« Israël se dressera sur ses pieds, s’élèvera avec vaillance dans sa terre chérie, exprimera les propos de sa prophétie depuis la source de vie de son âme ; il se réveillera pour revitaliser les germes de sa vie divine endormie dans le cœur de tout homme et de toute existence : “Que toute âme loue l’Éternel ! Louez l’Éternel“ ! » – Rav Abraham Isaac Kook*
La Torah est fondamentalement un texte de construction et pas de destruction, ne sacralisant jamais la ruine, la table rase ou la négation du monde.
Elle part du chaos comme donné et demande de le travailler, de l’organiser, de le rendre habitable, dès « Que la lumière soit », qui n’est pas une illumination mystique mais un geste de séparation, d’orientation et de mise en ordre du réel.
Rendre le monde praticable
Dieu ne crée pas un monde parfait, il le confie à l’homme, Adam, qui n’est pas sauvé mais placé dans un jardin pour le cultiver et le garder, première vocation humaine qui n’est ni la prière ni la contemplation mais le travail, l’entretien.
La faute n’ouvre pas sur une sortie hors du monde mais sur l’entrée dans l’histoire, la douleur, l’effort, l’enfantement, la temporalité, c’est-à-dire une existence pleinement terrestre.
Toute la Torah est une pédagogie contre la pulsion de mort.
Le déluge ne mène pas à une jouissance de destruction mais à une reconstruction du monde et à une alliance avec le vivant, Abraham ne reçoit pas une vérité abstraite mais une terre à faire advenir, Moïse ne propose pas une fuite spirituelle mais fonde un peuple concret avec une loi, des règles, une organisation sociale, le désert étant un apprentissage de la vie et non une disparition du monde.
Le Temple lui-même n’est pas un lieu d’extase mais une structure matérielle, architecturale, mesurée, construite, Dieu n’habite pas dans le ciel mais dans une forme humaine organisée, et la Torah lutte en permanence contre deux tentations, la fusion avec l’absolu et la destruction purificatrice, auxquelles elle oppose la limite, la loi, le corps, la relation, la transmission, une éthique toujours située et concrète, jamais une morale universelle abstraite — mais l’étranger, le pauvre, l’orphelin, quelqu’un en face et pas l’Humanité, ce qui en fait un texte radicalement anti- nihiliste qui ne promet pas un salut hors du monde mais exige une responsabilité dans le monde.
Construire une maison, fonder une famille, transmettre, rendre la terre habitable, faire advenir du sens dans un réel imparfait.
Aller vers la lumière, éclairer ce qui est là, traverser l’ombre en construisant
Le sionisme, de sa genèse intellectuelle et spirituelle jusqu’à son accomplissement politique, s’inscrit entièrement dans cette logique de lumière et de construction héritée de la Torah. Il ne naît pas d’un projet de destruction, de vengeance ou d’anéantissement, mais du désir de retrouver Jérusalem, sa beauté, sa réalité concrète après des siècles et des siècles d’exil, de dispersion, de survie sans terre.
Il appelle d’abord à faire exister quelque chose, à rebâtir, construire des villes, des écoles, une langue, une agriculture, une société, un État, la première tâche n’ayant jamais été d’effacer des populations non-juives locales ni de combattre l’islam comme tel, mais de construire une présence juive vivante, stable, enracinée, avec ses institutions, ses lois, son économie, sa culture, dans un paysage multi-ethnique, multicommunautaire — À la fin du XIXe siècle (grosso modo 1880–1914), la Palestine ottomane est un espace pluriethnique, pluriconfessionnel et non nationalisé : Musulmans sunnites, Bédouins, Turcs ottomans, Circassiens, Kurdes, Druzes, Alaouites/Nusayris, Grecs orthodoxes arabes, Arméniens apostoliques, Catholiques latins, Catholiques melkites, Maronites, Syriaques orthodoxes. Syriaques catholiques, Coptes, Éthiopiens chrétiens, Protestants, Russes orthodoxes, Samaritains, Bahá’ís, Yazidis, Tsiganes (Dom), Communautés africaines musulmanes — sans aucune volonté d’anéantissement de ces communautés, dans une logique première de construction, d’installation et de continuité historique.
Cette logique demeure jusqu’à aujourd’hui, même après le massacre du 7 octobre 2023 qui aurait pu faire basculer dans le ressentiment pur, la haine totale, la volonté de massacrer, mais où l’on voit au contraire la persistance d’un réflexe de maintien, de reconstruction, de continuité historique, de vitalité.
Il n’y a pas d’effondrement, pas de pulsion de mort dominante, et cette capacité tient précisément à une constitution profonde liée à la Torah, au texte, à la parole des maîtres, à une tradition qui a formé des générations à penser en termes de responsabilité, de durée, de transmission, de limite, et non en termes de table rase, ce qui a produit un héritage indestructible, des fondations solides, une culture politique et spirituelle orientée vers le fait de rendre le monde habitable plutôt que de le détruire, et c’est cela qui traverse tout le sionisme réel, au-delà des conflits, des guerres et des tragédies.
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« Eretz Israël n’est pas une réalité contingente. » – Rav Kook
— La Terre d’Israël ne peut pas être considérée comme un simple fait accidentel, aléatoire ou temporaire dans l’histoire. Ce n’est pas une donnée qui aurait pu ne pas exister ou qui pourrait disparaître sans conséquence. Eretz Israël, dans la tradition juive et dans la conscience historique collective, est une réalité essentielle, nécessaire, profondément inscrite dans le destin du peuple juif. Elle est liée à une promesse, à une alliance, à une vocation qui dépasse le pur hasard ou la géographie neutre. Cette terre n’est pas un territoire ordinaire ; elle porte une dimension spirituelle, historique et identitaire qui la rend incontournable. Son existence constitue une condition fondamentale du lien du peuple juif à son histoire, à sa mission et à sa survie. Elle est structurelle, nécessaire, et que son rôle dépasse largement les événements politiques ou militaires du moment. C’est un pilier fondamental de la mémoire, de la tradition et de la conscience collective juive.
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Depuis la fondation du Keren Kayemeth LeIsrael (KKL‑JNF) en 1901, la superficie forestière en Palestine était très faible, autour de 1 400 hectares, soit 14 000 dunams. À cette époque, les forêts étaient quasiment inexistantes, le paysage était largement dénudé, soumis à l’érosion, avec peu d’arbres plantés. Au début des années 1940, la superficie des forêts plantées atteignait environ 3 500 hectares. Ces premières plantations constituaient les bases du reboisement dans un pays marqué par un terrain difficile et une végétation clairsemée. Après la création de l’État d’Israël en 1948, le rythme des plantations s’est fortement accéléré, notamment dans les années 1970 où la superficie forestière plantée dépassait les
60 000 hectares. Ces efforts s’inscrivaient dans une politique nationale d’aménagement du territoire, de lutte contre l’érosion, d’amélioration agricole et de développement rural et urbain. À la fin des années 2010 et au début des années 2020, le KKL‑JNF avait planté plus de 100 000 hectares de forêts, soit environ 1 000 km². Ces plantations comprenaient plusieurs centaines de millions d’arbres, au total plus de 240 millions d’arbres plantés depuis le début du XXe siècle. Ces forêts sont principalement des forêts artificielles, des reboisements réalisés autour des axes agricoles, des zones urbaines, sur des collines, des terres agricoles, des marges désertiques et d’anciennes terres dénudées. Ce travail ne s’est pas limité à un simple acte écologique, mais s’inscrit dans une démarche de construction et de transformation durable du paysage, participant à la création d’infrastructures vertes, au contrôle de l’érosion et à la structuration écologique du pays. Ces plantations ont constitué une part essentielle du projet national de construction concrète de la Terre d’Israël, marquant une continuité historique entre le sionisme politique et l’engagement à rendre le territoire habitable, fertile et vivable.
L’arbre occupe une place fondamentale dans la culture juive, symbolisant la vie, la continuité et la connexion entre le ciel et la terre. Il est souvent utilisé comme métaphore pour l’homme et le peuple, enraciné dans la terre tout en cherchant la lumière. Dans la Torah, l’arbre est un signe de bénédiction et de prospérité, comme dans le verset « Il est comme un arbre planté près d’un courant d’eau, Qui donne son fruit en sa saison, Et dont le feuillage ne se flétrit point: Tout ce qu’il fait lui réussit. » (Psaume 1), évoquant la stabilité, la vigueur et la fécondité. L’arbre représente aussi la transmission entre les générations, ses racines ancrées dans le passé et ses branches ouvertes vers l’avenir. Lors de la fête de Tou Bichvat, le Nouvel An des arbres, le lien avec la nature et la Terre d’Israël est célébré, soulignant l’importance de la protection de la terre et de la vie. Ainsi, planter un arbre un geste chargé de sens spirituel, une expression concrète de l’espoir, de la renaissance et de l’engagement à perpétuer la vie et la mémoire.
*Dans : Lamentations II – Rav Moshé Kaplan.

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