C’est dans le contexte de l’après-Première Guerre mondiale que Churchill confie en 1921 la Transjordanie à la dynastie hachémite, mais ce geste, souvent résumé comme une récompense pour les « bons et loyaux services » rendus contre l’Empire ottoman, s’inscrit dans une histoire plus complexe. Pendant la guerre, les Britanniques cherchent à affaiblir les Ottomans et s’appuient sur les Hachémites du Hedjaz, famille chérifienne de La Mecque, descendants du prophète, qui mènent la Révolte arabe sous l’impulsion de Hussein ibn Ali, avec l’aide britannique incarnée notamment par T. E. Lawrence ; en échange, Londres promet un royaume arabe indépendant, dans une correspondance qui reste ambiguë. Après la victoire, ces promesses se heurtent aux accords Sykes-Picot et à la Déclaration Balfour, créant un enchevêtrement d’engagements contradictoires. En 1921, Churchill, alors secrétaire aux Colonies, réorganise le Proche-Orient lors de la Conférence du Caire : Fayçal obtient l’Irak, tandis qu’Abdallah reçoit l’émirat de Transjordanie, sous mandat britannique mais autonome localement.
Pourtant, cette implantation hachémite n’a aucun enracinement historique ancien : avant 1921, la région transjordanienne n’est qu’une partie faiblement administrée de la Grande Syrie ottomane, structurée autour de tribus bédouines locales sans lien politique ou dynastique avec les Hachémites, dont la base historique se trouve dans le Hedjaz, autour de La Mecque et Médine. Abdallah ne vient d’ailleurs en Transjordanie qu’après l’éviction de son frère Fayçal de Damas par les Français en 1920, accompagné d’un petit groupe d’hommes sans mandat clair. Ce sont les Britanniques, soucieux d’éviter un conflit franco-britannique et de ne pas abandonner totalement leurs alliés hachémites, qui lui offrent un trône provisoire, forgeant ainsi un lien nouveau entre cette dynastie et un territoire qui n’avait jamais été le sien.
Après 1921, les Hachémites construisent progressivement une légitimité locale : alliances avec les grandes tribus jordaniennes, élaboration d’un récit national mêlant lignée prophétique, rôle dans la Révolte arabe et construction des premières institutions modernes du pays. C’est ainsi que la Jordanie devient un royaume hachémite durable, fruit d’un compromis politique britannique autant que d’un patient travail d’intégration locale, bien plus que l’héritage d’une histoire ancienne partagée.
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Dans le Mandat britannique pour la Palestine de 1920, l’article 25 a été introduit pour donner à la puissance mandataire une marge de manœuvre politique sur un territoire immense, hétérogène et instable. Cet article permettait explicitement aux Britanniques de soustraire certaines zones à l’application des dispositions favorables au foyer national juif, afin de pouvoir adapter le mandat aux réalités locales, aux équilibres démographiques et aux engagements contradictoires pris pendant la guerre. Autrement dit, l’article 25 n’était pas un détail technique, mais un outil juridique volontairement prévu pour rendre possible un découpage du territoire et une gestion flexible des tensions entre promesses diplomatiques, intérêts stratégiques et populations présentes.
En 1922, ce principe est mis noir sur blanc juridiquement dans le texte final avec l’article 25 adopté par la SDN.
Article 25 : « Dans les territoires situés entre le Jourdain et la frontière orientale de la Palestine telle qu’elle sera ultérieurement déterminée, le Mandataire aura le droit, avec le consentement du Conseil de la Société des Nations, de suspendre ou de refuser l’application de telles dispositions du présent mandat qu’il jugera inapplicables aux conditions locales existantes, et de prendre pour l’administration de ces territoires telles mesures qu’il estimera appropriées à ces conditions. »
Il est dit souvent que « les Juifs ont accepté » la séparation, mais en réalité on ne leur a pas demandé formellement leur avis.
Il n’y a eu ni référendum, ni consultation politique du mouvement sioniste sur l’application de l’article 25. C’était une décision unilatérale britannique, rendue possible juridiquement par le mandat.
La seule chose qu’on peut dire rigoureusement, c’est que le mouvement sioniste n’a pas organisé d’opposition frontale à ce découpage. Il l’a entériné de fait, par pragmatisme, parce que le cadre juridique international du mandat restait malgré tout la seule base légale existante pour la construction d’un foyer national juif, même amputé de la Transjordanie.
