Tribune Juive

Wagons No Kids. Par Michèle Chabelski

Bon

   Lundi

Il y eut en son temps des lieux interdits aux juifs et aux chiens…

  De triste mémoire. 

Mais d’aucuns, nostalgiques peut être, ou désœuvrés, ou tout simplement énarques, ont eu envie de réhabiliter cette période que l’Histoire a parfois tenté d’occulter – suivez mon regard.

Bref

   D’aucuns , donc, dans une tentative désespérée de redorer le blason de leur nombril en accédant à la notoriété, ont institué à la SNCF( les trains ont décidément une réputation sulfureuse) des wagons interdits aux enfants( mais pas aux chiens) labellisés -pour faire moderne – No kids. 

  No kids

Enfants et parents d’enfants sont priés d’emprunter l’entrée de service.

C’est à dire un autre wagon.

Ou de rester chez eux.

Pas les chiens, je le répète.

Ce qui signifie moult choses. 

   D’abord que la SNCF se préoccupe du seuil de tolérance acoustique de ses usagers.

 Ben oui. 

Les enfants parlent fort. 

Crient même parfois. 

Ou pire encore : ils pleurent et leurs oins oins retentissent très défavorablement dans les tympans des autres usagers. 

  Ce qui signifie que les parents ne s’en soucient pas plus que ça…

Les tympans des autres ne correspondent pas à leurs préoccupations majeures, pour ainsi dire, ils s’en battent l’œil.

  Ce qui n’est pas faux, mais qui requiert quelques ajustements.

   Les cris d’un nourrisson sont certes souvent inversement proportionnels à sa taille.

Mais souvent aussi, ils sont les plus compliqués à éradiquer . 

 Il suffit parfois d’un biberon bien appliqué. 

Mais parfois ça ne suffit pas.

 Et le bébé pleure. 

Et les passagers trinquent .

  Ça s’appelle la vie en communauté.

   Il s’agit parfois d’enfants plus grands. 

  Qui jouent et éructent des vociférations de joie ou de contrariété, s’agitent , pleurent parfois, mangent voracement et boivent goulûment…

  Des enfants, quoi…

Et c’est là qu’intervient la cruelle division. Qu’on peut rencontrer du reste ailleurs que dans un train. 

Entre les enfants ( bien) élevés et les autres. 

Ceux à qui on explique les règles de la collectivité et les autres.

Ceux à qui on expose les principes de l’obéissance et les autres. 

Ceux qui partagent la vie de parents aimants et éducateurs et les autres.

Les autres: ceux sur lesquels on expérimente l’éducation positive, entendons: l’enfant roi. 

Mal élevé, capricieux, tyrannique , autocentré, dont le moteur essentiel est l’exigence de sa satisfaction immédiate .

Le sale môme, quoi.

Alors bien sûr les sales gosses sont un boulet durant un voyage, une plaie tenace qui ne guérit qu’à leur départ ou à celui du compagnon de voyage martyrisé.

Au revoir M’sieurs dames, merci pour tout, moi j’ai de la chance, je me casse, mais vous, vous en avez pris pour vingt ans avec vos mini dictateurs .

Qui deviendront peut-être finalement chercheur, avocat, chirurgien ou chômeur qualifié, après vous avoir pourri la vie, qui sait ?

 Mais avant les wagons No kids, comment faisait-on?

Ben c’est simple. 

  On acceptait la promiscuité, on essayait de fermer les écoutilles, on lisait en tentant de se concentrer, puis on s’est ensuite couvert les oreilles de serre-têtes qui diffusaient de la musique ou simplement isolaient du raffut ambiant  et les enfants ( des autres) ça faisait bien chier   mais chacun était conditionné à vivre en collectivité et à en accepter les désagréments – et ceux qui en étaient incapables se passaient de « transports en commun «  et  se débrouillaient pour utiliser des transports privés, comme la voiture ou le tandem, arme fatale contre les sales gosses.

Certains hurlent leur liesse devant ce qu’ils considèrent comme un progrès sociétal, le No Kids, devenu la panacée des voyages radieux, libérés de cette braillarde engeance même pas assez nombreuse pour payer la retraite de ceux qui les ont fabriqués un soir de beuverie peut-être…

Le plus drôle c’est que les parents démissionnaires sont peut-être les premiers à avoir envie de voyager en classe No Kids le jour où ils ont laissé leur marmaille démonter le salon sous le regard incrédule des grands-parents…

 Alors dans une démographie agonisante ou les décès sont plus nombreux que les naissances, on ne peut que s’interroger sur le bien- fondé du No Kids qui valide la tendance…

Et peut-être que si les parents éduquaient convenablement leur progéniture en leur enseignant que leur nombril n’a servi qu’à les rattacher à leur mère, et n’a pas pour objectif premier de mener le monde selon leur désir, comme l’explique Caroline Goldman , célèbre psychothérapeute et fille de qui- vous- savez, un concentré de bon sens dans un physique de star, eh bien le besoin de No Kids ne se ferait pas sentir et n’exciterait pas les neurones désœuvrés d’un énarque fraîchement divorcé.

 On me rétorque qu’il y eut en son temps une option de wagons fumeurs/non- fumeurs qui ne souleva aucune objection.

Ben en fait personne ne se plaint d’avoir le choix entre vivre et mourir.

Mais le No Kids responsable autant du nouvel art de vivre égoïste que de la nonchalance éducative des parents signe aujourd’hui une fracture sociale qui relève en fait du même syndrome : l’égoïsme qui lézarde le lien commun et invalide singulièrement la cohésion sociale.

 On parle aussi, par mesure de sécurité, de créer dans le métro des wagons pour femmes Women Only probablement.

Quand on ne cherche pas de solution à un problème, ben on archipellise la société, ceux qui aiment les gosses, ceux qui ne les aiment pas, les wagons pleins de mecs dangereux désertés par les femmes, les wagons de gonzesses rassurées…

   What else?

Vivre ensemble qu’ils disaient…

    Je vous embrasse 

PS

Je viens de lire une violente diatribe contre ceux qui s’insurgent contre les No Kids.

 Critiquant le système Montessori et par ricochet l’éducation positive qui consiste à demander à l’enfant qui vient de faire une connerie d’exprimer son émotion… et surtout le rassurer…

    T’as cassé le téléphone de Papa qui refusait de te le prêter ?

   Tu ne l’as pas fait exprès et tu es triste parce que papa a crié .

  Ne t’inquiète pas mon cœur papa et maman t’aiment … etc…

   Ça ne change rien à l’eugénisme social de cette décision stupide…

© Michèle Chabeski

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