Tribune Juive

Les dessous de la rupture entre la France et Francesca Albanese. Par Gabrielle Silberman

La rapporteuse de l’ONU Francesca Albanese est devenue au fil des années un ennemi juré d’Israel.  Ce mercredi 11 février, le ministre français des Affaires Étrangères Jean-Noel Barrot a marqué sa rupture à l’Assemblée nationale après avoir été interpellé par la députée Caroline Yadan.
À l’origine de ce mouvement qui pourrait voir la rapporteuse de l’ONU poussée vers la sortie par la Cour des Droits de l’Homme, le partage aux politiques d’un post au vitriol écrit par son fondateur Mikhael Nabeth qui interpelle le Quai d’Orsay.


Un post relayé à plusieurs centaines de partages et de commentaires est à l’origine de ce qui a fait naître ce que tout le monde attendait vraiment : que la France remette en question Francesca Albanese.
Lundi matin, la page Human Face diffuse un post au vitriol sur LinkedIn : « Il est temps de mettre fin au mandat d’Albanese » en interpellant directement le président Macron et sa conseillère, ainsi que Jean-Noël Barrot.  « En assimilant Israel à « un ennemi de l’humanité », Francesca Albanese a signé au vu et au su de tous qu’elle est non seulement émotionnellement et idéologiquement dépassée par son rôle de rapporteuse, mais que sa vision du monde va à l’encontre des principes de paix promus par le droit international. De fait, la rapporteuse de l’ONU s’est mise en dehors des prérequis nécessaires à sa fonction en déclarant publiquement sa conception déshumanisée d’Israel. »

Après avoir dressé le tableau, il enchaine qu’il est « du devoir de la diplomatie française de prendre acte et d’agir, notamment en saisissant le président du Conseil des Droits de l’Homme (CDH), seule entité habilitée à écarter une rapporteuse durablement. Dans la plaidoirie relayée par plusieurs centaines de personnes, le sociologue franco-israélien fige alors « qu’une procédure disciplinaire fondée sur le Code de conduite des titulaires de mandat peut être mise en place, notamment lorsqu’il y a une violation grave et répétée de l’impartialité, des propos incompatibles avec la fonction et des conflits d’intérêts avérés. »

Lundi, la député Caroline Yadan soutient le post
Le texte est partagé lundi, et arrive sur le portable de la députée.
Dans une deuxième partie, il met les responsables de la diplomatie française face à leur responsabilité dans un pays où l’antisémitisme ne cesse d’augmenter.
« Vous avez fait le choix de reconnaître la Palestine dans un souci d’apaisement. Vous avez maintenant l’opportunité de transformer votre essai en luttant contre les éléments déstabilisateurs.
Il suffit de condamner des propos d’un autre temps et de rassembler une majorité, parmi les 47 Etats membres du CDH pour éloigner du projet de paix celle qui utilise sa fonction pour distiller la haine d’Israel, et qui le qualifie d’Etat génocidaire, d’apartheidiste et d’auteur de crimes de famine. Vous avez voulu entrer dans l’histoire d’une évolution positive du Moyen-Orient, ne devenez pas les garants de la résurgence du vieil antisémitisme. »


Le lundi soir, lors d’un meeting Elnet, la députée Yadan annonce qu’elle va appuyer dans ce sens, et dès le lendemain, elle va faire signer une lettre adressée à Jean-Noël Barrot par plus de 50 députés avant de mettre le ministre face à ses contradictions.

Une dynamique d’influence assumée

Cette séquence illustre une évolution plus large : la capacité d’un travail argumenté, porté par un réseau structuré et relayé dans les sphères politiques, à nourrir le débat diplomatique. Human Face s’était déjà fait remarquer en produisant une enquête sociologique d’une quarantaine de pages qui a démontré qu’une majorité de Français refusait l’idée de reconnaissance unilatérale de la Palestine. Cette nouvelle initiative s’inscrit dans la même logique : articuler une analyse, mobiliser et interpeller les institutions.

Il ne s’agit pas d’une avancée diplomatique formelle, ni d’une décision immédiate concernant le mandat de la rapporteuse, qui relève des mécanismes internes du Conseil des droits de l’homme à l’ONU. Mais la prise de distance publique du ministre marque un signal politique.

Dans un contexte international particulièrement tendu, la question de l’impartialité des instances onusiennes demeure un enjeu central pour de nombreux États. La France, membre influent du Conseil des droits de l’homme, est désormais attendue sur la cohérence entre ses positions diplomatiques et la défense des principes qu’elle affirme promouvoir.

© Gabrielle Silberman

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