Article lié : Mon commentaire concernant une phrase prononcée par Yoram Hazony dans son discours durant la deuxième conférence internationale contre l’antisémitisme de Jérusalem, 27 janvier 2026 / https://www.tribunejuive.info/2026/02/02/mon-commentaire-concernant-une-phrase- prononcee-par-yoram-hazony-dans-son-discours-durant-la-deuxieme-conference-internationale- contre-lantisemitisme-de-jerusalem-27-janvier-2026-par-nicola/
» …Quand on passe des sondages de personnalité aux sondages de positions concrètes, on observe un phénomène très net : Les républicains ne suivent pas majoritairement Tucker Carlson sur ses lignes idéologiques centrales…«
Un article du Figaro, écrit par Laure Mandeville et partagé par Tribune Juive, « De Nick Fuentes à Tucker Carlson : Quand l’antisémitisme incendiaire fracture la base trumpiste », décrit l’émergence d’un pôle antisémite radical au sein d’une fraction de MAGA, et accuse Tucker Carlson de contribuer à sa légitimation.
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Il existe depuis longtemps des antisémites au sein des républicains, mais historiquement, on ne disposait pas de moyens précis pour les quantifier.
Avec les outils modernes — sondages ciblés, analyses de réseaux sociaux*, suivi des opinions en ligne — on peut désormais mesurer plus exactement combien de républicains adhèrent à certaines croyances antijuives.
Un sondage républicain/GOP récent a estimé qu’environ ~17 % des personnes interrogées ont des croyances qualifiables d’« anti‑juives » selon la définition du sondage (incluant parfois déni ou minimisation de l’ampleur de l’Holocauste ou certaines positions extrêmes)
Cela ne signifie pas automatiquement que le nombre d’antisémite a augmenté par rapport au passé ; cela montre simplement que la mesure est plus fine et plus fiable aujourd’hui.
Un pôle antisémite radical émerge et certains médias ou influenceurs, comme Tucker Carlson, sont accusés de légitimer ou amplifier ces opinions, par leurs interviews ou prises de parole.
Un pôle antisémite radical existe depuis longtemps à droite, mais il est désormais plus visible et plus influent grâce aux réseaux sociaux, au streaming et aux plateformes de diffusion en ligne.
Ces technologies permettent à certains des antisémites de se faire connaître et de toucher des centaines de milliers de personnes, ce qui donne l’impression d’une « émergence » alors que ces idées existaient déjà mais restaient marginales et peu médiatisées.
Autrement dit, ce n’est pas forcément une augmentation du nombre d’adhérents, mais une augmentation de la visibilité et de l’influence grâce à la technologie moderne.
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Les sondages historiques et les enquêtes sur l’antisémitisme aux États-Unis montrent que, lorsqu’on examine les tendances sur plusieurs décennies, le niveau d’attitudes antijuives explicites était souvent plus élevé dans le passé qu’aujourd’hui.
Dans les années 1950 à 1980, par exemple, une partie importante de la population américaine — incluant des segments significatifs de républicains et de démocrates — entretenait des stéréotypes antijuifs ou adhérait à certaines croyances conspiratives à propos des Juifs, de leur influence dans la finance, la politique ou les médias.
Ces attitudes se manifestaient ouvertement : refus de logement ou d’emploi, quotas dans les universités**, exclusions sociales, et sondages mesurant des préjugés explicites montraient des chiffres beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui.
Les enquêtes longitudinales de l’ADL (Anti-Defamation League) et d’autres instituts montrent une baisse progressive des préjugés explicites à partir des années 1980‑1990, grâce à l’évolution sociale, l’éducation et la sensibilisation.
Cependant, cette baisse ne signifie pas l’élimination totale du problème.
Les attitudes antisémites peuvent persister de manière plus subtile ou codée, notamment à travers des formes de complotisme ou de stéréotypes implicites.
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Concernant les Républicains :
Selon un sondage American Jewish Committee (AJC) :
2022 : seulement 58 % des républicains déclaraient que l’antisémitisme était un problème aux États‑Unis.
2023 : ce pourcentage est monté à 68 %. 2024 : il atteint 70 % des républicains.
Chez les Républicains, la conscience et la reconnaissance de l’antisémitisme ont augmenté.
Malgré des attitudes individuelles parfois problématiques, une majorité de républicains reconnaît aujourd’hui l’antisémitisme comme une réalité préoccupante dans la société américaine.
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Concernant le soutien à Tucker Carlson au sein des Républicains/MAGA, Il faut désagréger très précisément ce que veut dire « soutien », parce qu’en réalité on mélange au moins quatre niveaux différents :
sympathie, notoriété, capital médiatique, sentiment d’anti-système / anti-médias mainstream Ce que ça ne mesure pas :
accord avec ses positions sur l’Ukraine, accord avec ses positions sur Israël, accord avec ses positions sur l’OTAN, accord avec ses thèses complotistes, accord avec ses sorties sur le « deep state ».
Il est possible d’aimer Tucker comme figure médiatique sans être d’accord avec 50 % de ce qu’il dit.
Quand on passe des sondages de personnalité aux sondages de positions concrètes, on observe un phénomène très net :
Les républicains ne suivent pas majoritairement Tucker Carlson sur ses lignes idéologiques centrales (Ukraine, Russie, Iran, OTAN, Israël, Islam).
Les sondages Pew / Gallup / YouGov montrent en général que les républicains sont plus pro- OTAN que Tucker, plus pro-Israël que Tucker, plus anti-Russie que Tucker, plus interventionnistes que Tucker.
Donc même parmi les gens qui disent : « J’aime bien Tucker Carlson », la majorité rejette ses positions géopolitiques structurantes.
En réalité, Tucker Carlson ne fonctionne pas chez les républicains comme penseur structurant, idéologue de référence, leader doctrinal.
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Dans un sondage Gallup récent, environ 83 % des républicains américains disent avoir une opinion favorable d’Israël (contre 33 % seulement chez les démocrates), ce qui montre un soutien nettement plus fort que dans la moyenne de la population américaine.
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Note :
*Il faut rappeler que beaucoup de discours antisémites aux Etats-Unis, qui, historiquement, circulaient essentiellement dans la sphère privée — conversations familiales, cercles amicaux, milieux sociaux fermés, clubs, réseaux militants discrets — se déploient aujourd’hui à ciel ouvert sur les réseaux sociaux. La technologie a profondément modifié les conditions de visibilité : ce qui relevait autrefois de propos chuchotés, de préjugés transmis dans l’entre-soi ou de convictions idéologiques marginales est désormais exprimé publiquement, mis en scène, commenté, liké, partagé, et amplifié par des figures médiatiques devenues des « influenceurs ». Ces derniers jouent un rôle de catalyseurs : ils formulent, légitiment et normalisent des discours judéophobes que de nombreux individus partageaient déjà, mais n’osaient pas exprimer publiquement. Les personnes qui ne sont pas elles-mêmes influenceuses, mais qui adhèrent à ces représentations, se reconnaissent dans ces figures, les suivent, les soutiennent, et s’agrègent autour d’elles dans des communautés numériques visibles. Il en résulte un effet d’optique puissant : l’antisémitisme semble exploser, alors qu’il est surtout beaucoup plus exposé, structuré et mesurable qu’auparavant. Autrement dit, ce qui change fondamentalement n’est pas tant l’existence de ces attitudes, que leur degré de publicité, de circulation et de mise en réseau dans l’espace numérique contemporain.
**Aux États-Unis, jusqu’aux années 1950-60, beaucoup d’universités d’élite — comme Harvard University, Yale University, Princeton University ou Columbia University — appliquaient ce qu’on appelait des « quotas juifs » (Jewish quotas). De quoi s’agissait-il concrètement ? Il ne s’agissait pas de quotas officiels inscrits dans la loi, mais de politiques internes discriminatoires visant à limiter délibérément le nombre d’étudiants juifs admis, parce qu’ils étaient jugés « trop nombreux » et perçus comme une menace pour le « caractère social », culturel ou protestant de ces institutions. Comme il était difficile, juridiquement et moralement, d’assumer ouvertement une exclusion fondée sur l’origine religieuse ou ethnique, les universités ont mis en place des critères détournés : entretiens subjectifs, évaluations de « personnalité », lettres de recommandation, origine sociale, pratiques sportives, voire même photographies des candidats, autant d’outils servant à filtrer implicitement les étudiants juifs malgré leurs excellents résultats académiques. À Harvard, dans les années 1920, alors que les étudiants juifs représentaient près de 25 % des meilleurs dossiers, l’administration modifia les critères d’admission afin de faire chuter artificiellement leur proportion autour de 10-15 %, un mécanisme similaire existant à Yale, Princeton, Columbia, Stanford et dans d’autres établissements prestigieux. Cet épisode historique montre que l’antisémitisme aux États-Unis n’était pas seulement marginal ou discursif, mais institutionnel, socialement accepté et intégré aux élites, s’exprimant à travers des mécanismes structurels d’exclusion bien plus profonds que les formes visibles et médiatiques d’aujourd’hui.
