Tribune Juive

Un Hamas « démocratique » ? Quelle Blague ! Par Yves Mamou

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Pourquoi l’Occident ne peut pas « faire un deal » avec le Hamas ou les mollah

Une étrange partie diplomatique se joue actuellement entre les États-Unis et le Hamas d’un côté et entre les États-Unis et le régime iranien de l’autre. L’administration Trump tente ainsi de convaincre le Hamas de déposer les armes et de se transformer en parti politique classique. On suppose qu’il serait soumis à des élections et donc à la règle de l’alternance.

Simultanément, les États-Unis tentent d’imposer à l’Iran une « négociation » dont on suppose qu’elle serait le prélude à une sorte de modération stratégique du type : pas de bombe nucléaire, relations pacifiées avec Israël, renonciation à un programme de missiles, etc.

Ces deux démarches postulent qu’en exerçant une pression ad hoc, des fondamentalistes islamiques vont opérer un demi-tour et se transformer en députés du parti Renaissance en France, ou du Labour en Angleterre.

Que les choses soient claires : cette démarche est douteuse

Cette démarche est douteuse car elle montre que les dirigeants occidentaux se leurrent eux-mêmes sur la nature des régimes islamistes auxquels ils s’affrontent.

Le politiste américain Paul Berman attribue cet aveuglement au libéralisme lui-même. Il affirme qu’un esprit libéral « ne peut pas imaginer qu’un comportement irrationnel soit délibérément choisi ». Les libéraux ont sorti l’irrationnel de la politique, ajoute-t-il. Ils postulent que tout acteur politique, confronté à une situation brutale, va opter pour la survie, le confort et la reconnaissance.

Le libéral en réalité se projette. Il attribue à l’autre, en l’occurrence l’Iran et le Hamas, un désir identique au sien ; un désir de faire l’économie de la guerre.

C’est là que l’erreur commence.

Hannah Arendt explique dans Les Origines du totalitarisme que ces régimes et organisations totalitaires sont portés par le mouvement et que ce mouvement EST une guerre. Les dirigeants totalitaires détruisent tout dans une société donnée : les traditions et institutions, les classes sociales, les relations entre les individus. Pour atteindre un pouvoir sans compromis, ils transforment les classes en masses et font régner la terreur pour éradiquer la diversité humaine, la cohabitation et le deal.

Il est miraculeux qu’en Iran, une société demeure vivante et se batte pour se libérer. Ce qui n’est pas le cas de Gaza.

Y-A-T-IL QUELQUE CHOSE À NÉGOCIER AVEC LE TOTALITARISME ISLAMISTE ?

1. Le Hamas, un outil conçu pour le djihad

Le Hamas est dès l’origine un projet politico-religieux qui invite le milicien à « sacrifier sa vie et tout ce qui est précieux pour la cause d’Allah ».
Sa charte fondatrice (1988) fixe :

Comme le rappelle le Council on Foreign Relations : « Le Hamas n’a jamais renoncé à la violence ni reconnu le droit d’Israël à exister. » Et que l’on sache, personne n’ose même le lui demander aujourd’hui.

Les institutions que l’administration Trump met en place aujourd’hui— le Conseil pour la paix, le Conseil exécutif du Conseil pour la paix, le Conseil exécutif de Gaza, le « comité technocratique » palestinien… – ont-elles une chance de ramener le Hamas à la raison ? Il est permis d’en douter. Ces structures seront investies par le Hamas et ses alliés – comme l’UNRWA l’a été – et tourneront au bénéfice de la survie politique et militaire du Hamas. !

Croire le Hamas quand il propose de désarmer pour devenir un parti politique dans une « Gaza démocratique » revient donc à lui demander de cesser d’exister idéologiquement. Aucun mouvement de ce type n’a accepté une telle mutation sans défaite militaire ou démantèlement.

2. L’Iran : un régime théocratique, pas un autoritarisme pragmatique

La République islamique d’Iran n’est pas un régime autoritaire ou mafieux comme on en trouve en Amérique latine. Il s’agit d’une théocratie construite autour d’un principe constitutionnel non négociable : le velâyat-e faqih (gouvernement par un religieux).
Cette structure signifie que :

Les interminables négociations entamées par les deux administrations Obama (2012-2015) et par l’administration Biden (2020-2024) sur le nucléaire iranien ont ralenti à la marge le programme nucléaire de l’Iran. Mais sans jamais l’enrayer.

Des archives volées par Israël en 2018 ont confirmé que l’Iran trichait sur son programme avant même que l’administration Trump n’annule l’accord. Même pour le progressiste New York Times, le régime iranien est « irrécupérable ».

Bien que l’Iran ait un long passé de ruses et de mensonges, Donald Trump semblait optimiste et a déclaré lundi à Axios que les Iraniens « souhaitent conclure un accord ».
Comme l’écrit Suzanne Maloney, ex-spécialiste de l’Iran au département d’État, « la République islamique ne souhaite rien tant que de détourner l’attention de ses crimes contre l’humanité en retournant dans les salons dorés des palais européens pour des dialogues interminables et stériles ».

Conclusion : le REFUS de comprendre

Les totalitarismes prospèrent de la faiblesse des démocraties. Entre un régime qui hésite à mettre en péril la vie de ses soldats et un autre pour qui la mort est une consécration, le rapport de forces n’est pas forcément en faveur de la démocratie.

Si l’Amérique, Israël et même l’Occident en général renonçaient à une forme ou une autre d’option militaire contre l’Iran et le Hamas, le monde musulman interpréterait cette erreur comme une défaite.

Mais ce renoncement ne serait pas une « erreur ». Il s’agirait d’un refus.

L’Occident n’échoue pas parce qu’il ne ‘comprend’ pas le Hamas et l’Iran.
Il échoue parce qu’il refuse de comprendre qu’il existe des acteurs irréductiblement hostiles avec lesquels aucune négociation n’est possible.

Ce refus de comprendre est une faille terriblement dangereuse.

© mamou

Source: ‌https://open.substack.com/pub/mamou/p/un-hamas-democratique-quelle-blague?r=12aqn8&utm_medium=ios&shareImageVariant=overlay

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