Kaplan, la conscription et la mécanique de la fracture. 2e partie. Par David Germon

Chronique d’une stratégie politique révélée au cœur de la guerre

Source principale : enquête de Aroutz 14

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Prologue – Quand un débat devient une arme

En Israël, la question de la conscription des haredim n’est ni nouvelle ni simple.
Elle traverse des décennies de compromis, de tensions, de décisions judiciaires et de négociations politiques.

Mais ce que révèle l’enquête d’Aroutz 14, ce n’est pas un débat de fond sur la sécurité nationale.
C’est l’utilisation méthodique de ce sujet comme instrument de déstabilisation politique, à un moment de vulnérabilité extrême de la société israélienne.

L’objectif n’est pas caché : faire exploser le bloc de droite de l’intérieur.


Kaplan – De la rue à l’architecture politique

Kaplan commence comme un symbole : une rue, des rassemblements, une colère contre la réforme judiciaire.
Très vite, le mouvement se structure, se professionnalise, se dote de moyens et d’une vision stratégique.

Les propos recueillis dans le reportage sont sans ambiguïté :

« Nous savons exactement quel est notre problème, et nous savons exactement qui est notre adversaire. »

Il ne s’agit plus de protester, mais de combattre politiquement.


Pourquoi la conscription devient le cœur de la stratégie

Les organisateurs identifient un point clé :
la conscription est le seul sujet capable de fissurer le camp de droite de l’intérieur.

« La seule question qui crée une vraie fracture à droite, c’est la conscription des haredim. »

Elle touche à tout :

  • la guerre,
  • le sacrifice,
  • l’identité juive,
  • le sentiment d’injustice,
  • la douleur des familles endeuillées.

« Le sujet que nous avons choisi, c’est la loi sur la conscription. »

Ce choix est stratégique, pas idéologique.


Le rôle du judiciaire comme pilier de pression

Un autre élément apparaît clairement :

« Nous savions que sur ce sujet-là, nous aurions un soutien fort de la Cour suprême. »

La mécanique devient claire :

  • la rue crée l’émotion,
  • la Cour suprême crée la contrainte,
  • les élus sont acculés.

« Nous exerçons une pression personnelle massive sur les politiciens, jusqu’à ce qu’ils cèdent. »


Timeline – La chronologie d’une montée en tension

Avant le 7 octobre

  • La conscription est déjà identifiée comme levier.
  • Les premières campagnes sont prêtes.
  • Le discours est encore relativement abstrait.

7 octobre – Le choc national

  • Guerre.
  • Massacres.
  • Réservistes mobilisés.
  • Douleur collective maximale.

Kaplan voit une opportunité politique majeure.


Après le 7 octobre – Le pari des réservistes

« Le plan initial était que les réservistes remplissent les rues après leur retour du front. »

L’idée :
des soldats revenus du combat sont moralement incontestables, impossibles à contredire.


Échec du plan

La réalité déjoue le scénario :

« Les réservistes sont revenus avec un message d’unité : ‘ensemble nous vaincrons’. »

Le discours de division ne prend pas.

« Nous avons compris que cette dynamique ne fonctionnerait pas. »


Reformulation stratégique (ce que signifie “retour à la table à dessin”)

À ce moment-là, les organisateurs expliquent :

« Nous sommes retournés à la table à dessin. »

Concrètement, cela signifie :

  • abandonner le discours centré sur la guerre,
  • reformuler le récit autour de la “non-participation”,
  • cibler des publics plus précis,
  • reconstruire les campagnes médiatiques, juridiques et politiques.

Changement de récit – L’“évasion du service”

« Le nouvel ennemi, c’est l’évasion du service. »

Le débat devient moral, accusatoire, polarisant.


L’argent – Le marqueur décisif

Du côté haredi et religieux, un constat revient constamment :

« La quantité d’argent investie ici n’a rien de haredi. »

Les chiffres évoqués sont précis :

« Une manifestation de cette ampleur coûte entre un et un million et demi de shekels. »

Autocars, scènes, écrans, affichage massif, campagnes répétées dans tout le pays :

« Quelqu’un finance cela avec des poches très profondes. »

Conclusion partagée par plusieurs témoins :

« Ce n’est pas un conflit interne authentique. »


Diviser le sionisme religieux : kippas contre kippas

La stratégie ne vise pas uniquement les haredim.

« L’objectif était de faire que des kippas se battent contre d’autres kippas. »

Le sionisme religieux devient une cible centrale :

  • familles endeuillées,
  • réservistes,
  • rabbins,
  • médias religieux.

« Ils savent identifier une douleur authentique et y verser de l’huile sur le feu. »


Publicités anonymes et campagnes coordonnées

Un phénomène massif est décrit :

« Des dizaines de pages de publicités, non signées, toutes avec le même message. »

Même graphisme, même ton, même accusation :
“Vous payez le prix du sang pendant que d’autres ne servent pas.”


La fracture séfarade comme levier émotionnel

Un axe particulièrement sensible est exploité :

« Ils ont joué sur le sentiment de frustration et de discrimination des séfarades. »

Le message martelé :

« Les ashkénazes resteront à la yeshiva, les séfarades iront à l’armée. »

« Ce n’était pas un débat idéologique, mais une manipulation émotionnelle. »


Ce que disent les kaplanistes eux-mêmes

Les déclarations internes sont sans détour :

« Si le choix est entre que les haredim ne soient pas enrôlés ou que Netanyahu reste au pouvoir, je choisis de faire tomber Netanyahu. »

Et surtout :

« Ce qui nous importe, ce n’est pas le nombre de soldats dans cinq ans. »

La finalité est immédiate et politique.


Épilogue – Une guerre intérieure en temps de guerre extérieure

Ce que révèle cette enquête, ce n’est pas un désaccord sur la conscription.
C’est une guerre politique interne, menée pendant que le pays combat à l’extérieur.

« Ils veulent que nous nous battions entre nous. »

La question centrale devient alors :

Une société en guerre peut-elle survivre à une stratégie de division menée de l’intérieur ?


Sources

Par David Germon

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