Tribune Juive

Baby Yar. Par Daniel Sarfati

Pour la journée de commémoration de l’Holocauste, le 27 janvier, une émission sur la BBC et un discours du Vice-President américain JD Vance, ont réussi l’exploit de ne pas prononcer une seule fois le mot « juif ».

En Ukraine, le président Zelenski s’est rendu devant le ravin de Babi Yar, près de Kiev, pour honorer la mémoire des 34 000 juifs abattus par balles par les nazis, en à peine deux jours, les 29 et 30 septembre 1941. 

La Shoah par balle. 

Babi Yar est l’autre nom d’Auschwitz. 

L’écrivain ukrainien Anatoli Kouznetsov avait 12 ans, au moment du massacre de Babi Yar. Il en fut le témoin. 

Il publie en 1966, un roman-document « Babi Yar », largement caviardé et recadré par la censure soviétique. 

Sont systématiquement biffées toutes références à la souffrance spécifique des juifs : les victimes ne doivent pas être des juifs mais globalement la population civile de Kiev. 

Dire la vérité sur le sort des juifs dans les territoires conquis par les nazis entre 1941 et 1943 c’était avouer que les populations locales avaient collaboré, parfois massivement, avec les nazis, par antisémitisme et haine du système soviétique. 

En 1970, Kouznetsov, lors d’un voyage en Angleterre, réussit à prendre la fuite et demande l’asile politique. 

Son premier geste est de faire publier le manuscrit originel qu’il avait réussi à emporter avec lui à l’Ouest.

Il ajoute ce passage, une invective de son grand-père, emblématique de l’état d’esprit de la population ukrainienne :

« Leur pouvoir n’est plus là, leur Guépéou n’est plus là, les maudits agents du NKVD ont foutu le camp. Qu’il crève, leur Staline ! Qu’il crève, leur parti ! Voilà ! Et plus personne ne viendra m’arrêter. […] Bonnes gens, mieux vaut Hitler, mieux vaut le tsar, mieux vaut les bourgeois, les Turcs, plutôt que ces crétins, ces bandits de grand chemin ! […] Merci, mon Dieu, de nous avoir permis de survivre à l’épreuve qu’était cette peste bolchevique ! »

Lui-même, Anatoli Kouznetsov ( alors Tolia, enfant de 12 ans ) raconte cette ambiance proche de celle d’une kermesse :

« Je ne pouvais pas rater un spectacle aussi extraordinaire que la déportation des Juifs de Kiev. 

Dès l’aube, je me précipitai dans la rue. 

Les gens de la ville étaient sortis avant le lever du jour, pour arriver le plus tôt possible au train et avoir des places. 

Pleurant et se querellant, la population juive se déversait dans la rue avec ses enfants qui hurlaient, ses vieillards, ses malades. Des paquets mal ficelés, de vieilles valises en contreplaqué, des sacs rapiécés, des caisses contenant des outils de charpentier… Des vieilles femmes portaient autour du cou des couronnes d’oignons, tels des colliers gigantesques : c’étaient les provisions de route… Vous comprenez, en temps normal, les infirmes, les malades, les vieillards, restent à la maison et on ne les voit pas. Mais là, tout le monde devait venir, et ils étaient tous là. […] 

En proie à une agitation convulsive, je courais d’un groupe à l’autre, écoutant les conversations, et plus nous approchions du Podol, plus il y avait de monde dehors. 

Les habitants se tenaient sur le seuil de leur maison, regardaient, poussaient des soupirs, se moquaient des Juifs ou bien leur criaient des injures ». 

Il n’y a pas eu, sauf très rares exceptions, de rescapé juif des massacres commis dans le ravin de Babi Yar.

© Daniel Sarfati
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