Tribune Juive

« Palestine 36 »… Je n’oublie pas, Annemarie Jacir. Par Nicolas Carras

Izz al-Din al-Qassam, prédicateur syrien installé à Haïfa dans les années 1920, n’est pas une figure secondaire mais l’une des matrices idéologiques les plus dures du conflit moderne.

Ancien combattant contre les Français, il transpose en Palestine une vision religieuse de la guerre totale où la présence juive n’est pas un problème politique négociable mais une profanation à éradiquer, et il organise dès le début des années 1930 de petites cellules clandestines recrutées parmi les paysans pauvres, qu’il endoctrine par des sermons enflammés mêlant islam rigoriste, humiliation sociale et nationalisme arabe naissant.

Ses groupes attaquent des routes, des fermes, des quartiers juifs, assassinent des civils isolés ; on estime que plusieurs dizaines de Juifs sont tués directement par ses réseaux avant 1935, sans compter les blessés et l’instauration d’un climat de terreur quotidienne.

Sa mort lors d’un accrochage avec les Britanniques en novembre 1935 le transforme en martyr fondateur et sert d’étincelle à la Grande Révolte arabe de 1936-1939, soulèvement qui se réclame explicitement de lui : milices « qassamites

», diffusion de ses prêches, sacralisation du meurtre présenté comme jihad.

Durant ces trois années, environ quatre à cinq cents Juifs, très majoritairement des civils non armés — ouvriers, familles de kibboutz, voyageurs dans des bus, commerçants des villes mixtes — sont assassinés, des milliers sont blessés, des vergers et des maisons détruits, certaines zones connaissent de véritables purifications locales, prolongeant les massacres antérieurs comme celui d’Hébron en 1929.

Al-Qassam n’est donc pas seulement un chef de bande parmi d’autres : il introduit en Palestine la logique moderne du terrorisme religieux, fait du Juif une cible métaphysique et non un adversaire politique, et lègue une grammaire de violence que reprendront plus tard les mouvements islamistes, au point que le Hamas donnera son nom à ses brigades et à ses roquettes.

Son héritage tient moins au nombre exact de victimes qu’à la rupture morale qu’il installe : l’idée que tuer des civils juifs est un acte légitime, presque sacré, socle idéologique d’une guerre sans compromis dont les effets humains, de 1936 à aujourd’hui, se comptent en milliers de vies brisées.

Et surtout il a fait école, au sens presque littéral : son nom traverse tout le XXᵉ siècle palestinien comme une signature idéologique que personne n’ose contester publiquement.

Même Mahmoud Abbas, censé incarner une ligne « modérée », l’a cité à plusieurs reprises comme un symbole de résistance légitime ; rues, places, écoles portent son nom, et l’Autorité palestinienne comme le Hamas le présentent comme un père fondateur.

Cette vénération prouve que ce n’est pas un courant politique rationnel qui a triomphé mais bien le fanatisme religieux armé, devenu norme morale : l’homme qui prêchait l’extermination du Juif civil est célébré comme un héros national, enseigné aux enfants, inscrit dans les manuels.

Et la violence qu’il a libérée ne s’est pas limitée aux Juifs : ses réseaux ont aussi assassiné des Arabes accusés de « collaboration », des notables refusant la guerre totale, des paysans réticents à rejoindre les bandes, inaugurant une terreur intra-palestinienne qui a décapité toute possibilité de société civile.

À partir de lui, le débat disparaît, la politique devient tribunal religieux, la loyauté se mesure au sang versé ; c’est cette logique qui finira par dominer tout le mouvement national arabe en Palestine, écrasant les voix pragmatiques, et transformant une querelle territoriale en croisade sacrée dont l’héritage continue de dicter le présent.

© Nicolas Carras

Nicolas Carras – Créateur (vidéo – son – photo), artiste, poète
https://nicolascarras.wordpress.com/

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