Un bref aperçu de la scène politique iranienne. Par Hamid Enayat

Le grand mouvement populaire du mois de janvier contre le régime au pouvoir a contraint le dictateur iranien Ali Khamenei à une réaction sanglante, culminant dans un massacre de grande ampleur les 7 et 8 janvier. Pourtant, contrairement aux attentes du régime, la société n’a pas été entièrement terrorisée. Les forces révolutionnaires ont franchi un nouveau seuil et une vague de combativité et d’audace s’est propagée à travers tout le pays. Parmi la jeunesse et de larges segments de la population, une conviction s’est imposée : « Au feu, on répond par le feu ».

La diaspora iranienne s’est mobilisée parallèlement. La manifestation de plusieurs dizaines de milliers d’Iraniens, le 7 février à Berlin, à l’occasion de l’anniversaire de la révolution antimonarchique de 1979, a une nouvelle fois exprimé la volonté du peuple iranien de tourner définitivement la page de toute forme de dictature, qu’elle soit religieuse ou monarchique. Le slogan « Ni Shah, ni mollahs » est désormais devenu un mot d’ordre stratégique. Les Iraniens refusent que leur révolution soit, une fois encore, confisquée, comme elle le fut en 1979, par une figure telle que l’ayatollah Khomeiny ou par toute autre force.

La mort de plusieurs milliers de personnes les 7 et 8 janvier ne laisse plus place au doute : ce régime ne peut assurer sa survie qu’en recourant à la répression et au massacre. Il s’engage ainsi, inexorablement, sur la voie de l’effondrement. La chute du pouvoir des mollahs dépasse progressivement le cadre d’une revendication intérieure pour devenir une exigence de portée internationale.

Dans ce contexte, les unités de résistance affiliées à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), mises en place depuis 2016, se sont imposées comme l’une des forces majeures de la lutte organisée contre la République islamique. En ciblant les centres de répression, elles sont en mesure d’affaiblir les Gardiens de la révolution et d’accélérer la désintégration de l’appareil du régime.

Ni la pression extérieure ni une opération militaire étrangère ne renverseront la République islamique. Contraindre ce régime à démanteler durablement son programme nucléaire et son réseau de milices supplétives ne sera possible que par son renversement par le peuple iranien lui-même, à travers une résistance structurée et un soulèvement organisé. La voie du changement passe donc par une insurrection intérieure, dans laquelle les unités de résistance jouent un rôle déterminant.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), colonne vertébrale du régime iranien, a été inscrit sur la liste des organisations terroristes par l’Union européenne et plusieurs autres pays. Aujourd’hui, le régime ne fait plus que se débattre pour la survie. Dans ses dernières interventions, Ali Khamenei évoque même un « coup d’État » contre son pouvoir. En réalité, il désigne la montée en puissance des unités de résistance, qui ciblent de plus en plus directement les centres de répression et les structures sécuritaires du régime.

La question de la succession au sommet du pouvoir iranien est ainsi devenue un sujet incontournable. Les partisans de la politique d’apaisement, qui jusqu’à récemment empêchaient toute reddition de comptes de la République islamique malgré l’ampleur de ses crimes — préférant souvent l’odeur du pétrole brut aux principes des droits humains — cherchent désormais à promouvoir leur propre alternative et à l’imposer à l’opinion publique.

Dans ce cadre, le fils de l’ancien Shah est présenté comme une figure centrale du mouvement iranien. Parallèlement, visant à semer la division et la confusion, les services de renseignement du régime diffusent de manière répétée des clips et vidéos falsifiés afin de faire croire que le peuple iranien scande des slogans en sa faveur et soutient un retour à la monarchie.

Dans le même temps, la résistance et l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran, considérée comme l’épine dorsale de la résistance organisée, est de nouveau la cible d’attaques politiques et médiatiques téléguidées par les mollahs dans le but d’affaiblir l’opposition. Une députée française a ainsi déclaré, dans une interview accordée à un quotidien parisien : « Ce sont une secte et ils n’ont aucune ressemblance avec un parti politique démocratique. Je recommande donc à tous les parlementaires de cesser tout soutien. »

Lorsqu’une résistance réelle, structurée et prête à payer le prix du combat atteint un niveau d’influence déterminant, l’adversaire ne se limite pas à la répression physique : une guerre de légitimité s’ouvre simultanément. Dans cette bataille, la résistance n’est pas seulement attaquée par les armes, mais aussi par des étiquettes telles que « secte », « extrémiste » ou « antidémocratique », afin de la marginaliser et de la remplacer par des options jugées plus « contrôlables ». C’est précisément ce mécanisme qui s’est déjà manifesté dans l’histoire de la France contre la résistance authentique : une guerre où la liberté ne se jouait pas uniquement sur le champ de bataille, mais aussi dans l’arène du récit et de la légitimité.

En ce qui concerne les mollahs au pouvoir en Iran, tous les coups sont permis. Ce sont les démocraties qui ont leur partie à jouer.

© Hamid Enayat

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