce contexte, comment Gaza et plus largement la Palestine sont-elles devenues le porte-étendard de ce fameux « Sud global » ? En raison d’une indignation humaniste légitime face au désastre humanitaire du territoire le plus densément peuplé au monde, dont la dureté des images peut légitimement heurter voire révolter ?
Il serait naïf de penser que la compassion humaniste soit le seul motif, lorsqu’au même moment des images tout aussi tragiques venues de Syrie, du Yémen, du Soudan, du Haut-Karabagh, du Xinjiang, du Congo Kinshasa ou encore de République Islamique d’Iran conduisent bien trop souvent à l’indifférence, voire parfois à une forme de complaisance avec certains régimes ou factions à l’origine de ces drames. Et il est pour le moins troublant de constater que les exécutions de Palestiniens à Gaza par le Hamas ne suscitent quasiment aucune indignation chez tous ceux qui après avoir nié la qualification de « terroriste » visant le mouvement islamiste palestinien se sont empressés de dénoncer un prétendu « génocide » à Gaza.
« No Jews, no news », me direz-vous ? En d’autres termes, la solidarité avec Gaza ne serait-elle pas plutôt davantage l’expression d’une haine de l’Israélien, du Juif et de l’Occident qu’un soutien sincère à un peuple en souffrance ?
La cause palestinienne est à l’évidence devenue l’incarnation d’un « Sud global » qui cherche donc à s’affirmer et à prendre sa revanche sur un Occident dont Israël serait le bras armé en terre d’Islam et la représentation des valeurs comme des paradoxes, et surtout d’une volonté de domination.
Les images venues de Gaza avant la signature de l’accord de cessez-le-feu étant insoutenables, et dans ce cas cesse tout raisonnement censé sur les responsabilités de ce drame humanitaire, celles-ci contribuent à donner du crédit à l’imposture du narratif autour d’un prétendu « génocide » à Gaza.
Pour rappel, le concept de génocide a été défini pour la première fois en 1944 par le juriste Raphaël Lemkin, et désigne les actes « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux » (article 2 de la convention de l’ONU du 9 décembre 1948 pour la prévention de la répression du crime de génocide). Or, à Gaza, l’armée israélienne adresse des tracts depuis ses avions de combat pour prévenir les populations civiles de l’imminence de bombardements, empêchées par le Hamas de s’enfuir. Ce dernier préfère en effet comme cela a été documenté utiliser la population civile palestinienne comme boucliers humains, leur empêchant notamment l’accès aux très nombreux tunnels réservés à leurs combattants.
Et quoi de mieux pour les tenants de la « lutte des races », qui a désormais remplacé la vulgate marxiste de la « lutte des classes », qu’un récit où les descendants des victimes du « mal absolu » seraient devenus les bourreaux d’un peuple systématiquement érigé en victime quoi qu’il fasse ou ait fait?
Rassurez-vous, cette contorsion idéologique haineuse associant la notion de génocide à Israël ne remonte pas au 7 octobre 2023 mais à l’indépendance du seul État Juif au monde en 1948, dont le « péché originel » est d’exister. En d’autres termes, le déni du droit à exister d’un État pourtant reconnu par l’ONU, ce qui est bien distinct de la critique légitime d’un gouvernement quel qu’il soit.
Face donc à l’émotion compréhensible découlant de la situation humanitaire à Gaza, l’imposture idéologico-sémantique d’un « génocide » qui serait commis par Israël, les « sionistes » et leurs soutiens à Gaza rencontre un succès grandissant notamment auprès de milieux étudiants en quête de radicalité
Avec Gaza, le « Sud Global » affronte désormais l’Occident sur le terrain de la lutte mémorielle : les « damnés de la Terre » ont enfin leur « Shoah », et le sentiment à travers cette instrumentalisation de tenir une revanche qui n’annonce pas de lendemains apaisés.
Sachons résister et dénoncer cette infâmie qui n’est que mensonge, calomnie et haine, et porter haut et fort les valeurs humanistes universelles.

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