Une journée passée hier chez Bat Ye’Or, en Suisse, suffit: il faut convoquer Ayn Rand. La première a démasqué la morale de l’asservissement ; la seconde en a révélé l’architecture.
Si Ayn Rand et Bat Ye’Or ont été méthodiquement disqualifiées, ce n’est ni par erreur ni par excès polémique, mais par nécessité idéologique. Universités occidentales, grandes rédactions, féminisme institutionnel : tous avaient besoin de les faire taire. Ayn Rand parce qu’elle pulvérisait la morale sacrificielle dont vivent les clercs progressistes ; Bat Ye’Or parce qu’elle a documenté, sources à l’appui, le système de soumission que ces mêmes clercs se sont empressés de rebaptiser « dialogue », « vivre-ensemble » ou « paix ». Les ostraciser était vital : elles rendaient visible ce que l’Occident s’acharne à ne plus nommer.
Les institutions qui ont disqualifié Ayn Rand et Bat Ye’Or ont des noms. En France : Sciences Po, l’EHESS, l’université Paris-VIII, leurs satellites idéologiques et leurs revues. Dans le monde anglo-saxon : le Guardian, le New York Times, la BBC, les grandes presses « de référence ». Partout, le même réflexe : caricaturer, pathologiser, moraliser. Ayn Rand réduite à une icône « néolibérale » dangereuse ; Bat Ye’Or rangée sous l’étiquette infamante de « théorie complotiste ». Le procédé est identique : éviter le débat de fond en criminalisant la pensée. Ces institutions ne se sont pas trompées. Elles ont choisi.
Le plus obscène est venu du féminisme institutionnel. Celui qui se prétend émancipateur mais ne tolère aucune femme qui pense hors de sa morale officielle. Ayn Rand, femme radicalement libre, refusant la victimisation comme identité politique, devait être excommuniée. Bat Ye’Or, femme juive, érudite, démontrant que la soumission peut être un système et non une “rencontre culturelle”, devait être détruite symboliquement. Ce féminisme-là ne libère pas : il discipline. Il ne protège pas les femmes : il protège un récit. Il ne combat pas la domination : il choisit lesquelles sont acceptables.
Le réel a tranché. Djihadisme mondialisé, pogroms du XXIᵉ siècle, capitulations morales des universités occidentales, justifications médiatiques de la violence dès lors qu’elle se pare du vocabulaire de l’« opprimé ». Tout ce que Bat Ye’Or a décrit est désormais visible. Tout ce qu’Ayn Rand a dénoncé — la morale du sacrifice, l’éloge de la faiblesse, la haine de la souveraineté individuelle — structure désormais le discours dominant. Ce n’est pas leur radicalité qui pose problème aujourd’hui : c’est leur clairvoyance. Elles n’étaient pas excessives. Elles étaient en avance. Regardez-y bien: Leurs diagnostics décrivent le monde tel qu’il est.
L’histoire intellectuelle occidentale devra un jour répondre d’une faute : avoir traité Ayn Rand et Bat Ye’Or comme des parias quand elles faisaient leur travail de penseuses. Elles n’ont ni attisé la haine ni cultivé la peur ; elles ont nommé des mécanismes que d’autres avaient intérêt à dissimuler. Ayn Rand a refusé que la morale serve d’arme contre la liberté. Bat Ye’Or a refusé que le déni se fasse passer pour la paix. Leur honneur a été confisqué parce qu’elles rendaient impossible le mensonge confortable. Le leur restituer aujourd’hui n’est pas un geste mémoriel, c’est un acte de lucidité. Elles n’étaient pas du mauvais côté de l’Histoire : elles étaient du côté de la vérité — celui que l’Occident a choisi de fuir.
Ayn Rand et Bat Ye’Or n’ont pas été disqualifiées parce qu’elles avaient tort, mais parce qu’elles avaient raison trop tôt. Restituer leur honneur, c’est refuser de se taire à notre tour. C’est rappeler que la vérité n’a pas besoin d’autorisation institutionnelle. Et que les civilisations ne tombent pas seulement sous les coups de leurs ennemis, mais sous la lâcheté très respectable de leurs gardiens.
© Sarah Cattan
