Je n’sais pas et j’m’en fous. Par Paul Germon

Expliquer à Gérard

Il y a ce dessin.

Une femme demande à Gérard :

— « Tu crois que c’est l’ignorance ou l’indifférence qui tuera le monde ? »

Gérard répond :

— « Je ne sais pas… et je m’en fous. »

Tout est là.

Alors on va expliquer à Gérard.

Pas pour le convaincre.

Pour poser les choses. Pour obliger à imaginer.

Un génocide ne se comprend pas par la seule addition des morts, mais par la part d’un peuple supprimée, par la rapidité de l’effacement, et par le silence qui l’accompagne.

Quand le chiffre devient abstrait

On répète depuis des décennies un chiffre nu — six millions — jusqu’à ce qu’il ne provoque plus rien.

Plus de vertige.

Plus d’effroi.

À force d’être répété, le nombre se déshumanise.

La Shoah, ce n’est pas “beaucoup de morts”.

C’est environ 40 % de la population juive mondiale annihilée en quatre ans.

Quatre ans.

Ce n’est pas une guerre.

Ce n’est pas une famine.

Ce n’est pas une addition de violences dispersées.

C’est un projet d’éradication, rationnel, méthodique, assumé.

Un peuple désigné comme superflu à l’existence même.

Nourrissons compris.

Les autres génocides existent. Ils sont immenses. Ils sont là.

Les évoquer ne relativise rien.

Cela oblige simplement à penser en proportions, pas en slogans.

Changer d’échelle

Pour comprendre ce que signifie 40 % d’un peuple supprimé en quatre ans, il faut appliquer ce pourcentage à des sociétés réelles, identifiables, vivantes.

• France (≈ 67 millions) → 27 millions de disparus

• Union européenne (27) (≈ 450 millions) → 180 millions

• Amérique du Nord (≈ 300 millions) → 120 millions

• Monde arabe (≈ 460 millions) → 184 millions

• Monde musulman (≈ 2 milliards) → 800 millions

• Turquie (≈ 85 millions) → 34 millions

• Chine (≈ 1,4 milliard) → 560 millions

• Japon (≈ 125 millions) → 50 millions

Ce ne serait pas une crise.

Ce ne serait pas un conflit.

Ce serait une amputation de l’humanité.

Une France shoahisée

Voilà ce qu’il faut que les hommes et les femmes imaginent.

Une France qui, en quatre ans, a perdu 27 millions de ses habitants.

Pas des morts de guerre.

Des absents désignés.

Des villes debout mais creuses.

Des écoles sans classes entières.

Des maternités aux berceaux vides.

Des trains qui partent et ne reviennent pas.

Une culture amputée :

des livres jamais écrits,

des musiques jamais composées,

des vies jamais vécues.

Et surtout le silence.

Celui qui s’installe quand on accepte que près de la moitié d’un peuple puisse disparaître en quatre ans sans que le monde s’arrête.

Les autres génocides : parler en pourcentages

• Arméniens : environ 50 à 70 % exterminés.

• Tutsi du Rwanda : environ 70 % massacrés en trois mois.

• Cambodge : environ 20 à 25 % de la population éliminée.

Ces chiffres n’excusent rien.

Ils accablent.

Le négationnisme contemporain, chiffres à l’appui

Si cette réalité s’efface des consciences, ce n’est pas par hasard.

Dans le monde arabe, selon les pays et les enquêtes disponibles, entre 30 % et 60 % des personnes interrogées nient la Shoah, en contestent l’ampleur ou la jugent exagérée.

À l’échelle du monde musulman, les chiffres restent massifs : environ un quart à un tiers des répondants adhèrent à des formes de négation, de relativisation ou d’inversion accusatoire.

Cela représente des centaines de millions d’individus.

À cela s’ajoutent leurs relais idéologiques en Occident, et une extrême gauche qui relativise la Shoah tout en hurlant au « génocide » dès que le mot sert sa cause.

Non : Gaza n’est pas un génocide.

Gaza est une guerre — sale, meurtrière, tragique — comme les guerres le sont.

Un génocide n’est pas une guerre.

C’est un projet d’éradication d’un peuple en tant que tel.

Employer ce mot à tort, ce n’est pas une approximation.

C’est une destruction du sens.

La Shoah n’avait pas de frontières

La Shoah ne s’arrêtait pas à l’Europe.

Walter Rauff, responsable nazi, est venu jusqu’en Tunisie, mon pays natal, pour y préparer son œuvre de mort.

Il n’a pas eu le temps.

Faute de temps.

Pas faute d’intention.

La chute

Alors Gégé

tu as compris

et tu t’en fous toujours ?

— Je ne sais pas, d’ailleurs je m’en fous.

© Paul Germon

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