Bo explique pourquoi le compromis avec le mensonge ne fonctionne jamais.
Une seule plaie aurait suffi. La dernière. La mort des premiers-nés.
Si la Torah en décrit dix, c’est parce que détruire ne suffit pas. Il faut d’abord démonter un système idéologique.
Les premières plaies ne sont pas des punitions. Ce sont des preuves.
Elles montrent que l’Égypte repose sur un récit faux : divinisation du Nil, toute-puissance humaine, ordre moral inversé.
Pharaon sait. Il n’est pas ignorant.
Il sait que le Nil n’est pas un dieu.
Il sait que Moïse dit vrai.
Il sait que le chaos vient de lui.
Mais il parie sur le temps, la confusion et la fatigue morale.
Il promet, puis se rétracte.
Il reconnaît partiellement, puis accuse.
C’est une stratégie politique classique : user la vérité jusqu’à ce qu’elle ne produise plus d’effet.
Chaque plaie détruit un pilier du système :
– l’économie sacrée,
– l’ordre social,
– la maîtrise sanitaire,
– la puissance technologique,
– puis le sens lui-même avec les ténèbres.
La dernière plaie arrive quand il n’y a plus rien à transmettre.
L’Égypte ne s’effondre pas parce qu’elle souffre, mais parce qu’elle ne peut plus se raconter.
Bo enseigne une règle simple et dure :
certains systèmes ne se réforment pas. Ils se quittent.
On ne dialogue pas indéfiniment avec un pouvoir fondé sur l’inversion morale.
On ne négocie pas avec un mensonge structurant.
À un moment, partir devient la seule option cohérente.
Ce texte parle directement à aujourd’hui.
La guerre moderne est aussi une guerre des mots.
Accuser la victime, vider les concepts, retourner les rôles permet de bloquer toute défense légitime.
La paix ne naît pas de la compréhension mutuelle quand l’un des camps vit de la falsification.
Elle commence quand le mensonge devient trop coûteux à maintenir.
La sortie d’Égypte n’est pas humanitaire.
Elle est stratégique.
La matsa se mange debout pour une raison simple :
celui qui attend l’approbation morale de l’oppresseur ne sort jamais.
Bo rappelle enfin une évidence :
un peuple qui abandonne son récit finit toujours prisonnier de celui des autres.
© David Castel
Ex-avocat, hébréophone & parémiographe. Écrit entre deux cafés, trois procès et mille aphorismes.
