Tribune Juive

Les aventures inoubliables de Jérôme Guedj, Raphaël Glucksmann et François Hollande. Par Paul Germon

Les 3 mousquetaires et demi ( selon le critère du poids )

On dit que le pouvoir rend fou. Peut-être. Mais plus sûrement encore, l’espérance de pouvoir.

Euh… disons : l’attente, la promesse, le mirage.

Car ce n’est pas le pouvoir qui agit ici — il n’est pas exercé. C’est ce qui le précède : la peur d’en être exclu, le désir d’y accéder, et cette fatigue morale qui apprend à tout relativiser, même l’inacceptable.

Jérôme Guedj explique que sa candidature procède de la volonté de représenter une « gauche républicaine », « universaliste » et « laïque », en rupture avec LFI et Jean-Luc Mélenchon. Il a, dans un moment de rupture verbale, qualifié Jean-Luc Mélenchon de salopard antisémite, avant de se raviser partiellement et courageusement.

Prudence, donc. La vie politique a ses jeunes gardes qui se seraient, parait-il, illustrés ces derniers jours. Sait-on jamais et on le comprend !

Puis il a ajouté récemment ( petit frétillement , comme s’il s’agissait d’un détail technique ) que dans un duel RN–LFI, il voterait LFI.

C’est ici que tout s’éclaire. Nous ne sommes pas face à une contradiction, mais face à une innovation morale majeure : l’antisémitisme réversible.

Grave quand il permet de se distinguer. Négociable quand il faut voter. Indépassable dans le discours. Parfaitement franchissable dans l’isoloir.

L’indignation est donc conditionnelle. Elle tonne le matin, puis se replie l’après-midi. Le mot est lancé comme un pavé — mais un pavé en mousse : bruyant, spectaculaire, sans conséquence.

Henri IV avait tranché : Paris vaut bien une messe. Pour Jérôme Guedj, la maxime pourrait être la suivante — propos évidemment inventés : « Mon intégrité physique et mon poste valent bien toutes les injures antijuives que j’ai reçues ces derniers mois ! Non mais faut pas croire, il s’agissait de chahuts de potaches. »

À vrai dire, on peut humainement le comprendre. La peur existe. La violence aussi.

Mais nous ne briguons pas de mandat national. Nous ne prétendons pas incarner une ligne morale pour le pays.

Et puisque la scène appelle un duo, il faut bien évoquer Raphaël Glucksmann.K Certains mal intentionnés l’appellent le Farinelli de la politique. Qui se souvient de son ton martial et péremptoire à l’été 2024, lorsqu’il refusait toute alliance avec LFI ?

C’était vers dix heures du matin. À seize heures, le ton martial avait disparu, le refus aussi. Certaines mauvaises langues s’enthousiasment pourtant pour sa détermination dans le refus de l’antisémitisme — lui qui avait reçu, durant la campagne européenne, un déluge des pires injures antijuives.

Un homme de convictions, assure-t-on. Il campe sur ses principes. Enfin… il campote.

Ainsi va la vie politique contemporaine : l’antisémitisme n’est plus une ligne de rupture, mais un paramètre d’ajustement. On le condamne quand il permet de se distinguer, on l’oublie quand il gêne une coalition, et l’on se drape ensuite dans sa dignité.

Le vocabulaire est rodé. Le fascisme ne passera pas. L’antisémitisme, lui… heu… on verra selon l’horaire, le contexte, le second tour et l’état des alliances.

Le pouvoir ne rend pas fou. Son attente suffit. Et l’antisémitisme, jadis combat non négociable, devient une commodité rhétorique : assez grave pour s’en parer, Jamais assez pour en tirer les conséquences.

Et pendant ce temps, François Hollande, rusé comme un serpent — (Enfin, ni par le menton ni par la taille) — guette et surveille ses proies, patient, immobile, prêt à les avaler le jour venu.

Il est vrai que, tel un serpent, sa gorge commence à prendre la dimension nécessaire, il le faut !

© Paul Germon

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