843
Il s’appelait Ran.
Il avait 24 ans.
Depuis l’enfance, il disait qu’il serait policier.
Pas un rêve flou.
Un endroit précis.
Là où on envoie ceux qui tiennent.
Il entre à Golani.
Là où on apprend à avancer quand le corps dit non.
Un entraînement.
Une chute.
La hanche brisée.
On lui explique qu’il ne courra peut-être plus.
Que l’élite, parfois, s’arrête là.
Ran écoute.
Il ne plaide pas.
Il fixe un délai.
Quatre mois.
Quatre mois plus tard, il est de retour.
Pas ailleurs.
Là où on sélectionne.
Après l’armée, il rejoint la Yassam, unité d’intervention de la police.
Pas une police d’attente.
Une police de contact.
Celle qui arrive la première.
Toujours devant.
Toujours celui qu’on envoie quand il faut sortir.
Le 7 octobre au matin, il est chez ses parents.
Blessé à l’épaule.
En convalescence.
Le corps encore abîmé, la place déjà claire.
Puis les alertes.
Ran se lève.
Il met l’uniforme.
Il sort.
Sa mère lui demande où il va.
Il répond qu’il sort.
Comme si c’était évident.
Son père regarde la main blessée.
Ran montre le geste.
Charger.
Armer.
Tirer.
Il dit qu’il tiendra.
Il sort.
À l’entrée du kibboutz Alumim, le chaos.
Civils. Tirs. Véhicules.
Ran est devant.
Il donne des ordres courts.
Il ouvre le feu.
Il avance.
Un officier part en poursuite.
Ran le suit.
Dans l’élite, on ne laisse personne seul.
Une embuscade.
Ran est touché à la jambe.
Il continue.
Il avance encore.
À la radio, une voix calme :
« Je ne peux pas lever la tête.
Je prends des tirs.
Il me reste quelques balles. »
Dernier message à 10h39.
Après, il ne sort plus.
Son corps est enlevé.
Et une place reste vide.
843 jours.
843 jours où l’élite attend l’un des siens.
843 jours où le cycle reste ouvert.
Puis le feu vert.
À Shuja’iya, un cimetière.
Tombe après tombe.
On cherche celui qui devait revenir.
On le trouve.
En uniforme.
שלם – כמו שיצא.
Tel qu’il était sorti.
Il est revenu aujourd’hui, et,
aujourd’hui, il est enterré.
Aussitôt revenu,
il a fallu lui dire au revoir.
Alors son père pleure.
Il embrasse le cercueil.
Et il dit :
« כל המשטרה פה איתך »
Toute la police est là.
Toute l’élite.
Pour celui qui était né pour y être.
Et avec son retour, quelque chose se ferme.
Pour la première fois depuis 2014,
il n’y a plus de corps israélien retenu à Gaza.
Les 255 otages du 7 octobre sont tous revenus.
Ran est revenu.
Et ce retour ferme le cycle.
Il est sorti le premier.
Il est rentré le dernier.
Ce n’est pas un slogan.
C’est une manière d’être un pays.
© David Castel
Ex-avocat, hébréophone & parémiographe. Écrit entre deux cafés, trois procès et mille aphorismes.
