Maryam Radjavi, Dominique Attias et l’art de la « taqiya démocratique » : quand l’Occident fait la leçon à ceux qui connaissent l’Iran
En France, il existe une catégorie d’intellectuels, de juristes et de « belles consciences » qui excellent dans un exercice aussi commode que dangereux : expliquer aux spécialistes du Moyen-Orient ce qu’ils devraient penser de leur propre région. Dominique Attias, avocate et figure du barreau, en offre une démonstration presque caricaturale. Enthousiasmée par le « plan en dix points » brandi par Maryam Radjavi et par la façade démocratique que l’Organisation des Moudjahidines du Peuple iranien (OMPI/MEK) déploie à destination des capitales occidentales, elle se permet de distribuer des brevets de « bonne opposition » à ceux qui connaissent réellement l’Iran.
Le schéma est toujours le même : on s’extasie sur le « leadership féminin », sur le courage des militantes, sur la modernité d’un programme bien présenté. Dans cette mise en scène, la simple présence de femmes au sommet suffirait à valider la prétention démocratique. Comme si l’histoire n’avait pas déjà prouvé — mille fois — qu’on peut mettre des femmes en vitrine d’appareils autoritaires sans changer la nature du pouvoir. Le genre ne garantit ni l’État de droit, ni le pluralisme, ni la liberté.
Ce qui se joue ici, c’est une paresse intellectuelle transformée en posture morale : au lieu de poser les questions élémentaires (« comment fonctionne ce mouvement ? comment traite-t-il ses membres ? que vaut sa culture interne ? comment est-il perçu en Iran ? »), on coche des cases symboliques : femme + exil + vocabulaire des droits humains = démocrate. C’est de la politique à la petite semaine — et, sur un sujet comme l’Iran, c’est aussi une irresponsabilité.
Parmi les intellectuels iraniens qui refusent la complaisance figure Mahnaz Shirali, sociologue et politologue, spécialiste de la société iranienne, de ses fractures, du régime islamique comme des oppositions qui lui font face. Elle dit tout haut ce que beaucoup, en Europe, préfèrent ne pas entendre : l’opposition à la République islamique ne suffit pas à faire une alternative démocratique. Et quand une organisation apprend le langage des droits humains pour séduire Bruxelles et Washington, il faut cesser d’applaudir la brochure et commencer à examiner la structure. Le MEK n’est pas une alternative démocratique à la République islamique, mais un concurrent idéologique totalitaire, souvent décrit comme islamiste, sectaire et militarisé, qui a appris à parler le langage des droits humains pour convaincre Bruxelles et Washington. Dans cette stratégie, Feuille de route vers la démocratie en Iran (éd. Balland) joue le rôle d’un texte de présentation : progressiste en surface, muet sur les mécanismes concrets de contrôle du pouvoir. On y lit des principes, mais presque rien sur les contre-pouvoirs., l’autocritique, ou la capacité réelle à tolérer la dissidence.
Qu’une avocate française, convaincue par cette mise en scène, prétende corriger une intellectuelle iranienne sur ce qu’est une « opposition légitime » relève d’un paternalisme problématique – et d’une lecture politique très incomplète. En pratique, elle prête sa crédibilité de juriste à une opération de respectabilité. Là où l’on attendrait, au nom de l’État de droit, une curiosité minimale sur le fonctionnement interne de l’organisation qu’elle soutient, on trouve surtout un enthousiasme sans distance. Pour comprendre ce décalage, il faut revenir sur les faits, les structures — et les mots employés pour les masquer. Décryptons.
Maryam Radjavi : dissidente des droits humains ou dirigeante d’un mouvement contesté ?
Maryam Radjavi n’est pas une simple militante des droits humains. Elle est une figure dirigeante du MEK et la « présidente élue » du Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI), structure dominée par le MEK et présentée comme un « parlement en exil ». Rien que l’expression « présidente élue » devrait déclencher une alarme chez quiconque se réclame de la démocratie car ce titre, au demeurant très efficace en communication, ne renvoie pas à un processus démocratique impliquant des citoyens iraniens, mais à une désignation interne : élue par qui ? selon quelles règles ? et avec quelle compétition ? quelle alternance ? La formule – « présidente élue », « conseil », « résistance » – est calibrée pour rassurer l’Occident pressé. Le vocabulaire fait sérieux. La réalité, elle, est beaucoup moins claire. De nombreux travaux, témoignages d’anciens membres et analyses critiques décrivent au contraire une organisation centralisée, disciplinaire, intolérante à la dissidence interne — bref, une structure qui ressemble davantage à une secte politique qu’à une culture pluraliste. On peut contester ces descriptions ; on ne peut pas faire comme si elles n’existaient pas, surtout quand on prétend juger de « démocratie ».
L’histoire du MEK est, elle aussi, un lourd dossier. L’organisation a longtemps figuré sur les listes d’organisations terroristes aux États-Unis et dans l’Union européenne, en raison d’un passé violent et d’opérations attribuées au mouvement, ainsi que de son itinéraire politico-militaire (sa collaboration avec Saddam Hussein contre l’Iran pendant la guerre Iran-Irak). Son retrait progressif de ces listes, au début des années 2010, n’a pas transformé miraculeusement sa culture interne : il a surtout coïncidé avec des recompositions géopolitiques et une stratégie d’influence extrêmement efficace. Car oui : le MEK sait faire de la politique en Occident. Il sait organiser des événements, mobiliser des relais, produire des images, et faire circuler des slogans. Il sait surtout offrir aux décideurs occidentaux une fiction confortable : celle d’une opposition prête-à-porter, déjà emballée, déjà légitimée, déjà « compatible » avec nos mots. C’est exactement là que commence l’illusion.
Certains soutiens occidentaux résument la question par cynisme : « Peu importe les défauts, tout adversaire de Téhéran est utile ». Autrement dit, « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». Cette logique a déjà produit des impasses. Car l’idéologie du MEK mêle islam politique et réflexes révolutionnaires, avec une centralité quasi charismatique du couple Rajavi et une discipline interne décrite comme extrême par de nombreux ex-membres. Les récits convergent : culte de la personnalité poussé jusqu’à l’adoration, autocritiques obligatoires, contrôle des liens familiaux et maritaux, surveillance, obéissance totale. On est très loin d’une culture de pluralisme. Le mouvement a surtout compris que le vocabulaire des droits humains ouvre plus facilement les portes des parlements occidentaux que la rhétorique armée d’hier.
Feuille de route vers la démocratie : un discours calibré pour l’Occident
Présenté lors d’événements relayés par l’écosystème MEK/CNRI, le livre associé à Maryam Radjavi, Feuille de route vers la démocratie en Iran, coche – avec son programme en dix points – toutes les cases qui font frissonner d’aise les salons européens : séparation religion/État, égalité femmes-hommes, abolition de la peine de mort, élections libres, pluralisme, État de droit, conventions internationales, Iran non nucléaire. Sur le papier, c’est un catéchisme libéral impeccable.
Mais la démocratie n’est pas un inventaire. C’est un système de contraintes sur le pouvoir. Et à chaque fois qu’on lit un programme, une question doit précéder toutes les autres : qui contrôle les dirigeants ? Qui peut les contredire, les mettre en minorité, les destituer ? Quels contre-pouvoirs ? Quelle transparence ? Quelle garantie contre le culte du chef ? Or ce texte, si séduisant soit-il, évite précisément le cœur du sujet. On y trouve des principes. On y trouve des promesses. Mais on y cherche en vain une réponse sérieuse à la question de la limitation du pouvoir. Et c’est révélateur. Parce que les critiques les plus lourdes adressées au MEK ne portent pas sur son vocabulaire, mais sur sa structure : discipline extrême, contrôle, autocritiques, rupture des liens familiaux, obéissance totale, sacralisation de la direction — tout ce qui ressemble à une mécanique de domination. Ce décalage — discours libéral à l’extérieur, verrouillage à l’intérieur — mérite un nom. Certains utilisent, de manière polémique, l’expression « taqiya politique » : non pas au sens théologique, mais comme métaphore d’une dissimulation stratégique, d’une adaptation du discours à l’environnement pour avancer. Le MEK a appris le langage des ONG et des institutions ; il sait qu’un « plan en dix points » ouvre plus de portes à Bruxelles qu’une histoire politico-militaire embarrassante. L’objectif est simple : obtenir reconnaissance, respectabilité, moyens.
Pour dépasser l’effet d’affichage, posons quelques questions simples — celles qu’exige toute lecture démocratique sérieuse.
Comment une organisation souvent décrite comme verticale et disciplinaire peut-elle garantir le pluralisme ? Comment promettre une « société ouverte » si la dissidence interne est disqualifiée ? Et que vaut l’engagement de séparation religion/État si l’ADN idéologique demeure celui d’un islam politique simplement reconditionné pour des audiences occidentales ? Surtout, à qui s’adresse ce texte : aux Iraniens — qui connaissent l’histoire du mouvement — ou aux décideurs de Bruxelles, Paris et Washington ? Quand on confronte les promesses à la structure, une question revient : quels contre-pouvoirs, quelles règles de contestation, quelle alternance réelle ?
Ce que le livre affirme importe — mais ce qu’il tait est tout aussi parlant. On y cherche en vain une autocritique des décennies de lutte armée, des alliances controversées, ou une explication précise des garde-fous institutionnels qui empêcheraient la reconstitution d’un pouvoir absolu. La question du contrôle des dirigeants — destitution, contradiction, alternance — reste la grande absente. Or sans mécanismes concrets, le texte ressemble moins à un programme qu’à une promesse.
Feuille de route vers la démocratie n’a pas la solidité d’un programme institutionnel : c’est d’abord un exercice de discours adaptatif, une taqiya politique, forme de « dissimulation stratégique » qui ajuste le message au public visé. Le MEK a appris à parler le langage des ONG, des institutions européennes et des Think tanks, et à présenter un « gouvernement en kit » : “nous cochons toutes vos cases, reconnaissez-nous”. Mais la question centrale demeure inchangée : qui contrôle le pouvoir — et qui contrôle Maryam Radjavi elle-même ? Sans réponse à cela, la promesse démocratique reste une façade.
Venons-en au rôle joué, dans ce récit, par certaines figures publiques européennes.
Dominique Attias et l’illusion de la respectabilité
Dominique Attias se présente comme garante de l’État de droit, des libertés fondamentales et de l’égalité femmes-hommes. Pourtant, elle affiche un soutien public à Maryam Radjavi et à son “plan en dix points”, participe à des événements liés au CNRI/MEK et reprend sans distance critique la rhétorique du MEK qui valorise le « leadership féminin » comme preuve de modernité démocratique. Comment justifier qu’elle transforme un texte de communication en certificat démocratique, et qu’elle se permette ensuite de corriger — voire de rabrouer — des intellectuels iraniens qui connaissent l’histoire, le terrain, les perceptions sociales et les conséquences politiques de ces choix ? Le piège, ici, c’est la confusion entre féminisation du leadership et démocratie. Oui, la place des femmes est centrale dans la lutte contre la République islamique. Oui, la misogynie du régime est structurelle. Mais non : mettre des femmes au premier plan ne suffit pas à prouver une culture de pluralisme. On peut mobiliser des femmes au service d’un appareil autoritaire ; on peut brandir l’émancipation comme alibi ; on peut faire de l’égalité un slogan et du contrôle une pratique. Le féminisme d’affichage ne remplace ni les contre-pouvoirs, ni la pluralité, ni l’alternance. Or une démocratie se reconnaît à ses mécanismes de limitation du pouvoir, pas à sa communication.
En associant son nom, son statut et sa crédibilité à cette cause, Dominique Attias offre au MEK, volontairement ou non, ce qu’il recherche depuis des années : la respectabilité institutionnelle occidentale, le tampon moral, l’onction qui permet de se présenter comme « l’alternative sérieuse ». ce n’est pas soutenir l’Iran libre : c’est servir de marchepied à un appareil contesté. Elle confond le vocabulaire des droits humains avec une pratique démocratique, et l’opposition au régime avec une alternative souhaitable. L’histoire politique montre pourtant qu’un leadership féminin n’immunise pas contre l’autoritarisme : le critère décisif, ce sont les institutions, les règles de contrôle et la tolérance de la contradiction. Or c’est précisément ce que les critiques reprochent au MEK. Enfin, si le mouvement reste très impopulaire auprès d’une partie importante de la société iranienne, cette donnée devrait être intégrée au raisonnement — et pas balayée comme « propagande ».
Là où le problème devient aigu, c’est quand cette bonne conscience européenne se permet de faire la leçon à ceux qui connaissent le terrain. Voir Dominique Attias, séduite par un livre conçu pour les capitales occidentales, sermonner Mahnaz Shirali revient à inverser la hiérarchie des savoirs. Pour une grande partie des Iraniens, le MEK évoque un groupe marginal, souvent perçu comme sectaire et instrumentalisé — et non une solution politique crédible. Beaucoup n’ont aucune envie de remplacer un clergé par une autre structure fermée, militarisée et verticale.
Mais rien n’est plus insupportable aux élites occidentales, dans certains milieux européens, cette idée d’accepter la parole d’experts qui contredisent un récit confortable. Il y a quelque chose d’indécent – et même d’obscène – dans cette posture car là on n’est plus dans le débat des idées. Quand Mahnaz Shirali rappelle un point qui échappe souvent aux soutiens occidentaux du MEK : le mouvement dispose de peu d’ancrage populaire en Iran. Son histoire — notamment la guerre Iran-Irak et la proximité avec Saddam Hussein — a durablement marqué son image. Contrairement à ce que suggère sa communication, on trouve très peu de traces de soutien visible au MEK dans les grandes vagues de protestation de ces quinze dernières années, du mouvement de 2009 aux soulèvements plus récents, dont « Femme, Vie, Liberté » en 2022 et les manifestations depuis décembre 2025. Or une opposition qui prétend incarner la démocratie ne peut ignorer la question décisive de la légitimité sociale. L’expertise de Mahnaz Shirali brise l’histoire rassurante d’une « opposition parfaite » prête à l’emploi. La tentation devient alors de disqualifier la critique : trop sévère, trop radicale, voire « au service du régime ». C’est là que réapparaît un vieux réflexe : expliquer à une Iranienne, qui a grandi, étudié et réfléchi dans et sur son pays, ce que devrait être la « bonne opposition », en se fondant sur un texte de communication plutôt que sur l’étude du terrain. Quand une élite européenne, fascinée par une mise en scène “présentable”, se met à donner des leçons à une intellectuelle iranienne, on touche au cœur du problème : le paternalisme néocolonial. Qu’on puisse contester l’analyse de Mahnaz Shirali est légitime ; le faire sans répondre aux faits, en minimisant l’histoire et le fonctionnement interne du mouvement, l’est beaucoup moins. Ce n’est pas seulement une divergence : c’est un symptôme d’aveuglement politique. Et c’est insupportable.
L’expertise iranienne — celle de Mahnaz Shirali et d’autres chercheurs — devrait peser davantage que l’enthousiasme naïf – ou cynique, selon l’interprétation – d’acteurs occidentaux séduits par des slogans. Pourtant, un mécanisme récurrent s’observe : on préfère l’opposition « présentable » qui parle le langage attendu, plutôt que les analyses ancrées dans la complexité du terrain. Cette préférence a déjà produit des erreurs en politique étrangère. Shirali refuse l’équation simpliste « adversaire des mollahs = démocrate ». Car l’ennemi de votre ennemi peut aussi préparer une autre forme d’emprise. Dire que le MEK est un totalitarisme concurrent de la République islamique n’est pas une hyperbole. C’est une description fonctionnelle : même prétention à incarner la vérité historique, même volonté de contrôler l’ensemble de la vie de ses membres, même incapacité à tolérer la moindre dissidence interne. On ne choisit pas entre tyrannie et liberté, on choisit entre deux prisons.
Non, Madame Attias, vous ne savez pas « mieux » que les Iraniens ce qui est bon pour leur pays. Vous semblez surtout avoir été convaincue par une communication sophistiquée, conçue pour séduire des publics occidentaux. Le risque est là : confondre l’habillage et la substance, la vitrine et la réalité politique.
Pour une solidarité avec le peuple iranien, pas avec ses faux sauveurs
Combattre la République islamique — régime théocratique brutal, répressif, et particulièrement violent envers les femmes et de nombreuses minorités — est un impératif moral et politique. Mais cela ne justifie pas de s’agripper à n’importe quelle opposition. Entre la République islamique et le MEK, le débat n’oppose pas mécaniquement dictature et démocratie : il peut opposer deux formes d’autoritarisme. Soutenir le MEK peut même affaiblir les forces démocratiques iraniennes, en offrant au régime un épouvantail commode pour discréditer toute contestation et justifier une répression encore plus sanglante.
Le CNRI résume son projet par un slogan séduisant : « Ni Shah, ni mollahs ». Mais le slogan oublie une troisième hypothèse : un pouvoir de type sectaire structuré autour d’un leadership incontestable, celui de Rajavi. Le danger, ici, est le duel artificiel « régime islamique vs Rajavi », qui sert les deux camps : au régime pour délégitimer la contestation, au MEK pour se présenter comme seule alternative. Le langage des droits humains devient alors une clé d’accès aux cercles occidentaux — sans garantie sur la réalité institutionnelle d’après.
Dominique Attias et ceux qui brandissent Feuille de route vers la démocratie comme un bréviaire commettent une faute politique : ils renforcent un acteur controversé au détriment des forces démocratiques plus crédibles. Ils commettent aussi une faute intellectuelle : ils disqualifient, parfois implicitement, ceux qui connaissent l’Iran et alertent sur les risques. La légitimité pour définir une “bonne opposition” ne se décrète pas depuis Paris : elle se construit au contact de la société iranienne, de ses aspirations et de ses lignes rouges. Écouter Mahnaz Shirali plutôt que de la sermonner supposerait d’accepter que la respectabilité institutionnelle occidentale ne confère aucune supériorité de jugement sur ceux qui vivent et étudient les réalités qu’elle ne fait que survoler.
Si l’Europe veut soutenir la liberté en Iran, la réponse ne se trouve pas dans des mouvements en exil qui ont perdu toute légitimité auprès du peuple iranien. Elle commence par l’écoute : celles et ceux qui vivent la répression, les femmes, les jeunes, les travailleurs, la société civile. Ces voix n’ont ni les budgets de communication ni les relais internationaux d’organisations structurées pour le lobbying, mais elles portent la seule alternative démocratique durable. La tentation européenne d’applaudir l’opposition “présentable” révèle surtout un déficit de lucidité. Et ce déficit est parfaitement incarné par l’intelligentsia française. L’enjeu dépasse le cas Attias. Il touche à un réflexe occidental : croire que “l’ennemi de mon ennemi” mérite automatiquement soutien. C’est une erreur stratégique. Un peuple coincé entre une théocratie et une organisation autoritaire n’est pas un peuple libéré. La responsabilité de ceux qui parlent au nom des droits humains est de refuser les fausses alternatives, même lorsqu’elles s’habillent des mots adéquats et d’un visage féminin. La démocratie n’est pas un plan en dix points : c’est une culture politique, des institutions, des contre-pouvoirs, et la possibilité réelle de contester et de remplacer les dirigeants – tout ce dont le MEK ne veut à aucun prix.
Au fond, la question est celle de la légitimité : qui est le mieux placé pour juger des dangers du MEK et de la portée réelle du texte de Radjavi — une élite européenne séduite par un récit calibré, ou des chercheurs et intellectuels iraniens qui connaissent, de l’intérieur, les effets politiques et sociaux de ce mouvement ?
La seule “feuille de route” crédible pour l’avenir de l’Iran ne viendra ni des mollahs, ni de structures sectaires recyclées en machines d’influence, ni de consciences européennes en quête de dissidents décoratifs. Elle viendra des Iraniens eux-mêmes — de ceux qui refusent à la fois la tyrannie des turbans et celle des gourous. Et ceux qui prétendent défendre la liberté en Iran devraient commencer par ne pas promouvoir ses fossoyeurs.
© Fundji Benedict
Note : Cette tribune s’appuie sur des éléments publics (travaux académiques, enquêtes journalistiques, prises de position publiques et témoignages d’anciens membres relatifs à l’histoire et au fonctionnement du MEK/CNRI), ainsi que sur les travaux de Mahnaz Shirali et le livre attribué à Maryam Radjavi.
