L’étude de la manière dont les peuples autochtones habitent les territoires sacrés a été fortement compromise par le refus d’inclure les Juifs dans une perspective comparative, d’autant plus que de nombreux peuples autochtones s’identifient aujourd’hui directement à Israël et au judaïsme. Dans la tradition juive, la Terre d’Israël se constitue précisément par la sacralisation du paysage, à l’instar du Temps du Rêve aborigène, où différents puits, lieux de reproduction animale, collines et autres éléments sont associés à des clans, des rituels et des groupes sociaux.
Une cosmologie extrêmement similaire existe dans les Vaupés d’Amazonie – où je mène des recherches de terrain – chez des peuples qui situent des « lieux d’émergence » dans le paysage, au niveau de rapides ou de montagnes spécifiques. En Terre d’Israël, cela se manifeste par l’organisation des douze shevatim, ou tribus, chacune selon sa naḥala, ainsi que par des puits, des pierres ou des lieux spécifiques où Hachem est entré en contact avec les avot, les ancêtres.
Aujourd’hui, les racialisations antisionistes des Juifs comme « colons blancs » effacent la présence juive. Comme d’autres l’ont souligné, même le terme hitnaḥalut – colonie ou colons, désignant les communautés juives de Cisjordanie – provient du terme torahique naḥala, qui fait référence à l’héritage sacré des tribus d’Israël. Les associations avec les « colons blancs » de la théorie du colonialisme de peuplement relèvent d’une interprétation erronée. L’héritage juif a été occulté et effacé par la conquête islamique, un acte de colonialisme et d’effacement culturel, par lequel la terre a été redéfinie comme waqf islamique et comme dār al-Islām, terre conquise et appartenant à l’Islam à la suite du jihad.
Les récits de la Torah elle-même évoquent une forme de jihad israélite, impliquant souvent la reconquête des territoires appartenant aux avot. Mais ce qui importe ici, c’est la continuité civilisationnelle : le fait que le peuple juif ait préservé l’héritage de la terre à travers les siècles, malgré les vicissitudes des guerres survenues il y a des milliers d’années, et dont nous ne pouvons reconstituer aujourd’hui les contours moraux exacts.
© Adam-Louis Klein
Adam Louis-Klein is a writer, anthropologist, and musician, currently completing a PhD in Anthropology at McGill University. His work explores Jewish peoplehood, Jewish sovereignty, and contemporary forms of anti-Jewish hate, drawing connections between civilizational identity, recursive ethnography, and the politics of indigeneity.
He has written for The Free Press, Tablet, The Times of Israel, the Hub, and elsewhere, where he writes on the symbolic structures of anti-Jewish hate and the media logics that amplify and legitimize antizionism. His essays aim to rearticulate Jewish identity in a time of rising hostility, offering rigorous critiques of the ideological frameworks that sustain contemporary antizionist discourse.
His doctoral research is based on fieldwork in the Vaupés region of the Amazon with the Desana people, where he studies cosmology, translation, and ethnoreligious identity. He draws comparative insights between Desana and Jewish forms of peoplehood, engaging deeply with questions of sovereignty, sacred geography, and analogic thought.
Adam also holds a B.A. in Philosophy from Yale, an M.A. in Philosophy from the New School, and an M.A. in Anthropology from the University of Chicago. He is co-director of Oscillations: Non-Standard Experiments in Anthropology, the Social Sciences, and Cosmology, a platform for plural and civilizational modes of thought. He is a Postgraduate Fellow at the London Centre for the Study of Contemporary Antisemitism and founder of the Movement Against Antizionism (MAAZ).
