Tribune Juive

Paroles, Paroles — dîner de gala et théâtre d’ombres

Par Paul Germon

Dalida et Alain Delon auraient adoré. Ils auraient reconnu la scène. Elle leur est familière.

Car le dîner du CRIF n’est plus un dîner politique : c’est une reprise.

Une version communautaire de Paroles, paroles, sans musique mais avec traiteur, où l’on parle beaucoup pour ne surtout rien faire.

L’un promet. L’autre écoute. Tout le monde applaudit. Et chacun sait très bien que tout cela n’engage strictement à rien.

Ici, on ne gouverne pas. On récite.

On ne décide pas. On prononce.

On n’exige rien. On ne dérange pas le pouvoir.

C’est la règle d’or du dîner. La consigne non écrite. Le fil conducteur.

On peut dénoncer, mais poliment. S’indigner, mais sans viser. Dire « plus jamais », mais sans dire qui, comment, maintenant.

Déranger le pouvoir serait une faute de goût. Mauvais pour les invitations. Mauvais pour les carrières. Mauvais pour rester dans le cadre.

Alors on choisit le confort : les discours plutôt que les actes, les dîners plutôt que les ruptures, les photos plutôt que le courage.

Les dirigeants du CRIF sont ravis. Ils ont rempli leur mission essentielle : être là. Bien placés. Bien éclairés. Bien photographiés. Ils ont fait un dîner en ville important pour eux. Pour beaucoup d’autres, cela ne signifie plus grand-chose.

À la tribune, Arfi n’est pas Cruchot. Il est Christian Marin. Zélé. Appliqué. Obéissant. Toujours prêt à exécuter la consigne.

Autorité ? Aucune. Mais discipline parfaite. Aux ordres.

À côté, les dirigeants de l’UEJF jouent leur partition habituelle : indignation calibrée, bravoure sans risque, engagement compatible avec l’après. Mandats PS en salle d’attente, clientèles futures en ligne de mire. L’antisémitisme comme cause morale, certes — mais aussi comme capital symbolique.

Et puis il y a l’inspecteur Clouzot. Laissons-le faire l’intéressant en Inde. C’est préférable : plus il est loin, moins il pense à imaginer de nouvelles mesures liberticides. À distance, il médite. De près, il réglemente. Il pourrait planter une forêt vierge au Palais de l’Élysée. Transformer la cour en jungle. Se rêver sage planétaire. Rien n’y ferait. Rien n’effacera son comportement consternant depuis 2022. Ni les postures écologiques. Ni les sermons tardifs. Ni les mises en scène morales.

Sauf, évidemment, pour les courtisans. Ses miroirs magiques juifs. Ceux qui ont tout tenté pour le réhabiliter. Ils ont tout essayé. Les mots. Les images. Les dîners. La solennité forcée. En vain.

La blessure est trop grande. Et eux-mêmes sont désormais vus pour ce qu’ils sont par l’essentiel de la communauté juive : trop petits. Trop petits pour réparer. Trop petits pour protéger. Trop petits pour peser.

Alors ils compensent. Ils parlent plus fort. Ils s’agitent. Ils multiplient les dîners.

Ils ont quand même réussi une chose. Ils ont réussi à se faire passer pour nos dirigeants — au moins pour l’œil non averti, celui qui confond représentation et visibilité, autorité et présence sur la photo. Toujours au premier rang. Toujours dans le champ. Toujours sur la photo.

Diriger, non. Protéger, encore moins. Mais être là, docilement là — là-dessus, ils sont irréprochables.

Pendant ce temps, l’antisémitisme réel, lui, ne récite pas. Il frappe.

Paroles, paroles.

 À force de ne pas déranger le pouvoir, ils ont fini par ne plus déranger personne — pas même l’antisémitisme. Aux ordres de Ludovic Cruchot.

PS : personne ne nous a dit si la soupe , mille excuses ! Le repas était bon ! 

© Paul Germon

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