
L’affaire Pegasus en Israël peut se résumer ainsi : des responsables de la police, de la justice et du renseignement sont accusés d’avoir utilisé illégalement des logiciels espions contre des responsables politiques et des citoyens, puis d’avoir étouffé l’affaire pendant des années.
C’est ce que soutient, sans détour, l’éditorialiste israélien Erez Tadmor, dans un entretien explosif diffusé le 25 janvier 2026 sur la chaîne Arutz Tov.
Un entretien qui fait voler les verrous
L’entretien est conduit par Pini Yehezkeli, journaliste, analyste sécuritaire et ancien officier supérieur de la police israélienne, connu pour ses critiques du fonctionnement interne des institutions, de la police et du système judiciaire.
Dès les premières minutes, le ton est donné : ce qui est décrit ne relève plus d’erreurs ponctuelles, mais d’un système structuré, durable, protégé par le silence institutionnel et médiatique.
« Enfin, un tampon officiel »
Pour Erez Tadmor, un événement change la donne :
le rapport du Contrôleur d’État.
Il affirme que ce rapport constitue la première reconnaissance institutionnelle officielle de soupçons connus depuis longtemps : l’existence d’un usage illégal, massif et non supervisé de logiciels espions — appelés en hébreu roguelot.
Selon lui, le Contrôleur d’État apparaît comme le dernier garde-fou fonctionnel face à un système qui aurait tout fait pour :
- retarder les enquêtes,
- bloquer l’accès aux données,
- et empêcher l’établissement complet de la vérité.
Des outils de guerre retournés contre la société
Les roguelot sont des outils de surveillance extrêmement intrusifs, comparables au logiciel Pegasus, conçus à l’origine pour lutter contre des ennemis extérieurs : Hezbollah, Iran, Hamas.
Tadmor reconnaît qu’un État peut, dans un cadre légal strict, envisager leur usage contre le crime organisé grave.
Mais ce qu’il décrit est radicalement différent.
Selon lui, ces outils auraient été utilisés contre :
- l’entourage du Premier ministre,
- des élus et responsables politiques,
- des maires et candidats municipaux,
- des porte-parole,
- des membres de familles de responsables publics,
- et un nombre indéterminé de citoyens israéliens.
Il parle de centaines, voire de milliers de téléphones piratés, sans mandat, sans contrôle judiciaire, hors de tout cadre légal.
Pressions, chantage et fabrication de témoins
L’affaire ne s’arrêterait pas à la surveillance.
Selon Tadmor, les données extraites auraient servi non seulement à rechercher d’éventuelles infractions pénales, mais aussi à identifier des éléments personnels embarrassants, parfois sans aucun lien avec un crime.
Ces informations auraient ensuite été utilisées pour :
- faire pression,
- contraindre des individus à témoigner,
- orienter leurs déclarations.
Certaines personnes auraient cédé, d’autres non.
Sa conclusion est directe :
C’est le mode opératoire d’une organisation criminelle.
Les sommets de l’État mis en cause
Erez Tadmor cite explicitement les plus hauts niveaux institutionnels :
- Shai Nitzan, alors chef du parquet,
- Roni Alsheikh, alors chef de la police israélienne,
- Avichai Mandelblit, procureur général et conseiller juridique du gouvernement,
- Nadav Argaman, directeur du Shin Bet.
Il affirme que ces sommets auraient été impliqués — directement ou indirectement — dans ce qu’il qualifie de criminalité grave et de masse :
intrusions illégales dans des téléphones, exploitation des données, pressions sur des témoins, puis dissimulation systématique.
« Cigares et champagne » face à des crimes d’État
Tadmor oppose deux réalités :
- d’un côté, les poursuites contre Benjamin Netanyahu dans les « dossiers des milliers » (affaires Walla, cigares et champagne) ;
- de l’autre, des actes qu’il juge infiniment plus graves : surveillance illégale de masse, fabrication de dossiers, chantage, entraves à la justice.
Selon lui, l’affaire Pegasus a été volontairement minimisée, pendant que l’appareil judiciaire se concentrait sur des affaires secondaires, afin d’éviter toute remise en cause structurelle.
« Watergate, c’était un cas. Ici, c’est × 13 000 »
La comparaison est centrale.
Watergate, rappelle-t-il, concernait une tentative d’effraction, suivie d’un mensonge.
Ici, il évoque des milliers de cas, suivis d’un mensonge institutionnel.
Un chiffre circule : 13 000.
Tadmor reconnaît que le périmètre exact n’est pas encore établi, mais insiste sur son ordre de grandeur, sans équivalent dans une démocratie occidentale.
Silence médiatique et verrouillage du débat
Une grande partie des médias israéliens est accusée de silence volontaire.
Tadmor oppose ce mutisme aux médias qui continuent d’en parler :
Arutz Tov, Galei Israel, Channel 14, ainsi que les réseaux sociaux.
Selon lui, des journalistes ayant largement exploité des fuites issues des enquêtes judiciaires se taisent aujourd’hui sur l’origine même de ces enquêtes.
Lahav 433, témoins et Shlomo Filber
L’affaire Pegasus est directement reliée aux poursuites contre Netanyahu.
Tadmor affirme que des éléments de Lahav 433, l’unité d’élite de la police israélienne, auraient utilisé ces méthodes pour faire pression sur des témoins.
Il cite notamment Shlomo Filber, témoin central du dossier 4000, présenté comme l’une des victimes de ce système, ainsi que Avi Weiss, ancien officier de police devenu journaliste, qui soutient depuis longtemps que le Shin Bet pourrait également être impliqué.
L’affaire des SIM et la « sardine verte »
Deux signaux majeurs antérieurs au 7 octobre sont évoqués.
L’affaire des SIM concerne l’activation inhabituelle d’environ 1 000 cartes SIM, voire davantage, dans les heures précédant l’attaque.
Pour Tadmor, ce volume constituait un indicateur clair d’infiltration imminente de terroristes sur le territoire israélien.
La « sardine verte » désigne une information humaine provenant d’une source à Gaza, issue de la « sphère » d’un informateur, signalant des rassemblements coordonnés et inhabituels de cadres du Hamas dans des mosquées et zones fermées, dans la nuit précédant l’attaque.
Croisée avec les signaux techniques, cette alerte aurait dû, selon ces analyses, déclencher une alerte maximale.
Le 7 octobre : de l’échec à la rébellion
Pour Tadmor, l’inaction face à ces signaux ne relève pas seulement de la négligence.
Il parle d’une rétention volontaire d’informations, qu’il qualifie de rébellion silencieuse contre un gouvernement élu.
Il évoque :
- les données SIM,
- les indications de mouvements vers les tunnels,
- d’autres signaux mentionnés dans l’émission Uvda, dont certains n’ont jamais été rendus publics.
Pris séparément, chacun justifiait une alerte. Pris ensemble, leur ignorance devient, selon lui, inexplicable.
Guerre, pressions américaines passées et légitimité internationale
Tadmor replace ces affaires dans un contexte géopolitique plus large.
Il affirme que l’administration Biden a exercé pendant des mois une pression pour arrêter la guerre, soutenue par des responsables sécuritaires internes évoquant un manque de soldats, de munitions et la nécessité de préserver l’alliance avec les États-Unis.
Selon lui, Benjamin Netanyahu a néanmoins poursuivi la guerre — et c’est après ces mois de pressions diplomatiques et internes qu’ont éclaté des affaires affaiblissant la légitimité internationale d’Israël.
Yoamashit, procureure militaire et Force 100
Dans le podcast, le terme « yoamashit » désigne la procureure générale et conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara.
Tadmor relie cette fonction à une autre controverse impliquant la procureure militaire en chef et des accusations visant des combattants de Force 100, présentées comme un nouvel exemple d’un système empêchant toute enquête indépendante.
Zini et le verrouillage final
Toute tentative d’enquête serait bloquée, selon lui :
- par la contestation de la capacité du chef du Shin Bet David Zini à enquêter,
- par des accusations de conflits d’intérêts,
- et par l’opposition à la nomination de son adjoint.
L’objectif serait de maintenir un système hermétiquement fermé.
Le scénario ultime : élections et censure
Tadmor conclut par un scénario qu’il juge crédible : face à des peines de prison potentielles, certains acteurs seraient prêts à tout pour empêcher une enquête complète.
Il évoque :
- des tentatives de manipulation électorale,
- une censure médiatique croissante,
- la fermeture de médias qualifiés de « fake news ».
Il résume :
Nous vivons entre 1984 et Le Meilleur des mondes.
Appel final
L’émission se conclut par un appel politique explicite à la mobilisation électorale, notamment dans les zones où la participation de droite est historiquement plus faible.
L’avertissement est clair :
si ces élections sont perdues, des médias identifiés à droite pourraient disparaître.
© David Germon
