
Ce que les documents, les conversations internes et le plateau de C14 révèlent enfin
Il y a des moments où les mots écrits il y a des années reviennent frapper l’histoire avec une violence intacte.
Les sténogrammes révélés par Benjamin Netanyahu (Premier ministre d’Israël), lus mot à mot sur la chaîne Chaîne 14 (C14), ne racontent pas une erreur ponctuelle, ni un malentendu stratégique.
Ils dessinent une logique répétée, documentée, assumée, qui traverse plus de douze années de décisions sécuritaires israéliennes.
Et surtout, ils révèlent qui a dit quoi, quand, et pourquoi cela a été bloqué.
« Ce ne sont pas des interprétations. Ce sont des citations »
Dès l’ouverture de l’émission, Yaakov Bardugo pose le cadre :
« Ce ne sont pas des interprétations.
Ce sont des citations.
Noir sur blanc.
Sur sténogramme. »
Puis il lit. Sans commentaire. Sans filtre.
La phrase qui revient toujours
Réunions de cabinet – période 2014–2018.
Benjamin Netanyahu :
« Il faut éliminer Mohammed Deif.
J’insiste là-dessus. »
Réponse consignée :
Aviv Kochavi (chef d’état-major en exercice à l’époque) :
« Non, Monsieur.
Ça ne vaut pas le prix. »
Même demande, autre réunion :
Benjamin Netanyahu :
« J’exige l’élimination des chefs du Hamas. »
Réponse, mot pour mot :
Gadi Eisenkot (ancien chef d’état-major) :
« Une élimination entraînera une grave escalade.
Il faut contenir.
C’est la seule manière d’obtenir le calme. »
Sur le plateau, Bardugo tranche :
« Tous.
Tous disent la même chose. »
Janvier 2023 : la conversation qui glace aujourd’hui
Dix mois avant le 7 octobre, une discussion directe est consignée.
Benjamin Netanyahu, à Ronen Bar (directeur du Shin Bet) :
« Il faut éliminer Saleh al-Arouri. »
Réponse enregistrée :
Ronen Bar :
« Ce n’est pas correct de faire cela. »
Le document publié par C14 ajoute une autre phrase, attribuée à Bar dix jours avant le 7 octobre :
« Le Hamas n’est pas intéressé par une guerre large.
Il cherche une normalisation. »
Cette phrase, aujourd’hui, devient centrale.
La doctrine sécuritaire écrite noir sur blanc
Les sténogrammes compilent une ligne constante :
« Le Hamas ne veut pas la guerre.
Le Hamas veut le calme.
Il faut permettre l’entrée de travailleurs.
Il faut des avantages économiques.
C’est la voie de la stabilité. »
Selon le document C14, cette lecture est partagée par :
- Yoav Gallant (ministre de la Défense),
- des responsables du renseignement militaire (Aman),
qui décrivent la direction du Hamas comme « dissuadée » et « gérable ».
La réponse de Netanyahou, elle aussi consignée
Face à cette doctrine, le Premier ministre répond — et ses mots sont écrits :
Benjamin Netanyahu :
« Je crois à l’usure.
Il faut tondre la pelouse.
Les forcer à se cacher.
Réduire leur capacité d’action. »
Réaction collective, consignée sans ambiguïté :
- Nadav Argaman (ancien chef du Shin Bet),
- Ronen Bar,
- et d’autres hauts responsables :
« Il ne faut pas.
C’est inutile.
Les prix sont trop lourds.
Il n’y a pas de maturité opérationnelle. »
Ce que le plateau ajoute — et qui est fondamental
À ce stade, personne ne conteste les sténogrammes.
Le débat bascule ailleurs.
🔹 Qui décide de ce qui sort, et quand ?
Momo Filber pose la question clé :
Le vrai enjeu n’est pas l’accès aux documents,
mais qui écrira la conclusion.
Il affirme clairement :
- que les deux types de commissions ont les mêmes pouvoirs,
- que le conflit n’est pas juridique,
- mais politique et narratif.
Il parle même d’une « commission d’enquête populaire », née des fuites sélectives.
🔹 « On essaie de bloquer certaines questions »
Eli David va plus loin :
« Le refus d’une commission égalitaire
vise à éviter certaines questions précises
et certains face-à-face directs. »
Sur le plateau, des noms sont cités comme devant être regardés dans les yeux :
- Aviv Kochavi,
- Ronen Bar,
- Tomer Bar (commandant de l’armée de l’air).
Le point n’est pas la culpabilité, mais l’absence de confrontation publique.
🔹 La critique du système judiciaire
Iska Bina élargit encore le débat :
- Bagatz,
- les conseillers juridiques,
- le parquet,
- les obligations imposées au nom du droit international.
Selon elle, le judiciaire a façonné la politique sécuritaire par en dessous, sans mandat électoral.
Iran : même mécanique, même blocage
Les sténogrammes rappellent un autre dossier sensible :
entre 2009 et 2011, trois tentatives de frappe contre l’Iran.
Trois fois, le système sécuritaire bloque.
Même logique.
Même prudence.
Même immobilisme.
« Pas de trahison », mais une accusation lourde
Les mots sont choisis avec soin :
« Il n’y a pas eu de trahison. »
Mais la conclusion est répétée :
« Il y a eu un processus systémique
où le système sécuritaire
s’est placé au-dessus du pouvoir politique élu. »
Le moment où le plateau se tait
Puis Shimon Elkabets lit un message WhatsApp.
Sivan (sa fille) écrit :
« Je suis cachée avec Naor sous le lit, dans le mamad.
J’ai peur. »
Deux mots.
Des heures de peur.
Puis l’assassinat.
Plus personne ne parle de doctrine.
Pourquoi publier maintenant
Selon le document C14, Benjamin Netanyahu explique sa décision :
- l’enquête du Contrôleur de l’État a été bloquée,
- les anciens responsables refusaient de répondre publiquement,
- le public a le droit de voir ce qui a été dit, quand cela a été dit.
La phrase qui résume tout
Bardugo conclut en revenant à la phrase qui traverse les années :
« “Ça ne vaut pas le prix”,
a dit Kochavi au Premier ministre. »
Il la répète.
« Ça ne vaut pas le prix. »
Les citations reproduites ci-dessus sont présentées telles que lues à l’antenne, sans reformulation ni interprétation, conformément aux sténogrammes mentionnés.
Sources
- Débat et sténogrammes lus à l’antenne – Chaîne 14 (C14)
- Article C14 : Netanyahou révèle les documents remis au Contrôleur de l’État
https://www.c14.co.il/article/1453232
