Par Annie Cohen
Citoyenneté d’honneur à Lyon : un recours dénonce une décision illégale, politiquement marquée et lourdement contestée
L’attribution de la citoyenneté d’honneur 2025 de la Ville de Lyon à M. Hussam Abu Safiya continue de susciter une vive polémique.
Le 22 janvier 2026, l’association Actions Avocats a saisi le tribunal administratif de Lyon pour obtenir l’annulation de la décision prise par le maire écologiste, Grégory Doucet.
Une initiative fondée à la fois sur des arguments juridiques précis et sur un contexte politique jugé particulièrement préoccupant.
Présenté publiquement comme un pédiatre palestinien et ancien directeur de l’hôpital Kamal Adwan à Gaza, M. Abu Safiya avait été arrêté par Israël en 2024 pour des soupçons de liens avec le Hamas, organisation classée terroriste par l’Union européenne et la France. Dès le dépôt du recours, Action Avocats estimait que ces éléments rendaient l’attribution d’une distinction honorifique juridiquement contestable et moralement irresponsable.
Depuis, une enquête du New York Post est venue renforcer ces inquiétudes : selon le journal américain, M. Abu Safiya serait en réalité colonel au sein du Hamas, bien loin de l’image exclusivement humanitaire mise en avant par ses soutiens.
Pour l’association requérante, ces révélations, postérieures au recours, confirment et aggravent les griefs déjà soumis au juge administratif.
Sur le terrain juridique, Actions Avocats conteste d’abord la compétence du maire.
L’association soutient que Grégory Doucet a outrepassé ses pouvoirs en attribuant seul cette citoyenneté d’honneur, sans délibération du conseil municipal, en méconnaissance de l’article L.2121-29 du Code général des collectivités territoriales.
Une distinction honorifique d’une telle portée symbolique relève, selon elle, des « affaires de la commune » devant être réglées par l’organe délibérant.
Le recours met également en cause la nature politique de la décision. En honorant une personnalité étroitement liée au conflit israélo-palestinien, la Ville de Lyon aurait, selon Action Avocats, pris position dans un domaine réservé à la politique étrangère de l’État.
Une jurisprudence constante a déjà conduit les juridictions administratives à annuler des citoyennetés d’honneur accordées à des figures palestiniennes lorsqu’elles interféraient avec la diplomatie française et ne répondaient à aucun intérêt public local.
Mais au-delà du droit, l’association pointe une lecture politique préoccupante de cette décision.
Selon elle, le maire de Lyon se serait laissé guider par des considérations électoralistes, au risque de céder à une forme de clientélisme, notamment à l’égard de segments de l’électorat marqués par un antisionisme radical, parfois teinté d’antisémitisme.
Cette logique expliquerait, toujours selon Actions Avocats, un aveuglement volontaire face à la gravité des accusations pesant sur le bénéficiaire de la distinction.
Enfin, l’association invoque une atteinte grave au principe de neutralité du service public.
Accorder une citoyenneté d’honneur à une personne soupçonnée – puis identifiée par la presse internationale – comme cadre d’une organisation terroriste serait incompatible avec les valeurs républicaines, la lutte contre le terrorisme, la préservation de l’ordre public et le combat contre l’antisémitisme.
Forte de son objet statutaire, qui inclut la lutte contre l’antisémitisme, le racisme, le négationnisme et toutes les formes de terrorisme, Actions Avocats estime que cette affaire dépasse largement le cadre d’une controverse locale.
Le tribunal administratif de Lyon devra désormais trancher une question sensible : une municipalité peut-elle, au nom de choix politiques ou électoraux, s’affranchir des principes de neutralité, de légalité et de responsabilité républicaine ?
