Tribune Juive

En Occident, Consommer devient un privilège. Un retour à 1789. Par Yves Mamou

L’agence de notation Moody’s vient de publier, à partir des données de la Réserve fédérale, un graphique EXPLOSIF concernant la société américaine :

– Les 20 % les plus riches (courbe bleue ci-dessous) consomment 60 % des biens et services.

– Corollaire (courbe rouge ci-dessous) : 80 % de la population se contentent de consommer 41 % des biens.

Un graphique linéaire illustrant la part des dépenses de consommation par tranche de revenus chaque trimestre de 1989 à 2025. La part des 80 % les plus modestes a diminué, passant d’un pic de 51,5 % en 1994 à un minimum de 40,9 % en 2025. La part des 20 % les plus aisés a augmenté, passant de 48,5 % à 59,1 % sur la même période.


La courbe bleue indique que seule une minorité solvable tire la croissance.

Autrement dit :

-La classe moyenne est en voie de paupérisation,

-La consommation plaisir a disparu,

-Une large partie de la population ne peut plus affronter une dépense exceptionnelle (panne de voiture, chaudière à changer…)

-Les dépenses se recentrent sur l’essentiel (logement, énergie, santé)

-L’endettement ou l’épargne remplacent l’achat.

Ce n’est plus une société de consommateurs, mais une société de gestion de pénurie relative.

Ces chiffres expliquent un paradoxe souvent observé :

-La croissance apparait solide à +4,3% au dernier trimestre 2025

-L’inflation apparait sous contrôle à 2,6% par an

-Les bénéfices des entreprises (3 412 milliards de dollars au troisième trimestre 2025 + 4,7 %) sont supérieurs aux estimations préliminaires de 4,4 %.

-mais les consommateurs sont « grincheux » explique le Wall Street Journal ; ils se sentent « misérables », dit The Economist, ils « craquent », affirme CNN.

Bref, les agrégats économiques ne reflètent plus l’expérience vécue.

Les statistiques indiquent une société prospère, mais la prospérité ne touche que 20% de la population.

Quand 80 % de la population ne pèse plus que 41 % de la consommation, la promesse d’ascension, de mobilité, de progrès disparait.

C’est l’espoir qui est touché.

ET L’EUROPE ?

    La même fracture… amortie par les transferts sociaux

    Le graphique ci-dessous¹ révèle qu’en Europe aussi, la consommation est concentrée sur les 20 % les plus riches.

    L’Europe et les Etats-Unis reproduisent une cassure similaire :

    -une minorité ne se prive de rien,

    -une majorité vit sous contrainte,

    L’écart est toutefois moins spectaculaire en Europe.

    En raison des amortisseurs :

    systèmes de protection sociale plus étendus,

    transferts et services publics plus importants,

    LA FAUTE A LA MONDIALISATION !

    Cette concentration du pouvoir de consommer entre les mains d’une minorité est un effet de la mondialisation, laquelle a :

    -Promu une oligarchie, tellement riche que cette minorité a la capacité de fabriquer de la croissance pour tout le pays.

    -Désindustrialisé des pans entiers des économies occidentales,

    -Externalisé les emplois à valeur intermédiaire,

    -Polarisé le marché du travail (emplois très qualifiés / emplois peu qualifiés).

    Résultat :

    -La classe moyenne qui assurait l’essentiel de la consommation, et donc la stabilité politique, a perdu ses contours. Il n’y a plus que des riches et des pauvres, comme en 1789.

    -Il y a incohérence entre économie mondialisée et société démocratique.

    MAGA INTERROMPT-IL LE PROCESSUS ?

    Le mouvement Make America Great Again initié par Donald Trump a :

    -Réancré l’industrie sur le sol national (semi-conducteurs, défense, énergie),

    -Commencé de découpler l’économie américaine de la Chine

    On passe d’une mondialisation naïve à une mondialisation conflictuelle.

    Toutefois, MAGA ne s’attaque pas frontalement :

    -à l’hyper-richesse

    -à la concentration patrimoniale,

    -aux rentes immobilières,

    -aux oligopoles technologiques.

    La différence entre l’Europe et les États-Unis tient au fait que

    -L’Amérique reconnaît les perdants et tente de corriger le tir

    -L’Europe stigmatise les perdants et les traite de « populistes ».

    -L’Amérique réduit l’immigration, alors que l’Europe l’utilise comme amortisseur.

    -L’Amérique politise l’économie

    -L’Europe dépolitise l’économie

    Note

    1 Les séries statistiques de la Federal Reserve n’existent pas en Europe. J’ai donc demandé à ChatGPT d’utiliser les données de la Banque centrale européenne et d’Eurostat.

    © Yves Mamou

    Source: Décryptages

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