Moi, Monsieur, j’ai été correspondant permanent de TF1 en Israël en même temps que Charles Enderlin l’était pour France 2 !
Et ?
Et rien.
Ah !
Oui, rien. N’allez pas croire que pour autant j’en sache plus que les autres, n’attendez pas de révélations : c’était presque quinze ans avant le reportage qui lui est reproché ! Car le règne de Charles Enderlin sur la correspondance de France 2 à Jérusalem a été exceptionnellement long, on peut presque dire qu’il s’agissait d’un monopole : il en a vu passer, des correspondants permanents ! Dont moi, donc.
J’ai dit ça uniquement comme teasing pour vous inciter à lire l’excellent dossier que Causeur consacre, vingt-cinq ans après les faits, à ce reportage de Charles Enderlin, diffusé en septembre 2000, sur la mort, réelle ou supposée, d’un enfant palestinien lors d’un accrochage entre Israéliens et Palestiniens à un poste de passage entre Gaza, encore occupée à l’époque, et Israël au début de la deuxième intifada. Parenthèse : une différence importante entre la première et la deuxième intifada est que, suite aux accords d’Oslo, à la deuxième, les Palestiniens étaient armés. D’où l’échange de tirs. La première était une intifada des pierres.
Pour les Palestiniens et les pro-palestiniens, la mort de l’enfant – Mohamed Al Durah pour l’histoire – fut et demeure emblématique de la brutalité de la répression des israéliens à l’encontre des Palestiniens, n’hésitant pas à abattre un enfant dans les bras de son père. L’image a été abondamment brandie à travers la planète, fresques, drapeaux, timbres, et même arrière-fond justificatif pendant la décapitation du journaliste Daniel Pearl…
Pour les Israéliens et les pro-israéliens, ce reportage, et cette image du petit Mohammed mourant dans les bras de son père, est au contraire emblématique de la fabrique du mensonge, ou plutôt des mensonges, des calomnies dont Israël est abreuvé « sans en être accablé », comme dirait de Gaulle, ou presque pas. Car des doutes sérieux entachent ce reportage. L’enfant a-t-il été réellement victimes de tirs israéliens, ou la scène n’était-elle qu’une mise en scène, justement, à des fins de propagande, une production du Pallywood qu’aurait trop facilement gobé le pourtant très expérimenté (avec ses longues, longues années de correspondance) Charles Enderlin ?
Il est instructif à cet égard, pour tenter d’y voir clair, de lire dans Causeur l’interview de celui qui se bat depuis maintenant plus de 20 ans pour démontrer, en quelque sorte, la véracité du mensonge : « Le 22 novembre 2004, Philippe Karsenty publie sur le site Media-ratings, l’agence de notation des médias qu’il a créée quelques mois plus tôt, un article intitulé ‘France 2 : Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement », dans lequel il les accuse d’avoir diffusé un « faux reportage », le reportage en question. Objectif de Karsenty : être poursuivi en diffamation par France 2 afin que le débat devienne national. On peut dire qu’il a réussi son coup : poursuivi comme attendu par France 2, il est condamné en première instance en 2006, relaxé en appel en 2008, relaxe cassée en cassation, et recondamné en appel en 2013. Le récit de ces rebondissements judiciaires par Gilles-William Goldnadel et Aude Weill-Raynal est passionnant. Et inquiétant.
Parenthèse : de mon temps – et donc du temps de Charles Enderlin quand c’était mon temps – il n’y avait pas de cameraman palestinien sur le marché de l’audiovisuel, ni en Israël, ni en Cisjordanie. Depuis, ils ont appris, mais à l’époque c’était gênant de faire des reportages en territoire occupé avec des équipes entièrement israéliennes. Je m’étais donc mis en tête de constituer une équipe palestinienne, et mon contact palestinien m’avait assuré que c’était possible. La voilà qui se présente. On part tourner. Le caméraman est étrangement muet. Et pour cause : c’était en fait un israélien qui essayait de se faire passer pour un palestinien ! Une mise en scène, déjà …
Revenons au dossier de Causeur. Pourquoi il est important de le lire ? Parce que le 7 octobre et ses suites médiatiques. Qui remontent loin, on le voit.
