Même une minute
Aujourd’hui, Matti n’est plus là.
Et ça se sent immédiatement.
La musique ne s’interrompt pas.
Elle ralentit un peu.
Elle respire.
Puis elle continue.
Il y a encore la route.
Encore un matin.
Rien de spectaculaire.
Juste le fait d’avancer.
Ses chansons n’expliquent rien.
Elles accompagnent.
Les mots vont droit.
La mélodie fait le détour.
L’émotion arrive sans prévenir.
Parfois, une minute suffit.
Le pays est lourd aujourd’hui.
Saturé d’images.
Saturé de bruit.
Des scènes qu’on ne devrait pas voir.
Des hommes humiliés.
Des écrans partout.
Sa musique ne répond pas à ça.
Elle ne hausse pas le ton.
Elle n’ajoute rien.
Elle enlève.
Elle allège.
Elle permet de tenir.
Elle connaît ce pays.
La chaleur.
L’attente.
La fatigue qui continue quand même.
Le pas légèrement de côté
qui évite de tomber.
Aujourd’hui, Matti disparaît.
Sans mise en scène.
Sans emphase.
Mais les chansons restent là.
À côté.
Dans la voiture.
Dans la cuisine.
Dans ces moments simples
où personne ne parle
et où tout est compris.
Encore la route.
Encore un jour.
Même une minute.
Et aujourd’hui,
ça suffit.
© David Castel
Il avait annoncé via les réseaux sociaux être atteint d’un cancer en phase avancée. Figure emblématique du paysage musical israélien depuis les années 1970, Matti Caspi est décédé ce dimanche à l’âge de 76 ans, laissant derrière lui une œuvre foisonnante profondément ancrée dans la culture du pays.
