Ella Waweya, 36 ans, devient la nouvelle porte-parole arabophone de l’armée israélienne après sa nomination annoncée mardi 3 février 2026. CC / Israel Defense Forces/Wikimedia Commons
Ella Waweya, 36 ans, devient la nouvelle porte-parole arabophone de l’armée israélienne après sa nomination annoncée mardi 3 février 2026. Bientôt promue lieutenant-colonel, cette Arabe musulmane connue sur les réseaux sociaux sous le nom « Captain Ella », succède au colonel Avichay Adraee.
Connue sur les réseaux sociaux sous le nom de « Captain Ella », même si elle n’a pour le moment que le grade de major, Ella Waweya a été désignée mardi 3 février pour succéder au colonel Avichay Adraee au poste de porte-parole arabophone de l’armée israélienne. Jusqu’ici adjointe du colonel, qui occupait cette fonction depuis près de vingt ans, elle dirigeait déjà le bureau des médias arabophones. Selon le Times of Israel, elle devrait officiellement entrer en fonction « dans les prochaines semaines » et sera promue au grade de lieutenant-colonel à cette occasion.
Âgée de 36 ans, Ella Waweya figure parmi les officiers arabes musulmans féminins les plus gradés de l’armée israélienne. Née en 1989 à Qalansawe, dans le « triangle » arabe israélien, elle est issue d’une famille musulmane appartenant à la minorité arabe israélienne. Ces descendants des Palestiniens restés sur leurs terres lors de la création de l’État d’Israël en 1948 représentent environ 20 % de la population du pays, mais demeurent largement sous-représentés dans l’armée. En 2020, seulement 606 Arabes musulmans se sont engagés dans les rangs de «Tsahal».
« Le drapeau israélien me donne un sentiment d’excitation, d’appartenance et d’amour », s’enthousiasme la Commandante Waweya.
Lorsqu’il lui a été demandé de se définir, la Commandante à déclaré : « Je suis Ella. Une femme, une arabe, une musulmane et une israélienne. C’est ma définition. À 16 ans, j’ai reçu une carte d’identité bleue comme tout citoyen de l’État de Israël. Je suis née ici, je vis ici, j’ai étudié ici. Je suis israélienne, j’ai choisi de servir au sein de Tsahal (…) et suis très fière de cela »
Dans un entretien accordé au Jerusalem Post en juillet 2024, elle raconte avoir vécu adolescente un « dilemme identitaire ». « À 16 ans, lorsque j’ai reçu ma carte d’identité, j’ai compris que j’étais israélienne. Je me suis alors dit que (…) je devais agir en conséquence », explique-t-elle. D’abord attirée par la médecine, elle obtient finalement un master en marketing gouvernemental et politique à l’université Reichman de Herzliya.
« L’État d’Israël, c’est l’armée »
À 22 ans, elle effectue un service national à l’hôpital Meir de Kfar Saba. Deux ans plus tard, elle s’engage dans l’armée israélienne, devenant la première femme soldat musulmane de sa région d’origine. « Être israélien, c’est porter l’uniforme, car l’État d’Israël, c’est l’armée », déclarera-t-elle plus tard à la presse. Elle dissimule dans un premier temps son engagement à sa famille, en raison de l’hostilité de sa communauté à l’égard du service militaire.
Trilingue en arabe, hébreu et anglais, Ella Waweya se fait connaître du grand public en 2019 en créant sur les réseaux sociaux le personnage de « Captain Ella ». Elle compte aujourd’hui plus d’un demi-million d’abonnés sur TikTok et plus de 170 000 sur X. Sur des vidéos diffusées en arabe et en hébreu, elle apparaît en uniforme et relaie le narratif de l’armée israélienne, à destination notamment des populations arabophones à travers le monde. Depuis le début de la guerre contre Gaza, elle a également publié des avertissements, cartes et informations opérationnelles.
Son discours s’inscrit dans la continuité de la rhétorique d’Israël, aussi appelée « hasbara ». En hébreu, ce terme signifie « explications » et « fait référence depuis des décennies à la stratégie de communication menée par l’État en direction de l’opinion publique internationale », explique le site de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Cette stratégie a pour objectif de démontrer que « si l’on critique Israël, c’est que l’on méconnaît la situation. Ainsi, toute critique à Israël relèverait de l’erreur. »
Contenus en dialectes arabes
Devenue un visage familier de l’armée, elle assurait lors d’une conférence organisée en juillet dernier par Ynet et l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) israélien que « le monde des médias est un champ de bataille ». « C’est une guerre qui n’est pas moins difficile que les autres. Nos outils sont à la fois les médias traditionnels du monde arabe et les réseaux sociaux, désormais indissociables de nos vies. »
Promue major en septembre 2021, elle utilise fréquemment dans ses contenus des dialectes arabes, des proverbes, ainsi que des versets coraniques ou des hadiths. « Si je juge pertinent d’utiliser un hadith, je le ferai dans nos médias et nos interviews. Je préfère parler dans mon dialecte arabe plutôt qu’en arabe standard moderne », confiait-elle au Jerusalem Post.
Avant elle, son prédécesseur Avichay Adraee s’était fait connaître pour son usage parfois jugé provocateur de l’arabe dialectal et de références coraniques. L’accent de cet officier juif avait souvent été tourné en dérision dans le monde arabe. Son nom reste étroitement associé, pour de nombreux habitants de Gaza et du Liban, aux campagnes de bombardements israéliens meurtriers. Un passé qu’Ella Waweya aura la lourde tâche de faire oublier.
Avec Charlotte de Frémont de La Croix et Mordehaï Fitoussi du Groupe Israel Eternel
