Le silence qui accuse
Les Iraniens de la diaspora ne l’oublieront pas
Après le 7 octobre 2023, alors que le peuple juif était frappé dans sa chair, ils étaient là.
Dans les manifestations pour la libération des otages, ils étaient là.
Dans les rassemblements de solidarité, ils étaient là.
Dans les prises de parole publiques, courageuses et sans ambiguïté, ils étaient là.
Ils ont dit ce que beaucoup n’osaient plus dire : que le Hamas était un bourreau, le terrorisme islamiste une barbarie, le régime iranien l’un des principaux architectes.
Aujourd’hui, c’est notre tour
Notre tour d’être aux côtés d‘un peuple pris en otage par son propre régime
Depuis quarante-cinq ans, le peuple iranien est martyrisé. Des femmes battues pour une mèche de cheveux. Des hommes pendus pour une opinion. Des étudiants torturés. Des journalistes réduits au silence. Des minorités écrasées. Des familles brisées.
L’Iran n’est pas ce régime. L’Iran est sa première victime. Et pourtant, le monde se tait.
Notre tour de dénoncer un régime qui tue chaque jour
En Iran, la peine de mort n’est pas une exception. C’est un instrument de gouvernement. Les exécutions sont quasi quotidiennes. Par pendaison. À l’aube. Parfois en public. Pour des délits politiques. Pour des accusations fabriquées. Pour avoir manifesté. Pour avoir parlé. Pour avoir résisté.
Des jeunes de vingt ans sont exécutés à l’issue de procès expéditifs. Les familles sont prévenues après coup. Les corps ne sont pas rendus. Le deuil est interdit. Le silence est imposé sous peine de représailles.
La terreur est quotidienne. Organisée. Administrative. Et le monde regarde ailleurs.
Notre tour de briser le silence, lequel n’est jamais neutre
Nous, Juifs, savons ce que signifie le silence du monde. Nous savons ce que vaut l’indignation tardive. Nous savons ce que coûte l’aveuglement volontaire. Dans les années 1930, le monde regardait ailleurs pendant que le pire se mettait en place. Aujourd’hui, il regarde ailleurs pendant qu’un peuple entier est écrasé par une théocratie totalitaire — une théocratie qui exporte la mort de Téhéran à Gaza, de Beyrouth à Sanaa.
Se taire, c’est laisser faire. Se taire, c’est valider. Se taire, c’est être complice.
Notre devoir moral, pas politique
Notre appel n’est pas géopolitique. Il n’est pas stratégique. Il est moral. Nous appelons les grandes voix juives — intellectuels, rabbins, artistes, universitaires, journalistes, responsables communautaires —
à briser le silence, à nommer le mal, à soutenir publiquement le peuple iranien, comme il nous a soutenus lorsque nous étions seuls.
La mémoire juive n’est pas une mémoire fermée. Elle n’est pas sélective. Elle oblige.
Notre responsabilité
Lorsqu’un régime fonde son pouvoir sur l’exécution régulière de civils, sur la torture, la détention arbitraire, la négation de toute procédure équitable et la terreur comme technique administrative, il ne relève plus du champ de la controverse politique, mais de celui du crime d’État permanent.
Un tel régime ne peut être relativisé, contextualisé ou neutralisé par le silence. Se taire face à une violence systémique et documentée ne constitue pas une position prudente : c’est une défaillance morale grave, et, dans ses effets, une forme de complicité par abstention.
La mémoire juive s’est construite contre cette mécanique précise : celle qui invoque la complexité pour suspendre le jugement, celle qui transforme l’attente en alibi, celle qui convertit l’inaction en respectabilité.
Ici, l’attente n’est pas neutre. Elle prolonge la violence.
Dire « plus jamais ça » engage une obligation morale claire : reconnaître les faits, qualifier le régime pour ce qu’il est, désigner la responsabilité, et soutenir publiquement un peuple soumis à un système de persécution étatique.
Le peuple iranien vit aujourd’hui sous un régime de violence institutionnalisée. Ce constat engage la conscience de chacun. Le silence n’est pas une neutralité. Il est un manquement.

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