Tribune Juive

Ce Peuple qui déploie tout pour récupérer les corps. Par Giovanni Lupo

En dehors d’Israël, nombreux sont les non-Juifs qui peinent à comprendre pourquoi tant d’efforts sont déployés pour récupérer les corps plutôt que de se concentrer uniquement sur les vivants. Un exemple récent illustre ce manque de compréhension. Après la découverte du corps de Ran Gvili, un utilisateur palestinien d’Instagram, sous le pseudonyme de Yousef Yasser, a réagi en arabe avec incrédulité : « Comment se fait-il qu’un simple cadavre ait autant d’importance à leurs yeux, au point de mettre le monde entier en alerte et d’être prêts à raser le reste de Gaza pour le récupérer ?! » Il a suggéré que la motivation relevait de l’honneur militaire ou du prestige de l’État – une interprétation qui passe complètement à côté du sujet.

Les Israéliens comprennent instinctivement l’importance de récupérer les dépouilles des morts, mais il n’est pas toujours facile d’en exprimer la raison. Une explication réside dans le besoin de deuil des familles. Ce n’est qu’après l’inhumation et l’accomplissement des rites funéraires, comme la shiva, que le processus de deuil et de guérison peut véritablement commencer.

Ce qui est moins évident pour les observateurs extérieurs, c’est que ce sentiment d’apaisement s’étend au-delà de la famille pour toucher la nation tout entière. La plupart des Israéliens ne connaissaient pas personnellement l’otage décédé et n’assisteront pas aux funérailles ; pourtant, nombreux sont ceux qui ressentent un profond sentiment d’inachevé tant que des corps restent à Gaza. Cela tient au fait que les Juifs se perçoivent non seulement comme des individus, mais comme un peuple – une seule et même communauté unie par une responsabilité partagée.

Cette attitude s’enracine dans un profond ensemble de valeurs religieuses et culturelles qui mettent l’accent sur l’obligation mutuelle et le principe de « ne laisser personne derrière », un concept qui, pendant cette guerre, a été reformulé en « jusqu’au dernier otage ». Récupérer même les corps des morts affirme que chaque vie, chaque histoire, est sacrée et mérite dignité, sépulture et souvenir.

Ce poids émotionnel et symbolique explique précisément pourquoi le rapatriement des corps est devenu un enjeu central des négociations de cessez-le-feu, et non un simple détail humanitaire. Pour les familles et pour la société israélienne dans son ensemble, il était perçu comme essentiel à la guérison, à la légitimité morale et à la cohésion nationale.

Le contraste avec la société palestinienne est frappant. Chez les Palestiniens, les corps des morts ne semblent pas revêtir le même poids culturel ou symbolique, ce qui explique pourquoi ils sont rarement considérés comme des atouts précieux dans les négociations. Israël, par exemple, détient le corps de Yahya Sinwar, l’un des principaux instigateurs de l’attentat du 7 octobre, et pourtant, les Palestiniens n’ont guère déployé d’efforts soutenus pour exiger sa restitution. Bien que sa dépouille ait brièvement figuré sur les listes de revendications pour un cessez-le-feu, la question est rapidement tombée dans l’oubli.

Lors des accords de cessez-le-feu prévoyant la restitution des corps par le Hamas, on a recensé au moins trois cas où des dépouilles palestiniennes ont été rendues à la place de dépouilles israéliennes, que ce soit par négligence ou par cruauté délibérée. Le fait que leurs propres morts aient été traités comme interchangeables souligne la différence : pour les terroristes, les corps n’étaient que des instruments de tromperie, et non des individus dignes de respect.

Pour les Israéliens, c’est tout le contraire. La détermination à libérer chaque otage, vivant ou mort, n’est pas une question de prestige ou d’honneur militaire. C’est une question d’identité, de responsabilité et de la conviction que, même dans la mort, personne n’est jamais abandonné.

© Giovanni Lupo

Quitter la version mobile