Tribune Juive

1959 : les « ballets roses »

En 1959, la France découvre une affaire qui mêle mineures, appartements privés et personnalités du monde politique.

L’affaire des ballets roses éclate au printemps.
Le terme lui-même, « ballets roses », est une invention journalistique: il désigne des réunions organisées dans des logements parisiens où de très jeunes adolescentes, parfois issues de milieux modestes, sont invitées à participer à des soirées à caractère sexuel en présence d’adultes influents.

L’enquête démarre à la suite d’un signalement concernant l’une des jeunes filles. Très vite, des noms circulent. Parmi eux, celui d’André Le Troquer, alors président de l’Assemblée nationale, ancien résistant, figure respectée de la SFIO. D’autres notables seront cités au fil de l’instruction.

Abasourdie, la France découvre que ces « parties fines » se déroulaient dans des lieux prestigieux comme dans la loge présidentielle à l’Opéra de Paris, dans les bureaux d’une brigade de police, rue St Honoré à Paris, dans les cabines d’essayage d’un grand magasin parisien, à l’Opéra comique…

La presse se divise, certains journaux relateront les faits avec prudence ; d’autres les minimiseront ou évoqueront une affaire montée en épingle.

Les débats, eux, portèrent autant sur la moralité que sur la crédibilité des témoignages.

Le procès s’ouvre le 28 avril 1960 devant la quinzième chambre correctionnelle de la Seine au cours de huit audiences à huis clos absolu. Aucune image, aucune déclaration. Le secret des débats a été total. Les actes d’accusation sont accablants : actes caractérisés d’excitation à la débauche… relations sexuelles… échangisme… détournement de mineures… exhibitionnisme… coups à enfants de moins de 15 ans…

L’instruction judiciaire s’étendit sur plusieurs mois.
Les chefs d’accusation concernèrent des atteintes aux mœurs impliquant des mineures.
Plusieurs prévenus furent condamnés, André Le Troquer écopant d’une peine de prison avec sursis, d’une amende, et d’une peine d’inéligibilité pour une durée déterminée.

La plupart des peines furent relativement modérées, aucune condamnation lourde ne bouleversa durablement la classe politique.

Au fil des années, l’affaire, qui ne donna lieu ni à une commission d’enquête parlementaire majeure, ni à une réforme institutionnelle notable, s’effaça progressivement de la mémoire publique.

Reste que le terme “ballets roses” demeure dans les archives judiciaires et les chroniques de l’époque et désigne un moment précis de la vie politique française : celui où un scandale impliquant des mineures et des responsables publics franchit brièvement la frontière du privé pour entrer dans l’espace public.

Avant de retourner… au silence.

La morale de cette affaire est donnée par Benoît Duteurtre (« Ballets roses », Grasset 2009), arrière-petit-fils de René Coty (dernier président de la IVe République): « Cette affaire se rapporte à une époque où le délit de pédophilie n’existe pas encore en tant que tel, il montre comment la justice a minimisé le détournement de mineur. Le tribunal va jusqu’à morigéner des jeunes filles qui ne sont plus des enfants, accusant une société décadente et « l’esprit Saint-Germain-des-Prés ».

L’académicien Jean-Marie Rouart s’est largement inspiré de cette histoire dans son roman « La vérité sur la comtesse Berdaïev » (Paris – Gallimard 2018) et Jean-Pierre Mocky dans son film « Les ballets écarlates » sorti en 1977 décrit un réseau de notables pédophiles dans une ville de province.

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