Un récit glaçant,
Raconté de l’intérieur,
Par ceux qui savaient
Ils ne parlent pas comme des polémistes.
Ils parlent comme des professionnels.
Deux officiers supérieurs, issus du cœur du système sécuritaire israélien, qui se retrouvent face caméra et décident, pour la première fois, de dire ce qu’ils ont vu.
L’interviewer le pose d’emblée, dans ses propres mots :
« Tu étais chef de la scène terroriste à Aman, et moi j’étais chef de la scène Sud au sein de la branche Opérations. »
L’invité est Oren Solomon, général de brigade de réserve.
L’interviewer est Ronen Cohen.
Ce qui suit n’est pas une opinion.
Ce n’est pas une théorie.
C’est le récit minutieux d’un plan d’attaque total, connu sous le nom de « Mur de Jéricho », qui décrivait avec une précision terrifiante ce que le Hamas a fini par faire.
Un document qui n’est pas un exercice, mais une répétition générale
Tout commence par un document issu de Unité 8200.
Pas une doctrine abstraite.
Pas une vision idéologique.
Mais un travail construit à partir de communications tactiques réelles :
des échanges entre combattants du Hamas, pendant des entraînements répétés, observés, collectés, recoupés.
Ces communications ne racontent pas des intentions.
Elles montrent comment les cellules se coordonnent, comment les forces terrestres, aériennes et navales s’articulent, comment les rôles sont distribués.
L’équipe de recherche ne se contente pas d’écouter.
Elle conclut : ce ne sont pas des exercices théoriques.
Ce sont des entraînements en vue d’un passage à l’acte réel.
Le document décrit une attaque simultanée, multi-domaines — terre, mer, air — visant à briser la division de Gaza, pénétrer profondément en territoire israélien, frapper des localités, désorganiser totalement le dispositif militaire.
Ce n’est plus du terrorisme classique.
C’est une manœuvre quasi étatique.
Pourquoi « Mur de Jéricho » ?
Le nom ne vient pas du Hamas.
Les matériaux analysés s’ouvrent sur un verset de la sourate Al-Ma’ida, appelant les croyants à entrer par la porte et à vaincre.
Un officier israélien, au profil religieux, y voit immédiatement un parallèle biblique :
les explorateurs, Moïse, l’entrée en Terre d’Israël, la conquête de Jéricho.
C’est ainsi que le plan reçoit son nom : Mur de Jéricho.
Un nom israélien.
Attribué par les analystes eux-mêmes.
Un tournant stratégique ignoré
Jusqu’alors, Tsahal connaissait les raids du Hamas.
Des infiltrations localisées.
Des tunnels.
Des attaques ponctuelles.
Mur de Jéricho change tout.
Il ne s’agit plus de frapper un poste ou un kibboutz isolé.
Il s’agit de submerger une région entière, de coordonner des milliers de combattants, d’ouvrir simultanément des centaines de positions de tir, d’engager des unités d’élite, des drones, des parapentes, un commando maritime.
C’est une bascule doctrinale.
Le Hamas ne se comporte plus comme une organisation terroriste.
Il agit comme une force militaire organisée cherchant à conquérir du territoire.
Le plan remonte la chaîne de commandement
Le document arrive dans les mains de la division Gaza.
Il est étudié.
Structuré.
Mis en forme.
Les analystes vont voir leur commandant :
« Il y a ici quelque chose de majeur. Ce n’est pas un scénario parmi d’autres. »
La décision est prise de le présenter :
- au commandement Sud,
- puis au chef du renseignement militaire.
Le plan est exposé.
Les cartes sont là.
Les capacités sont détaillées.
Et pourtant…
« Ce n’est pas réaliste »
La réaction est brutale.
Un haut responsable du renseignement tranche :
Ce n’est pas un plan concret.
C’est une vision idéologique.
Une construction théorique.
Un outil de construction de force, pas une menace opérationnelle.
L’argument clé tombe ensuite, implacable :
Ils n’ont pas la capacité de coordonner une telle opération.
Et s’ils l’avaient, nous le saurions.
C’est la phrase fatale.
Le plan est reclassé.
Défini comme un simple « compas » pour le long terme.
Et rangé.
Une confirmation… suivie du silence
Quelques mois plus tard, un autre sommet hiérarchique est saisi du dossier.
Là, le diagnostic est différent — et précis :
si une telle attaque devait réussir, ce ne serait que par surprise absolue, par bascule instantanée de la routine à l’urgence.
Des directives sont données :
- affiner la collecte,
- surveiller les signaux critiques,
- préparer des réponses opérationnelles.
Sur le papier, tout est clair.
Dans les faits : rien ne se passe.
Aucune préparation structurelle.
Aucune réévaluation stratégique.
Aucune remise en question de la lecture dominante.
Le piège de la certitude
Ce qui ressort du témoignage est glaçant.
Le système ne s’effondre pas par ignorance.
Il s’effondre par excès de confiance.
Les capacités du Hamas sont connues.
Les signaux existent.
Les pièces du puzzle sont là.
Mais le cadre mental refuse de les assembler.
Même lorsque des indicateurs concrets apparaissent — mouvements inhabituels, activations de capacités, préparatifs synchronisés — ils ne sont pas lus à la lumière du plan global.
Le document qui aurait dû servir de clé de lecture est resté dans un tiroir.
Après le choc : des enquêtes sans les vraies questions
Après le désastre, des enquêtes sont lancées.
« Mur de Jéricho » apparaît dans les présentations.
Dans des chronologies.
Dans des diapositives.
Mais, selon Oren Solomon, les questions essentielles ne sont pas posées :
- Qui a décidé de minimiser ce plan ?
- Sur quelle base ?
- Pourquoi les alertes n’ont-elles pas été traduites en préparation réelle ?
- Où s’est brisée la chaîne de responsabilité ?
Le document est mentionné… puis dépassé.
Pour lui, c’est une faute grave.
Non par malveillance.
Mais par refus d’affronter les erreurs structurelles.
Dire pour protéger, pas pour détruire
Oren Solomon le répète avec force :
il ne parle pas pour affaiblir Tsahal.
Il parle par loyauté.
Parce que l’armée israélienne est l’armée des citoyens.
Parce que les enfants des Israéliens y servent.
Parce que la sécurité nationale exige une vérité complète, même inconfortable.
Se taire serait plus facile.
Parler est un risque.
Mais ne pas apprendre serait une faute impardonnable.
Mur de Jéricho n’était pas une hypothèse
Ce n’était pas un fantasme.
Ce n’était pas un exercice.
C’était un plan d’attaque réel, documenté, analysé, compris — puis neutralisé par la certitude que « cela ne peut pas arriver ».
L’histoire a montré le prix de cette certitude.
© David Germon
