
De la salle de bain où je tentais de discipliner mes boucles, en écoutant distraitement une émission, j’ai soudainement entendu une voix de femme, vive et fraîche, presque moqueuse, expliquer, non pas expliquer, mais parler simplement de raison, d’intelligence, d’émotion, de beauté, de sciences qui n’en sont pas, de climats encartés comme des vérités alors que nous ne savons rien de ce que font les nuages…
Une intelligente avec de la poésie ?
J’ai véritablement couru jusqu’à mon téléviseur, et là comme tous sur le plateau, j’ai été sous son charme, acquise au moindre de ses mots, à ses réflexions de littéraire autant que de physicienne, qu’elle allégeait de boutades et d’impertinences joyeuses.
Une libre penseuse et une personne libre qui débroussaillait, seulement pour la réalité de ce qui est, l’ensemble des mensonges proférés avec aplomb par des faux en tout, scientifiques de plateaux, idéologues dits bien-pensants, politiciens dont « la complexitude » ne recouvre que leur vacuité.
J’aurais pu l’écouter des heures tant dans un monde qui après avoir été enfermé volontairement et sans raison, ne sait plus qu’obéir, incapable de se rebeller, soumis à l’arrêt sur image de sa démocratie défunte, elle rafraîchissait et réparait mon esprit et mon cœur. Ma raison.
Je l’ai écoutée, gagnée par sa joie et sa liberté, son regard taquin, sa voix claire, inattendue, toujours un peu dans la raillerie, ce qui, lorsqu’il est question d’intelligence et de savoirs, n’est pas commun.
Nous avons plus l’habitude de personnes qui pérorent tel des périscopes pour exister plus haut en ne parlant que d’elles, quand elles ne trahissent pas les faits pour avoir l’air de savoir ce qu’elles ignorent.
À des millions d’années lumières de Catherine Bréchignac dont l’approche sensitive autant que scientifique ne s’attache qu’aux faits, devant lesquels elle s’efface.
J’ai réellement jubilé lorsqu’elle a parlé d’art et de beauté, bousculant ceux qui vendent une banane scotchée sur un mur avec du papier adhésif 6,2 millions de dollars avec la bénédiction de critiques auto proclamés sachants.
Et plus encore lorsqu’elle a rappelé que le beau n’avait pas besoin d’explications. On le perçoit, on le ressent, l’on dit : « Que c’est beau » et c’est tout.
Elle a pris l’exemple des peintures préhistoriques, devant qui nous disons extatiques « Que c’est beau » et elles le sont.
Mais aussi, pour prolonger sa pensée et la rejoindre quand elle parle de la nécessité de la mémoire, parce qu’elles sont les traces de notre humanité, cette origine qui est nôtre et devant laquelle nous fondons d’amour.
Nous venons de si loin…
Ce matin, alors que je m’évertuais à tenter de discipliner des cheveux trop bouclés, j’ai entendu une femme qui a eu la chance d’avoir par naissance l’accès au cœur et à la raison et qui en a fait son miel, pour notre bonheur, et sans rien à prouver.
C’est comme ça les vrais intelligents.
Ils écoutent et observent, font de la recherche et de l’art, écrivent des livres, modestes et inconnus, et parfois grâce à des anges ou des Pascal Praud novateurs, on les découvre.
Je vais donc ajouter Catherine Bréchignac dans mon panthéon personnel avec Jacqueline de Romilly, Jankélévitch, Romain Gary, et quelques autres.
Et me presser de lire son livre « l’Odyssée de Luca », parce que mon exposition au Grand Palais s’approche vitesse grand V, et qu’il faut que je cesse de paresser avec le beau et le bon, qui n’en finissent pas de me tutoyer !
© Louise Gaggini
Ecrivain, journaliste, mais aussi sculpteur et peintre, pianiste, bref une « artiste plurielle ». Diplômée de lettres, d’Histoire de l’Art et de Conservatoire de musique. Auteur de nombreux dossiers pour la presse et la télévision, dont certains ont été traduits par l’Unesco, des organismes humanitaires et des institutions étrangères à des fins d’éducation et de prévention et d’autres furent diffusés par l’EN, Louise Gaggini est l’auteure d’essais et de romans dont La résultante ou Claire d’Algérie et d’un livre d’art pour l’UNICEF: Les enfants sont la mémoire des hommes. Elle est aussi l’auteure d’essais de société, et expose régulièrement, récemment à New York.
elle a publié son premier roman pour littérature jeunesse en 2001, et son premier roman pour adultes en 2004.
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