Tribune Juive

Barbarismes. Par Julien Brünn

Donc, le jeune Quentin D. est mort. Cela, personne ne le conteste. Quelques jours plus tôt, le président de la République commémorait la mort d’un autre jeune homme, Ilan Halimi, il y a 20 ans déjà, en plantant à sa mémoire un chêne dans les jardins de l’Élysée. Une mort également incontestable, un chêne, un discours : très bien. Accessoirement, le Président en profitait pour noyer le poisson, c’est-à-dire le juif qu’était Ilan Halimi, en évoquant la nécessité d’instaurer des peines d’inéligibilité pour les élus qui se laisseraient aller… à l’antisémitisme, au racisme, à la haine, et, pourrait-on dire : et cætera, et cætera, et cætera. Moins bien, d’autant que ce serait donner aux juges de nouveaux pouvoirs exorbitants, comme s’ils n’en avaient pas déjà trop.

Mais l’essentiel, au fond, n’est évidemment pas là. Il n’est même pas dans les morts elles-mêmes de Quentin ou d’Ilan, car, hélas, des meurtres ou des assassinats, crapuleux ou politiques, antisémites ou non, il y en a eu avant, et il y en aura encore demain. L’essentiel est dans la manière. La manière sauvage, barbare, de ces mises à mort. Regardez bien la vidéo (diffusée par TF1) du lynchage de Quentin. On peut voir ce lynchage sur YouTube à l’adresse suivante : https://share.google/TuGfO9qkNUG7L4z4P

Il y a lynchage, incontestablement : un homme est à terre, et ils sont plusieurs à continuer à le rouer de coups. Une dizaine d’hommes qui s’acharnent contre un homme à terre, c’est déjà hors de « nos » mœurs, même les plus violentes (car « nos » mœurs ne sont pas toutes pacifiques). Mais regardez bien la fin de la séquence. Les agresseurs s’égaillent, et le corps de l’agressé reste, seul, recroquevillé sur le trottoir. Et alors ? Alors la signature de la barbarie, de la vraie barbarie, arrive : l’un des agresseurs revient sur ses pas et décoche un ultime violent coup de pied sur ce corps pourtant inanimé avant de s’enfuir.

Ilan aussi est mort ignominieusement torturé par le gang des Barbares. Souvenez-vous que ce sont eux-mêmes qui s’appelaient ainsi. Ce faisant, ces jeunes barbares (qui sont tous sortis de prison sauf leur chef, Youssouf Fofana) savaient ce qu’ils disaient. Ils disaient : nous n’en sommes pas, de « vos » mœurs, nous refusons de les adopter. 

Tortures, mutilations épouvantables, viols : ça ne vous rappelle rien ? Si, bien sûr : ça vous rappelle le 7 octobre 2023. Il y a un fil rouge, rouge sang, qui relie ces trois événements emblématiques qui n’ont presque rien à voir entre eux, du gang des barbares aux prétendus « antifas » en passant par le pogrom du 7 octobre : c’est celui de la barbarie.

Barbaros : le mot vient du grec, c’était une onomatopée pour désigner les langues qui n’étaient pas le grec et qui, pour les Grecs, ressemblaient à des borborygmes intestinaux. Puis il est passé au latin, barbarus, car Rome, si elle a définitivement conquis et asservi la Grèce en 146 avant J.-C., lui a piqué pas mal de ses acquis culturels (la sculpture romaine par exemple est largement inspirée par la grecque, et parfois purement et simplement copiée). Les barbares désignaient tous ceux qui étaient au-delà des frontières. Or, précisément, ils étaient assez souvent, pour ne pas dire toujours, « barbares » selon notre acception moderne, c’est-à-dire violents, comme d’autres, certes, mais excessivement et de manière désordonnée.

Aujourd’hui, les barbares ne sont pas au-delà de nos frontières (si tant est que nous en ayons) : ils sont parmi nous. Et non seulement ils sont parmi nous, mais la barbarie, l’esprit barbare, a pénétré les têtes de nos jeunes élites, qu’elles viennent applaudir Rima Hassan à Sciences Po ou qu’elles tabassent à mort Quentin…

Et, de Chevènement avec ses « sauvageons » à Emmanuel Macron avec son « processus de décivilisation », en passant par les nombreuses autres mises en garde, nul n’a réussi à enrayer cette dangereuse glissade vers l’abîme.

© Julien Brünn

Journaliste. Ancien correspondant de TF1 en Israël


Dernier ouvrage paru  : 

L’origine démocratique des génocidesPeuples génocidaires, élites suicidaires. L’harmattan. 2024


Pour vous procurer « L’origine démocratique des génocides », Veuillez cliquer sur le lien ci-dessous:


Quitter la version mobile