Tribune Juive

Archives. Jésus, le Super-fedayin palestinien : Arafat dixit aux Nations Unies (1983). Par David G. Littman*

Au cours de 2000 ans, les descriptions de Jésus de Nazareth le représentèrent de multiples façons, mais l’image d’un Jésus arabe, – « le premier fedayin palestinien à porter son épée » – évoquée par Yasser Arafat, fut probablement la plus grotesque. J’étais présent à sa première conférence de presse au Palais des Nations à Genève le 2 septembre 1983 à la ‘Conférence sur la Palestine’ (29 août au 7 septembre). Dans l’interprétation simultanée de son discours, de l’arabe en anglais, je l’entendis alors déclarer:

« Nous étions sous l’impérialisme romain. Nous avons envoyé un pêcheur palestinien à Rome, qui s’appelait saint-Pierre. Il n’a pas seulement occupé Rome, mais aussi les cœurs du peuple de Rome. Nous savons comment résister à l’impérialisme et à l’occupation (…) Jésus-Christ fut le premier fedayin militant palestinien à porter son épée sur la voie où les Palestiniens aujourd’hui portent leur croix… »1

La salle était comble, mais personne n’exprima une incrédulité choquée. Même plus tard les représentants du Saint Siège ou du Conseil Œcuménique des Églises à Genève n’élevèrent aucune protestation. Même silence après la publication de ma lettre dans trois journaux de Genève.2  Pourtant, peu de gens pouvaient ignorer que l’empereur romain Hadrien reconquit la Judée, patrie des Juifs, et changea son nom officiel de Judée en celui de Palestine en 135, cent ans après la mort de Jésus. “Jésus étant né à Bethléhem en Judée… ” (Mathieu 2:1) L’arabisation / islamisation de la Judée au 7e siècle s’intégra au cycle jihadique qui bouleversa l’Orient chrétien à cette époque.

Ce n’était ni la première ni la dernière fois qu’Arafat, et bien d’autres, s’emparaient du symbole de Jésus, transformant les Juifs de Judée en “ Arabes palestiniens ”, habitants de l’ancienne ‘Palestine.’ Selon l’archevêque grec-catholique François Abu Mokh, quand Arafat fut reçu par le pape Jean-Paul II, deux semaines plus tard (15 septembre 1983), il lui déclara qu’il se sentait chez lui au Vatican, siège des successeurs de saint-Pierre, “ le premier exilé palestinien”.3 Et six mois plus tard, Arafat répéta son histoire de ‘Jésus Super-Fedayin’ à l’éditorialiste Flora Lewis de l’International Herald Tribune à Paris. 4

Ce thème de Jésus et de la ‘Palestine’ représente un pivot essentiel de la palestinolâtrie. Bat Ye’or a expliqué le recyclage des symboles religieux chrétiens dans la guerre arabo-musulmane contre Israël après le Deuxième Concile du Vatican et la Déclaration Nostra Aetate (1965). Les thèmes christiques du palestinianisme furent développés à l’instigation des hommes d’église d’Orient. Ils revitalisaient les schémas judéophobes traditionnels de la crucifixion et furent diffusés via les églises arabes et le courant euro-arabe. Les églises arabes palestiniennes transfigurèrent le terroriste arabe palestinien en une image christique. Dans la longue tradition de la chrétienté syro-palestinienne, les assassinats de Juifs furent ainsi sacralisés. 5

Ce transfert religieux fut exprimé dès 1970 par l’archevêque Georges Khodr, le métropolite de Byblos et du Mont Liban, quand il déclara dans une conférence à Paris :

« Vous savez quelle place occupent dans la poésie arabe contemporaine, surtout dans celle de la résistance palestinienne, les symboles chrétiens. Il ne m’appartient pas de dire aux Musulmans quelle force apporterait à la cause de l’homme arabe le ferment évangélique (…) Le 5 juin 1967, j’ai choisi l’Arabité parce que j’ai vu ce jour-là que Jésus de Nazareth était devenu un réfugié Palestinien ».6

En 1974 – après une plainte formelle – les autorités de Genève interdirent l’entrée et l’exposition de posters du Fatah d’Arafat représentant Jésus cloué sur une étoile de David, avec la légende “ Palestine ”.

Deux exemples grossiers plus récents, parmi des douzaines, illustrent cette ‘tactique’ religieuse. A Pâques 1997, sur une colline pierreuse du désert de Judée surplombant Jérusalem Est, à Har Homa, trois Arabes s’étaient attachés sur des croix pour protester contre la construction de maisons sur un terrain appartenant à un Juif. La seule protestation au sujet de l’utilisation sacrilège de la croix semble être venue de deux Chrétiens occidentaux de Jérusalem, qui écrivirent pour exprimer leur indignation contre:

« L’abus continuel et blasphématoire des symboles de notre foi par les fidèles d’une autre [religion]… Non seulement cela dénigre notre Seigneur, mais c’est aussi une tentative grossière pour faire resurgir dans les esprits des spectateurs du monde entier, la calomnie de déicide qui a provoqué des siècles de souffrance juive ».7

La diffamation probablement la plus haineuse du judaïsme et du christianisme s’exprima le 11 décembre 2000, deux semaines avant le jubilée de Noël, au cours de la deuxième intifadaet des attaques sauvages de fedayins palestiniens contre des civils israéliens. Un nouveau quotidien palestinien, Intifada, exhibait sur une moitié de sa première page la caricature provocante d’une jeune femme crucifiée appelée ‘Palestine’. Du sang coulait de ses mains et pieds percés. Une lance transperçait son corps jusqu’à la croix, la pointe émergeant estampillée d’une étoile de David, avec un drapeau américain à l’extrémité de la hampe. Du sang suintait de son corps martyrisé surplombant un trio de Juifs caricaturés et grimaçant en direction de la jeune femme crucifiée, qui symbolisait Jésus et la ‘Palestine’. Le 14 décembre, Intifada franchit un pas supplémentaire. Le long d’une croix cabossée apparaissait une pieuse prière à : « Mon Seigneur le trahi… trahi par le baiser méprisable de la trahison », et s’achevait par : « Ô fils de la Vierge, ils ne peuvent te vaincre deux fois ».

À nouveau, les Eglise avant et après Noël ne réagirent pas à cette grossière diffamation de la Chrétienté et de propagande haineuse contre les Juifs et le judaïsme – et ceci, à la fin du Jubilée de l’année 2000, après la première visite mémorable du pape Jean Paul II à Jérusalem. Cependant, à Genève, une lettre œcuménique de protestation fut envoyée le 17 décembre 2000 à l’Association pour l’Education Mondiale par l’abbé Alain-René Arbez et le révérend Bernard Buunk. Cette ONG demandait que leur Appel : (‘Abus d’un Symbole Religieux : une Parodie de Prière, et Crucifixion en Palestine’ soit soumis en tant que plainte formelle aux institutions appropriées de l’ONU. Avant Noël l’ONG adressa leur lettre conjointe avec les caricatures aux rapporteurs spéciaux de l’ONU sur l’intolérance religieuse (Abdelfattah Amor) et le racisme (Maurice Giélé Ahanhanzo). Elle leur demanda d’agir dans le cadre de la commission sur une résolution de la Commission des droits de l’homme: ‘Diffamation des religions’ et d’enregistrer cette farce éhontée. Rien n’en ressortit.9

En octobre 2002, deux ans après qu’il eut approuvé la seconde intifada sanglante, Arafat accorda une interview à un correspondant du quotidien londonien Al-Hayat, publié en langue arabe. Sur Jérusalem, il fut explicite : « Ils [les Israéliens] n’ont pas trouvé la moindre pierre prouvant que le Temple de Salomon était là, parce qu’historiquement le Temple n‘était pas en Palestine [du tout] ». 10

En 1983 à l’ONU – quand il appela Jésus « le premier fedayin militant palestinien à porter son épée sur la voie où les Palestiniens aujourd’hui portent leur croix », – et en 2002 quand il réitéra son refus d’admettre que le temple de Salomon ait jamais existé à Jérusalem (en ‘Palestine’), Arafat illustrait le pillage de l’histoire juive sur la terre d ‘Israël, et le dénigrement de la Chrétienté. Afin de créer une légitimité arabo-palestinienne, il s’efforçait de les supplanter tous deux. Il aurait été plus convaincant si, en construisant cette ‘Palestine’ comme part de la ‘nation arabe’, il avait avancé des arguments de l’histoire arabe, plutôt que d’arabiser et de ‘palestinieniser’ l’histoire du Peuple Juif. Quand on est contraint de piller l’histoire des autres, pour se fabriquer une légitimité historique, on dévoile la vacuité de ses prétentions.

Dans le contexte islamique, ‘Issa’ – le nom musulman de Jésus – est considéré comme un prophète ayant prêché l’Islam. Messie attendu, il ne mourut pas sur la croix. Dans deux hadiths, il est allégué qu’il reviendra à la fin des temps. Il tuera alors le démon (le cyclope Dajjal), brisera la croix, et tuera les porcs (deux symboles de la Chrétienté). Il abolira aussi la jizya (impôt de capitation pour les non-musulmans) et le butin sera abondant, car toutes les religions auront été abolies et seul l’Islam régnera. 11

Yasser Arafat connaissait certainement ces Hadiths, y compris celui de ses alliés depuis 2000, le Hamas, dont l’article 7 de sa Constitution de 1988 proclame (sans être condamné aux Nations Unies): « Le Jour du Jugement ne viendra pas tant que les Musulmans ne combattront les Juifs, en les tuant, quand les Juifs se cacheront derrière des arbres et des pierres. Les arbres et les pierres diront : ‘O Musulman, il y a un Juif derrière moi, viens et tue-le ».  Et comme épitaphe, le slogan du Hamas (article 8) convient à Arafat comme un gant : « Allah est son objectif, le Prophète est son modèle, le Coran sa constitution, le Jihad sa voie et la Mort au nom d’Allah est le plus exalté de ses vœux ».

© David G. Littman

———————————————————————

Notes

1.  Traduction simultanée de l’arabe en anglais (enregistrement d’une conférence de presse de l’ONU, 2 sept. 1983) ; Bat Ye’or, Juifs et Chrétiens sous l’Islam : les dhimmis face au défi intégriste (Paris : Berg International, 1994), 281-82.

2.  David G. Littman, “ Arafat, Jésus et l’Histoire ”, Dimanche Tribune (Lausanne), 11 sept 1983, Tribune de Genève, 14 septembre 1983, La Vie Protestante, Genève, 7 octobre 1983.

3.  François Abou Mokh. Les confessions d’un arabe catholique. Entretiens avec Joëlle Chabert et François Mourvillier (Paris, Centurion, 1991), 195 ; Bat Ye’or, Juifs et Chrétiens sous l’Islam, 283, n. 41.

4.  Flora Lewis “ The Remarkable Resiliance of Chairman Arafat ”, International Herald Tribune  (Paris), 9 mars 1984 ; lettre de David G. Littman, “ Arafat and Jesus ”, IHT, 4 avril 1984.

5.  Bat Ye’or, Juifs et Chrétiens sous l’Islam, 282ff.

6.  Georges Khodr, “L’arabité”. Conférence donnée sous les auspices de l’association pour la solidarité franco-arabe, Paris, 2 juin 1970, cité dans Bat Ye’or, Juifs et Chrétiens sous l’Islam, 274.

7.  Patrick et Nicola Goodnough, Jerusalem Post, 5 avril 1997 ; Bat Ye’or, Islam & Dhimmitude: Where Civilizations Collide (Madison, NJ: Fairleigh Dickinson University Press, (2002), 275-76.

8.  Documentation: “Palestinian Media Watch” (PMW), Jerusalem, Bat Ye’or, idem. 276.

9.  Documentation :“ Palestinian Media Watch ”(PMW), Jerusalem; et AWE, Bat Ye’or, idem, 276.

10. Interview avec Arafat, par Saïda Hamad, correspondante à Ramallah de Al-Hayat (Londres), le 5 oct. 2002. Trad. dans MEMRI, N° spécial – Autorité Palestinienne, 11 oct. 2002 (www.memri.org).

11. Mark Durie, “‘Isa, the Muslim Jesus”, Robert Spencer (ed.) The Myth of Islamic Tolerance, How Islamic Law Treats Non-Muslims (Amhearst, NY: Prometheus books, Jan. 2005), 6ème partie.

 ———————————————————————

David G. Littman, historien, a été un représentant de plusieurs organisations non-gouvernementales aux Nations Unies à Genève depuis 1986. Il est actuellement un des représentant de l’Association pour l’Education Mondiale (Association for World Education / AWE), et l’Union Mondiale pour le Judaïsme Progressiste (World Union for Progressive Judaism / WUPJ). Plusieurs de ses déclarations (orales et écrites) à la Commission des droits de l’homme, avec d’autres articles, paraîtront dans The Myth of Muslim Tolerance, ed. Robert Spencer (Amherst, NY: Prometheus books, January 2005).


*Traduction (Simon Pilczer avec l’auteur) d’un texte anglais, élargie par DGL

(FrontPageMagazine,15/11/04)


Quitter la version mobile