Israël et la 62 ème conférence sur la sécurité de Münich 13-16 février 2026   Anticipation. Par Francis Moritz

Les déclarations et documents publiés avant la Conférence de Munich sur la sécurité fixent un cadre politique :

  • accélérer la militarisation de l’Europe,
  • européaniser davantage l’OTAN,
  • réduire la dépendance stratégique vis-à-vis de Washington.

Il ne s’agit pas d’un basculement opérationnel immédiat, mais d’un signal stratégique structurant. Le cœur du message : l’Europe doit pouvoir agir militairement même si l’appui américain devient incertain.

1. La dynamique militaire européenne : ambition réelle, mais capacité différée

a) Montée en puissance programmée

Les analyses évoquent un horizon de 10 à 15 ans pour disposer de capacités réellement autonomes :

  • renseignement et satellites,
  • communications sécurisées,
  • défense aérienne multicouche,
  • logistique de projection.

Alors que le torchon brule entre l’Allemagne et la France, au vu de divergences majeures de plus en plus nombreuses, la Bundeswehr est appelée à jouer un rôle pivot dans cette transformation. Ce qui est l’objectif affiché par Berlin.

b) Européanisation partielle de l’OTAN

Même si certains commandements sont transférés à des Européens, les États-Unis conservent les leviers critiques :

  • SACEUR,
  • commandements stratégiques air/terre/mer,
  • maîtrise des capteurs et de la logistique lourde.

👉 L’Europe gagne en visibilité, pas encore en contrôle opérationnel complet de l’OTAN.

2. Ce que cela change pour Israël

2.1. Fin de l’alignement réflexe Europe–États-Unis–Israël

Si l’Europe cherche l’autonomie vis-à-vis de Washington, cela signifie :

  • Une relation moins automatique,
  • Un soutien moins mécanique,
  • Une diplomatie plus transactionnelle.

Israël cesse d’être perçu comme un simple prolongement du bloc transatlantique.

2.2. Israël comme fournisseur stratégique clé

L’Europe veut :

  • Une défense anti-missiles,
  • La résilience face aux menaces hybrides,
  • Des capacités accrues de guerre technologique.

Dans ces domaines, Israël dispose d’une expérience opérationnelle rare (Arrow 3, Iron Dome, fronde de David, guerre électronique, cyber).

Coopérations industrielles et militaires susceptibles de s’intensifier, mais sur une base pragmatique et contractualisée, non idéologique.

2.3. Mais une Europe plus autonome = une Europe plus libre politiquement

C’est le point sensible.

Une Europe moins dépendante des États-Unis :

  •  Qui sera moins inhibée diplomatiquement,
  • Qui pourra adopter des positions plus critiques et se sentira autorisée à conditionner certaines coopérations.

Autrement dit :
coopération militaire possible,
distance politique plus marquée.

3. Dimension nucléaire : variable silencieuse mais centrale

Toute autonomie stratégique européenne pose la question de la dissuasion.

Deux scénarios implicites :

  • élargissement du rôle de la dissuasion française,
  • coordination renforcée avec le Royaume-Uni.

Pour Israël :

  • une Europe plus engagée sur les questions nucléaires pourrait chercher à jouer un rôle accru dans le dossier iranien,
  • mais sans forcément adopter l’approche israélienne.

Cela peut générer :

  • plus d’activisme diplomatique européen,
  • plus de frictions si les lignes rouges divergent.

4. Industrie de défense : coopération et concurrence

L’effort de réarmement européen implique :

  • relocalisation industrielle,
  • protection des chaînes de valeur,
  • montée en puissance des champions européens.

Israël pourrait :

  • être partenaire technologique,
  • mais aussi concurrent dans certains segments (drones, cyber, systèmes antimissiles).

À moyen terme, Bruxelles pourrait exiger :

  • transferts industriels,
  • production locale,
  • intégration dans des consortiums européens.

La relation devient donc plus industrielle que géopolitique.

5. Europe centrale : variable d’équilibre interne

Si un noyau dur européen émerge (Pologne, pays baltes, Allemagne, etc.), son orientation stratégique sera déterminante.

Les États d’Europe centrale :

  • perçoivent fortement la menace russe,
  • restent attachés à la relation américaine,
  • entretiennent souvent des liens pragmatiques avec Israël.

Israël pourrait utiliser ces relations bilatérales pour peser indirectement sur les équilibres européens.

6. Le Moyen-Orient : terrain d’affirmation européenne

Une Europe plus armée cherchera une légitimité extérieure.

Le Moyen-Orient constitue un terrain naturel :

  • sécurité maritime,
  • stabilité énergétique,
  • Iran,
  • reconstruction et stabilisation post-conflit.

Cela signifie :

  • plus d’initiatives européennes,
  • plus d’implication diplomatique,
  • plus de volonté de structurer les équilibres régionaux.

Israël devra composer avec une Europe plus présente et plus structurante.

7. Facteur américain : redéploiement stratégique possible

Si Washington transfère progressivement la gestion européenne aux Européens, il pourrait :

  • concentrer davantage d’efforts sur
  • l’Indo-Pacifique,
  • maintenir son soutien bilatéral direct à Israël,
  • réduire son rôle d’arbitre systématique entre Israël et l’Europe.

Israël pourrait donc :

  • perdre un certain “parapluie politique” en Europe,
  • mais renforcer encore son lien stratégique direct avec les États-Unis.

8. Opinion publique européenne : dissociation croissante

Une Europe plus militarisée ne signifie pas une Europe plus favorable à Israël.

Au contraire :

  • débats juridiques et normatifs forts,
  • pression des opinions publiques,
  • instrumentalisation politique interne.
  • Accélérateur de l’antisémitisme désormais associé à l’antisionisme

La relation pourrait devenir :

  • techniquement dense,
  • politiquement fragile.

Conclusion stratégique consolidée

Les textes et déclarations pré-Munich annoncent une mutation progressive :

L’Europe :

  • s’arme,
  • s’organise,
  • cherche l’autonomie,
  • mais reste encore dépendante structurellement des États-Unis.

Pour Israël, cela signifie :

  1. Coopération militaire accrue et structurée.
  2. Moins d’alignement politique automatique.
  3. Plus de conditionnalités diplomatiques.
  4. Une relation plus industrielle que symbolique.
  5. Une Europe plus présente au Moyen-Orient.

La militarisation européenne ne marginalise pas Israël.
Elle transforme la relation.
Moins réflexe, plus calculée.
Moins idéologique, plus stratégique.

Et dans les équilibres internationaux, ce type d’évolution pèse davantage que les déclarations publiques. Il ne faut pas confondre les apparences de la réalité avec la réalité elle-même.

© Francis Moritz


Francis Moritz a longtemps écrit sous le pseudonyme « Bazak », en raison d’activités qui nécessitaient une grande discrétion.  Ancien  cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine. Fils d’immigrés juifs, il a su très tôt le sens à donner aux expressions exil, adaptation et intégration. © Temps & Contretemps


Suivez-nous et partagez

RSS
Twitter
Visit Us
Follow Me

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*