Tribune Juive

Municipales 2026 : Marseille, Gaza et l’ombre portée de LFI. Pourquoi la droite doit gagner. Par Fundji Benedict

À Marseille, la “solidarité Gaza” n’est pas un slogan : c’est une suite de délibérations, de lignes budgétaires, de suspensions, de rétablissements — et donc de responsabilités. À l’approche des municipales de 2026, le débat public se satisfait trop souvent d’images et d’incantations. Or une grande ville ne “prend pas position” : elle engage de l’argent public, sélectionne des canaux, accepte un niveau de risque, et se place sous le regard du juge administratif autant que sous celui des contribuables. La bataille pour conquérir la mairie de Marseille ne se jouera pas seulement sur les questions de sécurité ou de propreté ; elle ira aussi sur un terrain plus discret, mais explosif : celui des flux financiers municipaux vers Gaza, des canaux onusiens choisis (UNRWA, UNICEF) et des risques juridiques et politiques associés, dans un contexte où La France insoumise (LFI) cherche à prendre la ville en s’appuyant sur un écosystème militant pro‑palestinien déjà structuré au niveau national. La question n’est pas seulement morale ou symbolique ; elle touche à la responsabilité d’une grande ville française dans l’usage de l’argent de ses contribuables, à l’exposition au risque de financement indirect de structures poreuses au Hamas et au Jihad islamique palestinien (JIP) entre autres, et, en creux, à ce que signifierait le basculement de Marseille sous un pouvoir municipal dominé par LFI.

L’objectif de cet article est double : d’une part, établir précisément les montants et les canaux utilisés par la mairie pour financer Gaza (UNRWA, UNICEF), et d’autre part examiner le choix des vecteurs de financement et le risque politico-juridique qui en découle afin de montrer pourquoi une victoire de LFI à Marseille amplifierait mécaniquement un risque de dérive déjà tangible

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Sous la mandature de Benoît Payan (maire socialiste, soutenu par une coalition de gauche), Marseille a fait le choix assumé de financer Gaza via des agences onusiennes – l’UNRWA et l’UNICEF – en votant des subventions significatives, tout en s’exposant à des controverses extrêmement lourdes sur l’infiltration partielle de l’UNRWA par des agents du Hamas et du JIP. Le paradoxe est cruel : au moment même où les procédures de dissolution se multiplient contre des collectifs pro‑ « résistance » en France, Marseille ouvre des lignes budgétaires vers des structures internationales dont la neutralité, la gouvernance et les partenariats sont remis en cause au plus haut niveau.

Les montants en jeu : une cartographie minimale des flux Marseille → Gaza

Les données publiques et la presse locale comme nationale permettent déjà d’établir un socle factuel solide quant aux montants engagés par Marseille en direction de Gaza.

Tableau 1 – Principales subventions « Gaza » votées par la Ville de Marseille (2023‑2024)

Année (vote)BénéficiaireObjet officielMontant votéObservations
2023 (déc.) / 2024 (exécution)UNRWAAide humanitaire aux civils de Gaza80 000 €Vote fin 2023, suspension en janvier 2024, puis versement confirmé au printemps 2024 après controverse politique 
2024 (février)UNICEFAide pour les enfants de Gaza80 000 €Vote en conseil municipal ; reprise dans la communication municipale et dans la presse en 2025 comme précédent et modèle 

Total documenté : 160 000 € de subventions directement fléchées vers Gaza.  Marseille a consacré au minimum 160 000 € de fonds municipaux à Gaza sur la période récente, via des instruments qui ne sont ni neutres ni exempts de risques structurels. Le choix n’est pas anodin : il traduit une décision politique répétée de faire de la ville un acteur direct de la « solidarité Gaza », dans un contexte où chaque euro public engage la responsabilité de la collectivité sur l’usage qui en est fait.

L’UNRWA : une agence onusienne sous soupçon, mais financée par Marseille

Il faut mesurer la gravité du contexte dans lequel la subvention marseillaise à l’UNRWA est intervenue. Après le 7 octobre 2023, les services israéliens transmettent un dossier de renseignement accusant une partie du personnel de l’UNRWA à Gaza d’être membres ou auxiliaires du Hamas et du JIP. Ce dossier évoque notamment environ 190 employés de l’UNRWA à Gaza susceptibles d’appartenir, formellement ou de facto, à ces organisations ; une douzaine de cas individuels détaillés, accusant des enseignants, des logisticiens ou du personnel de terrain d’avoir participé directement aux attaques du 7 octobre – enlèvements, homicides, opérations logistiques. Ce ne sont pas de vagues rumeurs : de grands médias internationaux ont eu accès à ces éléments et les ont suffisamment jugés crédibles pour en faire un sujet central, au point de provoquer une réaction institutionnelle du Secrétaire général de l’ONU. Poussé dans ses retranchements, celui‑ci a mandaté une enquête interne qui a abouti à des conclusions d’une extrême gravité pour l’UNRWA : l’ONU a reconnu qu’une dizaine d’employés ont été impliqués dans les attaques génocidaires du 7 octobre 2023 et les ont licenciés sur le champ ce qui démontre que le système onusien reconnaît la véracité des faits. Autrement dit, même si l’on écarte par prudence le chiffre de 190 pour ne retenir que les conclusions formelles de l’ONU, le constat demeure : la porosité de l’UNRWA au Hamas et au JIP n’est plus un simple procès d’intention, mais un fait établi au moins à l’échelle de cas individuels.

C’est dans ce contexte que Marseille décide non seulement de voter une subvention de 80 000 € à l’UNRWA fin 2023, mais encore de maintenir ce versement au printemps 2024 au nom de l’alignement sur la position française après une suspension temporaire fin janvier 2024 à la suite des révélations visant des personnels de l’agence (délibération 23/0747/AGE signée le 15 décembre 2023 – “aide financière […] à hauteur de 80 000 euros” à l’UNRWA, imputée au budget 2024). Loin d’adopter une approche de stricte prudence, la majorité municipale assume de poursuivre, au nom d’une solidarité humanitaire, une coopération financière avec une agence dont la crédibilité est profondément entamée – et dont certains salariés se sont trouvés, littéralement, du côté des assaillants du 7 octobre.

À Marseille, la chronologie est politiquement révélatrice.  Autrement dit : l’alerte provoque un geste de prudence — mais pas un changement de doctrine. Le signal envoyé est clair : la municipalité assume le canal UNRWA, y compris quand sa neutralité devient un sujet international majeur. S’il est vrai qu’une collectivité territoriale, qu’une ville n’a pas à “prouver” qu’un euro municipal a été détourné pour être tenue à la prudence, elle doit néanmoins prouver l’inverse : qu’elle a réduit le risque par des garde-fous proportionnés. Or, à Gaza, les mécanismes de diversion (pression sur les personnels, contrôle territorial, taxation informelle, captation logistique) sont décrits depuis des années. Le problème est d’admettre que l’on verse de l’argent public à un organisme dans lequel l’ONU elle‑même reconnaît un risque avéré de collusion individuelle avec un groupe désigné terroriste, et de considérer que cela ne modifie en rien la politique municipale. La question municipale devient alors : quels contrôles avez-vous exigés, et lesquels pouvez-vous vérifier ?

L’UNICEF : un environnement politico‑ONG contesté plus qu’une infiltration avérée

Le cas de l’UNICEF est d’une autre nature, mais tout aussi problématique dans une perspective de gouvernance responsable. À ce stade, il n’existe pas d’éléments sérieux affirmant que des employés d’UNICEF seraient membres du Hamas ou du JIP, ni qu’ils auraient pris part aux événements du 7 octobre 2023. La critique se situe ailleurs : dans la manière dont l’UNICEF s’inscrit dans un écosystème d’ONG et de campagnes politiques autour du conflit israélo‑palestinien.  Plusieurs travaux de monitoring ont mis en évidence, d’une part, la participation d’UNICEF à des démarches visant à inscrire Israël sur une liste noire des États considérés comme violant gravement les droits des enfants dans les conflits armés, et, d’autre part, le rôle du UNICEF NGO Working Group, plateforme de coordination avec des ONG très engagées contre Israël (accusations systématiques de crimes de guerre, rhétorique BDS, etc.) dont l’action dépasse très largement la stricte protection de l’enfance pour s’inscrire dans un agenda politique. Des ONG israéliennes ont par ailleurs formellement saisi l’UNICEF pour qu’elle enquête sur l’usage d’enfants par le Hamas et le JIP – camps d’entraînement, embrigadement, creusement de tunnels –, soulignant par contraste le déséquilibre du regard lorsque l’État d’Israël est continuellement mis en accusation sans que la question de l’instrumentalisation des enfants par les groupes armés palestiniens soit traitée avec la même vigueur.

Lorsque Marseille vote 80 000 € pour l’UNICEF « au bénéfice des enfants de Gaza » (délibération 24/0105/AGE, vote/annonce au conseil municipal du 16 février 2024 – subvention de 80 000 € à l’UNICEF/UNICEF France) “pour venir en aide aux civils de Gaza”, explicitement présentée comme un second canal après la séquence UNRWA), elle choisit donc un canal institutionnel qui, sans être infiltré par le Hamas, opère au cœur d’un réseau d’ONG et de narratifs où Israël est désigné comme agresseur systémique, sans véritable contrepoids dans l’analyse des responsabilités. Là encore, le problème est celui de la diligence : une grande ville peut‑elle ignorer qu’en sélectionnant des partenaires onusiens très politisés, elle contribue, via ses propres budgets, à financer des activités illicites voire terroristes ? Pour rappel, j’ai montré dans un précédent article publié sur Dreuz et Israel 247 que ce schéma de « solidarité municipale » pouvait, dans d’autres villes, se transformer en un véritable écosystème de contournement, où des subventions locales fragmentées, confiées à des intermédiaires associatifs comme l’AFPS, finissaient par irriguer des structures palestiniennes liées au Hamas ou au FPLP, sous la protection politique active de LFI qui s’emploie à disqualifier toute demande de contrôle au nom de l’« antiracisme ».

Ce chiffre de 160 000 €, en soi, n’est bien évidemment pas gigantesque au regard d’un budget municipal. Mais il a une portée symbolique (Marseille se fait acteur direct), politique (la ville s’inscrit dans une diplomatie émotionnelle), et surtout juridique (diligence, contrôle, traçabilité), d’autant qu’il touche un terrain où la vigilance LCB-FT (lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme) n’est pas un luxe : c’est un impératif.

Là où la politique rencontre le juge — et parfois le pénal

C’est ici que le débat marseillais cesse d’être idéologique pour devenir institutionnel. Dès qu’une subvention publique dépasse 23 000 €, une convention doit être conclue, définissant objet, montant, modalités de versement, conditions d’utilisation, contrôle et évaluation. C’est la logique de l’article 10 de la loi du 12 avril 2000, précisée par le décret du 6 juin 2001. Les deux subventions de 80 000 € entrent pleinement dans ce régime. De plus le décret du 6 juin 2001 rappelle aussi un seuil pivot : 153 000 €. Au-delà, certaines obligations de transparence et de dépôt s’appliquent ; et, côté associations, l’obligation de recourir à un commissaire aux comptes existe notamment lorsqu’une association reçoit au moins 153 000 € de subventions publiques.  Pourquoi ce seuil est-il crucial dans une réflexion municipale ? Parce qu’il matérialise une frontière de gouvernance : en-dessous, l’écosystème associatif est souvent plus “léger” en certification ; au-dessus, les exigences formelles augmentent. Et c’est précisément là que naît la tentation des montages : fragmenter, multiplier les guichets, additionner des lignes et des intermédiaires pour diluer la redevabilité. Mon article précédent sur l’écosystème municipal/AFPS décrit ce mécanisme : ce n’est pas le montant isolé qui est dangereux, c’est la chaîne. L’article 421-2-2 du code pénal incrimine le fait de financer une entreprise terroriste en fournissant, réunissant ou gérant des fonds, “dans l’intention” de les voir utilisés ou “en sachant” qu’ils sont destinés à l’être, en tout ou partie, pour des actes terroristes.  Évidemment, une municipalité n’est pas “coupable” parce qu’elle aide des civils. Mais là où le risque juridique commence, c’est lorsque l’on finance dans un environnement où la probabilité de captation est connue, les alertes sont publiques, et la diligence demeure insuffisamment documentée. Le ministère de l’Économie (Trésor) a d’ailleurs produit un document de sensibilisation sur le risque de détournement des associations à des fins de financement du terrorisme, en s’appuyant sur la recommandation n°8 du GAFI.

Le point n’est pas théorique : le juge administratif contrôle. Le tribunal administratif de Marseille a annulé une subvention municipale à SOS Méditerranée au motif que ni la délibération ni la convention n’indiquaient la destination de la subvention, empêchant la commune de s’assurer qu’elle financerait exclusivement l’action humanitaire visée, à l’exclusion d’autres activités. Ce précédent est politiquement explosif, car il pose une exigence transposable : on ne subventionne pas une cause ; on subventionne une action déterminée, contrôlable et traçable.

Il faut insister sur ce point : l’enjeu n’est pas seulement UNRWA/UNICEF. L’enjeu, c’est la logique de “municipalisation” d’un écosystème militant : collectivités → intermédiaires associatifs → partenaires locaux, avec une zone grise de contrôle et une protection politique qui disqualifie toute demande d’audit.

Ma précédente recherche publiée dans plusieurs médias décrit ce schéma et son vocabulaire : captation, relais, redistribution, neutralisation du contrôle par l’accusation infamante (“raciste”, “islamophobe”, etc.). Et surtout, elle rappelle une donnée que personne ne peut balayer d’un revers de main : l’État français lui-même peut geler des avoirs et viser des structures associatives lorsqu’il estime que le risque de financement d’organisations terroristes existe. L’arrêté de gel des avoirs publié au Journal officiel le 4 décembre 2025 en est une illustration institutionnelle : on n’est plus dans l’opinion, on est dans l’outil régalien. Dès lors, la question marseillaise se reformule ainsi : quand une municipalité adopte un tropisme “cause” et des canaux politiquement chargés, elle ouvre mécaniquement un champ d’opportunités pour des acteurs dont le métier est précisément la captation de ressources sous couverture humanitaire — et qui prospèrent dans l’indignation, l’urgence et la fragmentation des subventions.

LFI, l’AFPS et la tentation d’une municipalisation de l’écosystème militant

La conclusion est politique — mais elle doit rester adossée au droit et aux faits. La majorité municipale actuelle a installé une doctrine : Marseille subventionne Gaza via des agences onusiennes, et maintient le cap malgré les controverses, les suspensions temporaires et les signaux de risque.

Les faits budgétaires précédemment décrits sont inséparables d’un autre élément : le projet politique de LFI et de ses satellites pour les municipales de 2026. Des analyses publiées récemment ont documenté la manière dont LFI et l’AFPS ont, dans plusieurs villes, mis en place un « écosystème » associant l’orientation de subventions municipales vers des organisations pro‑palestiniennes, le recours à des intermédiaires (AFPS, plateformes d’ONG) chargés de redistribuer les fonds vers des partenaires palestiniens dans une zone grise où le contrôle effectif sur ces relais est faible, et la fourniture, par LFI, d’une couverture politique destinée à disqualifier toute critique de ces circuits comme « raciste », « islamophobe » ou « d’extrême droite ».

À Marseille, même si l’on n’a pas encore identifié de délibération municipale 2020‑2026 subventionnant directement AFPS / Palestine 13, le terrain est déjà préparé. « Palestine 13 », groupe local de l’AFPS, est visible dans la sphère militante marseillaise et se positionne comme référent pro‑palestinien de la ville. Parallèlement, la municipalité a déjà franchi plusieurs seuils symboliques (UNRWA, UNICEF, aides répétées à Gaza), en s’exposant à des polémiques nationales sans renoncer à ce cap, ce qui a pour effet de banaliser l’idée que l’hôtel de ville est un acteur direct de la cause palestinienne, au‑delà de tout strict impératif humanitaire. Une municipalité dominée par LFI n’hériterait donc pas d’une page blanche mais d’une infrastructure politique et narrative déjà en place et aurait par nature la tentation de la pousser plus loin: élargissement du spectre des bénéficiaires à des ONG françaises beaucoup plus radicalisées, inscription de la cause palestinienne dans des programmes de coopération décentralisée pluriannuels, intensification de la mise en scène municipale de la « Palestine » comme enjeu central de politique locale, banalisation de l’écosystème associatif le plus militant comme interlocuteur “naturel”. Sur ce point précis, tout le passé de LFI – soutien obstiné à des figures comme Salah Hamouri, alignement systématique sur les positions les plus dures de l’AFPS, refus de nommer clairement le Hamas comme ennemi – rend parfaitement crédible une accélération des transferts politiques et symboliques vers l’écosystème qu’elle anime. Dans cette configuration, on passerait de la subvention ponctuelle à l’infrastructure politique.

Il faut le redire. Sur le terrain explosif de l’antisémitisme, un fait politique est incontestable : LFI est au cœur d’une controverse nationale récurrente, au point que la qualification même du mouvement (“antisémitisme”, “antisémitisme d’atmosphère”) est désormais un objet de contentieux. En novembre 2025, un tribunal a relaxé Raphaël Enthoven poursuivi pour injure après avoir qualifié LFI de “profondément antisémite”, jugeant que ses propos n’excédaient pas les limites admissibles de la liberté d’expression. Cela ne “prouve” pas, au sens scientifique, une essence partisane. Mais cela dit quelque chose de décisif pour Marseille : le risque de conflictualité, de polarisation, de dérapages et de judiciarisation est déjà là — et une mairie est une institution, pas une tribune. Ce jugement acte aussi un fait politique majeur — le soupçon d’antisémitisme visant LFI est devenu un élément du débat public que la justice n’a pas considéré comme illégitime en soi, dans ce contexte précis. Et à Marseille, où l’équilibre intercommunautaire est une question de sécurité civile autant que de cohésion, ce paramètre n’est pas accessoire.

Pourquoi les candidats LFI et socialistes doivent être battus à Marseille

Marseille ne doit pas être jugée sur l’intensité de ses émotions, mais sur la solidité de ses procédures. À Gaza, le terrorisme et la captation des flux ne sont pas des “narratifs” : ce sont des paramètres opérationnels. Le financement humanitaire dans un territoire sous emprise de groupes terroristes exige une discipline froide : conventions précises, traçabilité, clauses de contrôle, audits, mécanismes de suspension, et refus de tout intermédiaire opaque. La ville a déjà été rappelée par le juge à une exigence simple : une subvention doit avoir une destination identifiable. Elle doit désormais appliquer cette rigueur aux dossiers les plus sensibles, ceux où l’aléa n’est pas administratif mais sécuritaire. On peut — on doit — compatir à la souffrance des civils. Mais une municipalité n’a pas pour mission d’être un ministère bis des Affaires étrangères, encore moins une caisse de résonance militante. Ce que révèle la séquence UNRWA–UNICEF à Marseille, ce n’est pas « la générosité ». C’est la légèreté des garde-fous, au moment même où l’actualité a démontré, noir sur blanc, que certaines structures pouvaient être traversées par des compromissions — et que le risque de détournement, dans cet espace, n’est jamais une abstraction.

À ce stade, la question marseillaise dépasse Marseille. Car il ne s’agit pas seulement de subventions : il s’agit d’un style de pouvoir. Quand l’exécutif municipal transforme une crise internationale en marqueur local, il installe trois effets durables : un précédent budgétaire (si c’était légitime hier, pourquoi pas demain, plus, ailleurs, via d’autres relais ?) ; un précédent narratif (la mairie comme scène militante) ; et un précédent de gouvernance (la diligence comme variable secondaire, la communication comme variable principale). Et c’est là que LFI entre dans le champ, parce qu’elle n’est pas un simple partenaire de coalition : elle a fait de ces sujets un instrument central de mobilisation.

À quelques semaines des municipales, la ligne de partage est simple : soit Marseille se dote d’une doctrine de solidarité internationale rigoureuse (diligence renforcée, contrôle, transparence, clauses anti-détournement, audit, traçabilité, publication proactive) ; soit elle glisse vers une « municipalisation » d’un écosystème où l’idéologie précède la prudence, et où le contrôle devient suspect par principe. Et c’est ici que la conclusion politique s’impose — sans incantation : une équipe municipale qui, par idéologie ou par électoralisme, normalise des circuits à risque, entretient l’ambiguïté sur les acteurs, et transforme la mairie en caisse de résonance d’agendas extérieurs, ne protège ni la ville, ni ses finances, ni sa sécurité juridique. Les candidats LFI et socialistes à Marseille doivent être battus, précisément parce qu’ils ont montré – ou montrent déjà – une irresponsabilité structurelle dans l’usage de l’argent public sur ce dossier. D’un côté, la majorité actuelle, issue d’une gauche classique, a choisi de financer Gaza via des structures onusiennes dont les failles sont désormais établies. De l’autre, LFI propose d’aller plus loin encore, non pas en renforçant les garde‑fous, mais en assumant une alliance organique avec un écosystème associatif qui va de l’AFPS à des collectifs ayant flirté, dans leurs slogans et leurs alliances, avec un soutien explicite à la « résistance » palestinienne, y compris armée. Le risque n’est plus seulement budgétaire ou d’image : il devient non seulement juridique par l’exposition accrue au soupçon de financement indirect de groupes liés au terrorisme mais aussi institutionnel par l’affaiblissement durable de la capacité de Marseille à se poser comme acteur responsable du droit international humanitaire.

Il ne s’agit pas de tourner le dos à l’humanisme. Il s’agit de rappeler que les Marseillais n’ont pas voté pour faire de leur ville un laboratoire de contournement prudentiel où l’on continue de financer des structures poreuses aux groupes terroristes sous prétexte d’humanitaire tout en externalisant le risque moral et juridique sur l’ONU.  Le mandat d’un maire est d’abord de protéger la ville, ses habitants, ses finances, sa réputation internationale, et non de servir de caisse de résonance à des agendas idéologiques extérieurs. Sur ce terrain précis – celui de la discipline financière, de la prudence juridique, du refus de toute complaisance avec des structures compromises – ni la majorité socialiste sortante, ni les candidats LFI qui cherchent à lui succéder ne sont crédibles. À ce titre, ils doivent être battus, au nom même de ce qu’ils prétendent défendre : l’intérêt général, la sécurité juridique et la dignité de l’argent des Français.

Pour aller plus loin

Le Figaro (éd. Marseille), « Gaza : la mairie de Marseille a bien versé une subvention à l’UNRWA », 6 juin 2024.

____________________, « Marseille : en soutien à Gaza, le maire Benoît Payan promet une nouvelle aide financière à l’UNICEF », 26 mai 2025.

CNN, « UN probe finds 9 UNRWA employees “may have” been involved in October 7 attack », 5 août 2024.

NGO Monitor, « UNICEF and its NGO Working Group: Failing Children », 6 janvier 2018.

Israël24/7, « Municipales 2026 en France : comment LFI et l’AFPS organisent le transfert de fonds publics vers des réseaux liés au Hamas et au FPLP », 20 janvier 2026


© Fundji Benedict

Dr. Fundji Benedict, Fondatrice et Présidente de Liberty Values & Strategy Foundation, est spécialisée en sciences politiques, anthropologie, droit international et études africaines. Sa triple identité – afrikaner, franco-éthiopienne et juive – nourrit une perspective unique sur les dynamiques géopolitiques et les questions identitaires contemporaines.

Polyglotte, elle a occupé des postes de direction dans des entreprises internationales aux États-Unis et au Canada avant de créer sa fondation. Ses recherches portent sur les conflits identitaires, les droits des minorités, la décolonisation et l’État de droit, avec un focus particulier sur le Moyen-Orient et la Corne de l’Afrique.

Elle intervient régulièrement sur l’antisémitisme, le terrorisme et les réalités géopolitiques complexes qui façonnent notre époque. Son approche combine rigueur académique et engagement de terrain auprès des communautés concernées.


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