Il est des chercheurs que l’on critique.
Et puis il y a ceux que l’on attaque, disqualifie, excommunie — non parce qu’ils se trompent, mais parce qu’ils dérangent trop.
Bat Ye’or appartient sans conteste à cette seconde catégorie.
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Une historienne d’envergure, pas une polémiste de salon
Bat Ye’or n’est ni une militante improvisée, ni une essayiste d’humeur.
C’est une historienne de fond, de textes, d’archives, de droit. Une femme qui travaille sur ce que les sociétés ont écrit d’elles-mêmes, non sur ce qu’elles aiment raconter a posteriori.
Ses livres reposent sur :
• le droit islamique classique,
• les traités de protection accordés aux minorités,
• les chroniques musulmanes, ottomanes et arabes,
• les archives diplomatiques européennes.
Autrement dit : sur les sources que ses détracteurs n’ouvrent jamais, mais qu’ils dénoncent avec une assurance d’autant plus grande qu’elle est ignorante.
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La dhimmitude : une vérité documentée, pas une opinion
Avec Le Dhimmi, Bat Ye’or accomplit ce que peu d’historiens ont osé avant elle :
décrire froidement un système juridique d’infériorité statutaire, sans l’excuser, sans l’enjoliver, sans le relativiser.
Elle ne parle ni de coexistence idyllique, ni de génocide permanent.
Elle parle d’un ordre légal :
• hiérarchisé,
• discriminatoire,
• humiliant par principe,
• protecteur uniquement tant que la soumission est acceptée.
Cette précision est insupportable à ceux qui vivent d’amalgames inversés :
ils ne supportent pas qu’on refuse à la fois le déni et la caricature.
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Des détracteurs plus moraux que savants
Qui critique Bat Ye’or aujourd’hui ?
Rarement des historiens de terrain.
Le plus souvent :
• des commentateurs sans sources,
• des universitaires plus militants que chercheurs,
• des journalistes incapables de citer une page précise de ses livres,
• ou des idéologues pour qui toute vérité non conforme est “suspecte”.
Leur méthode est connue :
• ne pas réfuter,
• ne pas discuter,
• disqualifier.
On ne démontre pas qu’elle a tort :
on suggère qu’elle serait « orientée », « obsessionnelle », « dangereuse ».
Autrement dit : on attaque la personne faute de pouvoir atteindre le travail.
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Eurabia : quand la lucidité devient un crime
Avec Eurabia, Bat Ye’or franchit une frontière supplémentaire :
elle montre que l’aveuglement n’est plus seulement historique, mais politique.
Elle documente :
• les accords euro-arabes,
• la complaisance idéologique,
• le renoncement culturel sous couvert de dialogue,
• la transformation de la faiblesse en vertu.
Là encore, la réaction est révélatrice :
on ne démonte pas ses archives,
on hurle à l’intention cachée.
Ce réflexe dit tout :
ceux qui accusent Bat Ye’or d’idéologie ne supportent pas que quelqu’un décrive la leur.
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Une femme libre, donc insupportable
Bat Ye’or est insupportable parce qu’elle :
• ne demande pas la permission,
• ne pratique pas la repentance rituelle,
• ne s’excuse pas d’exister,
• et n’adapte pas ses conclusions à l’air du temps.
Elle rappelle une chose devenue obscène :
les minorités ont une mémoire, et cette mémoire ne disparaît pas parce qu’elle gêne.
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Conclusion
Bat Ye’or restera.
Ses détracteurs passeront.
Car l’histoire se souvient des chercheurs courageux,
et oublie les censeurs moralisateurs.
On peut discuter Bat Ye’or.
On peut la nuancer.
Mais on ne peut plus sérieusement la réduire.
Et c’est précisément pour cela qu’on la combat avec tant de fébrilité :
elle a écrit ce qui ne devait pas l’être — et elle l’a écrit avec des preuves.
Comment on « réfute » Bat Ye’or sans la lire
Les critiques adressées à Bat Ye’or obéissent presque toutes au même schéma.
Un schéma si répétitif qu’il mérite d’être décrit comme un objet d’étude en soi.
1. L’absence de réfutation textuelle
Premier fait frappant :
les critiques de Bat Ye’or citent rarement ses textes.
- Pas de pages.
- Pas de chapitres.
- Pas de références précises aux sources qu’elle mobilise.
À la place, on trouve des formules vagues :
« vision essentialiste »,
« lecture orientée »,
« approche idéologique ».
Autrement dit : des qualificatifs sans démonstration.
Ce qui, en histoire, n’est pas une critique, mais un aveu d’impuissance.
2. La fuite devant le droit
Bat Ye’or travaille principalement sur :
- le fiqh (droit islamique),
- les statuts juridiques,
- les traités de protection,
- les normes différenciées selon l’appartenance religieuse.
Or ses détracteurs déplacent presque toujours le débat vers :
- la sociologie contemporaine,
- l’intention morale supposée,
- ou la comparaison avec d’autres systèmes d’oppression.
Pourquoi ?
Parce que le droit est têtu.
Il dit noir sur blanc ce que le récit irénique voudrait dissoudre dans des généralités culturelles.
Et sur ce terrain-là, Bat Ye’or est inexpugnable.
3. Le procès en intention comme méthode académique
Faute de démontrer une erreur factuelle, on recourt au soupçon moral :
- « Elle écrit depuis une position d’exil »
- « Son vécu influencerait son regard »
- « Son œuvre serait marquée par un traumatisme »
Mais depuis quand l’expérience invalide-t-elle l’analyse historique ?
Faut-il disqualifier :
- les historiens arméniens du génocide ?
- les historiens juifs de la Shoah ?
- les dissidents soviétiques de l’histoire du communisme ?
Ce raisonnement est intellectuellement indigne.
Il consiste à dire : vous avez trop vécu pour avoir raison.
4. L’argument du « Tout le monde faisait pareil«
Autre échappatoire classique :
relativiser la dhimmitude en invoquant les persécutions ailleurs, à d’autres époques.
Mais Bat Ye’or ne nie rien de cela.
Elle affirme autre chose, beaucoup plus précis :
👉 la dhimmitude n’est pas une violence ponctuelle, mais un statut juridique permanent.
Comparer n’annule pas le fait.
Cela le contourne.
5. Ce que ses critiques ne supportent pas vraiment
Au fond, Bat Ye’or ne dérange pas parce qu’elle serait inexacte,
mais parce qu’elle désorganise un récit devenu confortable :
- celui d’une tolérance islamique structurelle,
- d’une Europe moralement fautive par essence,
- et de minorités sommées d’oublier leur propre histoire.
Elle rappelle une évidence devenue subversive :
👉 l’histoire n’est pas un outil de réparation morale, mais un champ de vérité.
Conclusion du démontage
On peut discuter Bat Ye’or.
Mais encore faut-il la lire, la citer, la contredire sur pièces.
Ce que beaucoup de ses détracteurs refusent de faire,
parce qu’ils savent qu’alors le débat ne serait plus moral,
mais historique.
Et sur ce terrain-là,
la posture s’effondre quand le texte résiste.
© Paul Germon
