Tribune Juive

Quand les sténogrammes parlent. Par David Germon

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Ce que les documents, les conversations internes et le plateau de C14 révèlent enfin

Il y a des moments où les mots écrits il y a des années reviennent frapper l’histoire avec une violence intacte.
Les sténogrammes révélés par Benjamin Netanyahu (Premier ministre d’Israël), lus mot à mot sur la chaîne Chaîne 14 (C14), ne racontent pas une erreur ponctuelle, ni un malentendu stratégique.
Ils dessinent une logique répétée, documentée, assumée, qui traverse plus de douze années de décisions sécuritaires israéliennes.

Et surtout, ils révèlent qui a dit quoi, quand, et pourquoi cela a été bloqué.


« Ce ne sont pas des interprétations. Ce sont des citations »

Dès l’ouverture de l’émission, Yaakov Bardugo pose le cadre :

« Ce ne sont pas des interprétations.
Ce sont des citations.
Noir sur blanc.
Sur sténogramme. »

Puis il lit. Sans commentaire. Sans filtre.


La phrase qui revient toujours

Réunions de cabinet – période 2014–2018.

Benjamin Netanyahu :

« Il faut éliminer Mohammed Deif.
J’insiste là-dessus. »

Réponse consignée :

Aviv Kochavi (chef d’état-major en exercice à l’époque) :

« Non, Monsieur.
Ça ne vaut pas le prix. »

Même demande, autre réunion :

Benjamin Netanyahu :

« J’exige l’élimination des chefs du Hamas. »

Réponse, mot pour mot :

Gadi Eisenkot (ancien chef d’état-major) :

« Une élimination entraînera une grave escalade.
Il faut contenir.
C’est la seule manière d’obtenir le calme. »

Sur le plateau, Bardugo tranche :

« Tous.
Tous disent la même chose. »


Janvier 2023 : la conversation qui glace aujourd’hui

Dix mois avant le 7 octobre, une discussion directe est consignée.

Benjamin Netanyahu, à Ronen Bar (directeur du Shin Bet) :

« Il faut éliminer Saleh al-Arouri. »

Réponse enregistrée :

Ronen Bar :

« Ce n’est pas correct de faire cela. »

Le document publié par C14 ajoute une autre phrase, attribuée à Bar dix jours avant le 7 octobre :

« Le Hamas n’est pas intéressé par une guerre large.
Il cherche une normalisation. »

Cette phrase, aujourd’hui, devient centrale.


La doctrine sécuritaire écrite noir sur blanc

Les sténogrammes compilent une ligne constante :

« Le Hamas ne veut pas la guerre.
Le Hamas veut le calme.
Il faut permettre l’entrée de travailleurs.
Il faut des avantages économiques.
C’est la voie de la stabilité. »

Selon le document C14, cette lecture est partagée par :

qui décrivent la direction du Hamas comme « dissuadée » et « gérable ».


La réponse de Netanyahou, elle aussi consignée

Face à cette doctrine, le Premier ministre répond — et ses mots sont écrits :

Benjamin Netanyahu :

« Je crois à l’usure.
Il faut tondre la pelouse.
Les forcer à se cacher.
Réduire leur capacité d’action. »

Réaction collective, consignée sans ambiguïté :

« Il ne faut pas.
C’est inutile.
Les prix sont trop lourds.
Il n’y a pas de maturité opérationnelle. »


Ce que le plateau ajoute — et qui est fondamental

À ce stade, personne ne conteste les sténogrammes.
Le débat bascule ailleurs.

🔹 Qui décide de ce qui sort, et quand ?

Momo Filber pose la question clé :

Le vrai enjeu n’est pas l’accès aux documents,
mais qui écrira la conclusion.

Il affirme clairement :

Il parle même d’une « commission d’enquête populaire », née des fuites sélectives.


🔹 « On essaie de bloquer certaines questions »

Eli David va plus loin :

« Le refus d’une commission égalitaire
vise à éviter certaines questions précises
et certains face-à-face directs. »

Sur le plateau, des noms sont cités comme devant être regardés dans les yeux :

Le point n’est pas la culpabilité, mais l’absence de confrontation publique.


🔹 La critique du système judiciaire

Iska Bina élargit encore le débat :

Selon elle, le judiciaire a façonné la politique sécuritaire par en dessous, sans mandat électoral.


Iran : même mécanique, même blocage

Les sténogrammes rappellent un autre dossier sensible :
entre 2009 et 2011trois tentatives de frappe contre l’Iran.

Trois fois, le système sécuritaire bloque.
Même logique.
Même prudence.
Même immobilisme.


« Pas de trahison », mais une accusation lourde

Les mots sont choisis avec soin :

« Il n’y a pas eu de trahison. »

Mais la conclusion est répétée :

« Il y a eu un processus systémique
où le système sécuritaire
s’est placé au-dessus du pouvoir politique élu. »


Le moment où le plateau se tait

Puis Shimon Elkabets lit un message WhatsApp.

Sivan (sa fille) écrit :

« Je suis cachée avec Naor sous le lit, dans le mamad.
J’ai peur. »

Deux mots.
Des heures de peur.
Puis l’assassinat.

Plus personne ne parle de doctrine.


Pourquoi publier maintenant

Selon le document C14, Benjamin Netanyahu explique sa décision :


La phrase qui résume tout

Bardugo conclut en revenant à la phrase qui traverse les années :

« “Ça ne vaut pas le prix”,
a dit Kochavi au Premier ministre. »

Il la répète.

« Ça ne vaut pas le prix. »


Les citations reproduites ci-dessus sont présentées telles que lues à l’antenne, sans reformulation ni interprétation, conformément aux sténogrammes mentionnés.


Sources


© David Germon

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