Paris, 5 février
En tant que Directeur des relations internationales du Centre Wiesenthal, Shimon Samuels dénonce depuis quinze ans le vol d’identité du patrimoine juif et chrétien… lors des sessions du Comité du patrimoine mondial à Mumbai, Riyad, Manama, Cracovie, Doha, Bonn, Phnom Penh, Saint-Pétersbourg ou Paris. Nous sommes aujourd’hui, en 2026, confrontés à une nouvelle « frénésie d’appropriation du patrimoine ».
Comme l’ont rapporté des agences de presse palestiniennes et arabes — y compris Al-Jazeera — le ministère palestinien du Tourisme et des Antiquités a soumis à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) une « liste de 14 sites patrimoniaux » (qui inclut de facto un nombre bien plus important de sites individuels). La plupart d’entre eux relèvent du patrimoine juif ou chrétien en Terre sainte et ne sont ni arabo-musulmans ni « palestiniens ».
Parmi les sites revendiqués figurent les « cités-États cananéennes », aussi connues sous le nom de « pentapole (cinq villes) des philistins » : Ashkelon, Ashdod, Ekron, Gath et Gaza. Des traces historiques de ces villes se trouvent dans les descriptions bibliques des prophètes hébreux Josué et Samuel. Les Philistins, adorateurs de Baal, immigrèrent à l’origine depuis les îles grecques de la mer Égée, s’implantèrent sur les routes commerciales du Levant méridional, furent défaits à plusieurs reprises, puis exilés en Babylonie et disparurent au Ve siècle av. J.-C.
Le seul site ayant jamais relevé d’un territoire contrôlé par les Palestiniens est Gaza, depuis 2006. Les autres sites archéologiques se situent tous à l’intérieur des frontières de l’État d’Israël. Ashkelon est une ville côtière située à environ 18 km au nord de la bande de Gaza, tandis qu’Ashdod, le plus grand port d’Israël, se trouve encore 20 km plus au nord. Ekron et Gath sont des sites archéologiques à l’intérieur des terres, à environ 30 km à l’est d’Ashdod.
La revendication palestinienne porte donc sur des sites patrimoniaux qui font partie intégrante de l’État d’Israël.
Une autre revendication concerne le « Jabal al-Fureidis / Hérodion », une colline fortifiée construite par Hérode le Grand, roi de Judée, au Ier siècle av. J.-C. Le complexe se situe à environ 12 km au sud de Jérusalem. Le site — que Flavius Josèphe décrivait comme « une acropole dominant une ville sans pareille » — comprenait un ancien palais avec bains, une synagogue, un théâtre, une piscine dotée d’un terminal d’aqueduc et des citernes. La chambre funéraire et le sarcophage d’Hérode y ont également été découverts et sécurisés en 2007 par des archéologues israéliens.
Hérodion fut aussi une forteresse juive lors de la première guerre judéo-romaine (66-73 apr. J.-C.), ainsi que pendant la révolte de Bar-Kokhba en 132 apr. J.-C. Son héritage est donc exclusivement lié à l’histoire juive et israélienne.
Il en va de même pour ce que le ministère palestinien du Tourisme et des Antiquités appelle les « palais archéologiques de Tulul Abu el-‘Alayiq », communément connus sous le nom de « palais royaux d’hiver des dynasties hasmonéens et hérodiens », surplombant la ville de Jéricho. Ces trois palais comprennent des bains et des jardins d’ornement, un aqueduc ainsi que l’une des synagogues les plus anciennes jamais découvertes.
Comme pour l’Hérodion, ce site relève également de la juridiction de l’Administration civile israélienne et est placé sous la protection de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, ainsi que, inévitablement, d’un petit détachement militaire. Les deux sites revendiqués n’ont aucun lien, quel qu’il soit, avec l’histoire ou le patrimoine palestinien, ni même arabe.
En outre, il existe une crainte plausible que toute prise de contrôle palestinienne d’un site patrimonial juif ou chrétien n’aboutisse à sa destruction.
En effet, à titre de précédent (en 1999), le Waqf (fondation pieuse islamique) de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem a délibérément retiré 9 000 tonnes de couches historiques situées sous le Mont du Temple, pour les déverser dans la vallée du Cédron. Aujourd’hui, des archéologues israéliens et internationaux basés sur le mont Scopus récupèrent et tamisent ces déblais. Ils y ont découvert de nombreux artefacts et fragments datant de 3 000 ans, liés à la période du Premier et du Second Temple.
L’objectif palestinien était d’effacer toute preuve archéologique du lien juif avec son lieu saint le plus important.
Une autre forme flagrante d’effacement est purement sémantique, comme dans le cas du « système hydraulique de Jérusalem, Qanat es-Sabeel »… où la référence aux « bassins de Salomon » est délibérément omise.
Même la référence aux « grottes préhistoriques du Wadi Kharitoun » constitue une atteinte au patrimoine juif et chrétien, puisque les seules références historiques à ce site concernent l’ancienne ville judéenne de Tekoa et la présence d’ermites chrétiens, en particulier saint Chariton et saint Euthyme.
Plus récemment, en mai 2001, deux adolescents israéliens, Koby Mandell (13 ans) et Yosef Ishran (14 ans), ont été brutalement enlevés, torturés et assassinés sur ce site par des terroristes palestiniens. USA Today a rapporté qu’ils avaient été « ligotés, poignardés et battus à mort avec des pierres… Les parois de la grotte dans le désert de Judée étaient couvertes du sang des garçons ».
Un autre sujet de préoccupation est la revendication concernant les « monastères du désert de Jérusalem (El-Bariyah) », une zone située entre Jérusalem, l’Hérodion et le Wadi Kharitoun. Cette région abrite plusieurs anciens monastères chrétiens, appartenant aux Églises et préservés par elles. Si ces sites venaient à passer sous le contrôle des autorités palestiniennes, aucune garantie n’existe quant à leur sauvegarde et leur préservation.
En effet, la Déclaration d’indépendance israélienne de 1948 énonce que l’État juif « assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses habitants, sans distinction de religion, de race ou de sexe ; garantira la liberté de religion, de conscience, de langue, d’éducation et de culture ; et sauvegardera les lieux saints de toutes les religions… ».
Cela contraste fortement avec l’absence de garanties similaires de la part de l’Autorité palestinienne dirigée par le Fatah, qui inclut la charia comme source fondamentale du droit, sans même mentionner l’intention déclarée du Hamas de créer un État islamique, son intention génocidaire de tuer ou d’asservir les Juifs et de détruire toute référence à d’autres traditions religieuses.
Par ailleurs, alors qu’Israël compte environ 200 000 chrétiens de toutes confessions — soit une augmentation de 400 % depuis les années 1950 —, les territoires contrôlés par les Palestiniens n’en comptent qu’environ 45 000. Des villes comme Bethléem ont vu leur population chrétienne chuter de 86 % en 1950 à 10 % aujourd’hui.
Dans ce contexte, la revendication intitulée « Les saints miracles de Jésus-Christ en Palestine » constitue une nouvelle forme d’appropriation, plus subtile mais tout aussi insultante sur le plan culturel. Jésus a prêché en Galilée, en Samarie et en Judée, un siècle entier avant que les Romains ne rebaptisent ces territoires « Palestine » (afin d’humilier les Juifs après la révolte de Bar-Kokhba).
Cela nous rappelle également la tentative récurrente de « palestiniser » Jésus, qui est né juif de parents et d’ascendance juive, fut reconnu comme rabbin par ses contemporains et mourut en tant que Juif aux mains des Romains, selon le Nouveau Testament et d’autres sources historiques.
Le ministère palestinien du Tourisme et des Antiquités s’emploie depuis des années à effacer l’identité et l’histoire juives et chrétiennes, depuis l’accession de l’« État de Palestine » au rang de membre du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Nous espérons que les États membres du Comité du patrimoine mondial et la direction de l’UNESCO sauront voir clair dans cette initiative palestinienne de « course à l’appropriation » et l’arrêter net. Faute de quoi, dans un retournement dramatique des événements, cette agence de l’ONU serait manipulée pour porter un coup honteux et existentiel à la Culture, à la Science et à l’Éducation.
Shimon Samuels est l’ancien Directeur de relations internationales du Centre Simon Wiesenthal. Alex Uberti est Directeur de projets pour CSW-Europe
