Tribune Juive

Weimar 1933-Paris 2026. Par Paul Germon

Quelle est la différence entre la République de Weimar en Allemagne en 1933 et la République française en 2026 ?

1. Un parti extrémiste antisémite ?

Non : c’est un point commun. Dans les deux cas, il existe un parti politique structuré, organisé, discipliné, porteur d’une idéologie de gauche, socialiste, dont la vision du monde produit et légitime un antisémitisme réel. En 1933, ce parti assume frontalement cette hostilité. En 2026, elle est reformulée, habillée, dérivée — mais elle reste fabriquée politiquement, diffusée par des mots d’ordre, des priorités, des alliances et des indignations sélectives, et assumée comme ligne.

2. Un État en quasi-faillite ?

Non : c’est un point commun. Dans les deux cas, l’État n’est pas juridiquement en cessation de paiement, mais il est structurellement sous contrainte, financièrement dépendant, enfermé dans des équilibres qu’il ne maîtrise plus pleinement. La capacité de décision politique est réduite, encadrée, différée, conditionnée.

3. Un leader charismatique, grimaçant, suintant la haine en général et la haine antijuive en particulier, immédiatement identifiable comme menace ?

Non : c’est un point commun. Dans les deux cas, il existe une figure centrale, unique, qui concentre l’autorité politique et symbolique, fixe la ligne, impose le vocabulaire, désigne les ennemis et instille une haine structurante. Cette haine n’est ni accidentelle ni périphérique : elle irrigue le discours, légitime l’hostilité, autorise les débordements, et vise tout particulièrement les Juifs, sous des formes renouvelées mais reconnaissables.

4. Un parti extrémiste antisémite assisté d’une jeunesse ultra-violente prête à découdre ?

Non : c’est un point commun. Dans les deux cas, une jeunesse militante radicalisée existe, pour laquelle l’adversaire n’est plus un contradicteur mais un ennemi. La violence n’est pas un accident : elle est intégrée comme possibilité, parfois comme vertu, jusqu’au lynchage à mort. « L’homme est bon », disait Rousseau — et c’est précisément au nom de cette bonté proclamée que la violence se justifie, s’excuse, puis s’exerce.

5. Un système attaché à un parti pour lequel la menace physique constitue un mode d’action politique ?

Non : c’est un mode d’action commun. Dans les deux cas, la violence — ou sa menace — est utilisée comme outil politique, direct ou indirect, pour dissuader, faire taire, empêcher. Elle n’a pas besoin d’être officielle pour être efficace : il suffit qu’elle soit tolérée, relativisée, excusée.

6. Une idéologie certes minoritaire, mais qui diffuse dans les institutions — y compris la justice — ainsi que dans les médias nationaux et locaux et chez de nombreux acteurs médiatiques ?

Non : c’est un point commun. Dans les deux cas, une idéologie numériquement minoritaire parvient à imposer ses catégories, son vocabulaire, ses interdits, ses indignations obligatoires, jusqu’à orienter les récits, les hiérarchies de l’information, et certaines décisions institutionnelles.

7. Des institutions censées rester neutres mais dont de nombreuses décisions — notamment judiciaires — donnent le sentiment d’une complaisance ?

Non : c’est un point commun. Dans les deux cas, la répétition de classements sans suite, de non-poursuites, de requalifications indulgentes, de lenteurs sélectives, produit un trouble. Chaque décision prise isolément peut être expliquée ; leur accumulation fait naître l’impression d’une application asymétrique du droit.

8. Un État faible ?

Non : c’est un point commun. Dans les deux cas, l’État n’est pas absent : il est anarcho-tyrannique. Faible face aux violences idéologiques, aux intimidations, aux zones d’impunité ; tyrannique envers les citoyens ordinaires, par l’excès de normes, de contrôles et de sanctions administratives. Il laisse prospérer le désordre politique tout en sur-administrant la société : il n’impose plus l’ordre là où il est vital, mais exerce la contrainte là où elle est facile.

9. Des violences quotidiennes visant des passants juifs, des lycéens, des écoliers juifs, des commerçants juifs ; leur ostracisation ; leur boycott, notamment dans les milieux culturels et artistiques ?

Non : c’est un point commun. Dans les deux cas, les Juifs sont désignés comme cibles : agressions verbales et physiques, intimidations répétées, mises à l’écart, pressions sociales. La violence peut être diffuse mais constante ; l’exclusion peut être informelle mais efficace. Le boycott — explicite ou déguisé — agit comme prolongement social de l’hostilité : refus d’invitations, d’expositions, de collaborations, silencieux mais organisé, jusqu’à rendre la présence juive coûteuse, parfois dangereuse .

Dans les milieux culturels et artistiques, cette mécanique est ancienne et parfaitement documenté:  Cabaret , ce vieux film, en a donné une représentation glaçante. On y voit une société qui chante, qui rit, qui se croit libre, pendant que la haine s’installe en arrière-plan, tolérée, banalisée, parfois applaudie. Le cabaret continue, les artistes détournent le regard, et quand la violence devient visible, il est déjà trop tard. Et pour ce climat culturel : merci Juliette, merci Benjamin, merci la silencieuse Agnès, et merci à tous les benêts vertueux — y compris juifs — qui n’ont strictement rien compris et se font les complices actifs ou passifs de cette idéologie mortifère au nom du « bien », de la morale, de la pureté supposée et de la bonne conscience.

10. Le parti extrémiste joue-t-il d’abord le jeu démocratique — comme en 1933 — afin d’obtenir une légitimité, puis d’investir le pays avant de basculer dans la violence, la menace et l’intimidation ?

Oui. Dans les deux cas, la démocratie sert de marchepied : on s’en réclame pour conquérir, on s’en prévaut pour disqualifier, puis on la dépasse par la peur, l’intimidation et la contrainte.

11. Un régime à bout de souffle ? Oui : c’est un point commun décisif. Dans les deux cas, les institutions fonctionnent encore formellement, mais le consentement se retire. La légalité demeure, la légitimité s’érode. Et c’est toujours dans cet écart que les régimes cessent de tenir.

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Ainsi : La leçon n’est pas historique, elle est politique : les régimes ne meurent pas d’un coup d’État, mais d’une habitude — celle de confondre le bien avec la contrainte, la morale avec l’intimidation, et la démocratie avec son utilisation instrumentale.

Quand la peur devient méthode et la vertu prétexte, il est déjà bien tard.

© Paul Germon

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