Au lendemain du 7 octobre, une ligne discursive s’est rapidement imposée dans l’espace médiatique occidental :
celle qui consiste à englober l’événement et sa réponse dans une même phrase morale, au risque d’en effacer la hiérarchie.
Delphine Horvilleur s’inscrit clairement dans ce registre.
Dans un entretien accordé à Charlie Hebdo le 7 janvier 2026, elle déclare :
« Depuis les massacres du 7 octobre et les représailles israéliennes sur Gaza et sur sa population civile, […] la grande difficulté qu’il y a aujourd’hui à parler d’antisémitisme, de judéité et d’Israël. »
La formulation est révélatrice.
Sans nier explicitement le massacre, elle associe immédiatement l’acte terroriste fondateur et la réponse militaire israélienne dans une même séquence morale, comme deux éléments équivalents d’un même problème discursif.
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Une équivalence implicite, mais lourde de conséquences
Ce type de phrase ne dit jamais frontalement « Tout se vaut ».
Il fait pire : il le suggère, en neutralisant la causalité.
• Le pogrom devient un élément parmi d’autres.
• La riposte devient un événement de même nature discutable.
• La responsabilité s’efface derrière la complexité.
Ce n’est pas une analyse stratégique.
Ce n’est pas une exigence juridique.
C’est une mise en équivalence morale par la syntaxe.
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Quand la parole juive devient conforme
Cette posture n’est pas marginale.
Elle est attendue, valorisée, récompensée médiatiquement.
Car elle permet :
• de condamner sans nommer,
• de compatir sans choisir,
• et surtout de demander à Israël ce que l’on n’exige jamais des bourreaux : la retenue morale immédiate.
Le judaïsme y est convoqué non comme peuple attaqué,
mais comme ressource éthique universelle, sommée d’appeler au calme quand ses morts ne sont pas encore enterrés.
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Conclusion
En associant explicitement, dès la première phrase, les massacres du 7 octobre et les représailles israéliennes, Delphine Horvilleur ne produit pas un discours de sagesse.
Elle reconduit la pensée dominante, celle qui transforme la légitime défense en problème moral et le terrorisme en élément de contexte.
Ce n’est pas une parole courageuse.
C’est une parole conforme.
Et c’est précisément pour cela qu’elle est si largement applaudie.
© Paul Germon
