Tribune Juive

Vincent Lemire, ce refusnik de la censure israélienne. Par Yana Grinshpun

L’historien Vincent Lemire s’est vu refuser l’accès à l’État d’Israël le 12 janvier. Fidèle à ses réflexes, il s’en est aussitôt plaint sur son compte X, relayant un article du journal « Haaretz », comme on brandit une preuve à charge. La décision a ensuite été révoquée par les autorités israéliennes — information que l’historien s’est empressé de relayer, toujours sur X, cette fois-ci avec une satisfaction à peine dissimulée.

L’accusation confine au ridicule. Accuser un État de censure après avoir obtenu son autorisation d’entrée relève moins de l’analyse politique que de la gymnastique rhétorique. Plus révélateur encore est le spectacle d’un État démocratique qui respecte la liberté d’expression au point d’autoriser l’accès à son territoire à certains de ses ennemis idéologiques les plus acharnés, leur offrant sans restriction tribunes médiatiques, plateaux de télévision et amphithéâtres universitaires pour y réciter, en toute quiétude, des discours visant à sa délégitimation. Israël pousse la liberté d’expression jusqu’au paradoxe, voire jusqu’à l’autosabotage.

Les justifications que Vincent Lemire diffuse urbi et orbi ne sont pas simplement discutables : elles sont éthiquement irrecevables. Plus encore, elles relèvent d’une malhonnêteté assumée.

Si l’État d’Israël a initialement interdit l’accès à cet historien, ce n’était ni par caprice ni par autoritarisme, mais en raison de ses écrits à caractère propagandiste, de la désinformation continue qu’il propage sur son compte X et des contre-vérités répétées qu’il assène avec aplomb sur les plateaux télévisés.

À cela s’ajoutent ses accointances avec l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), structure militante au sein de laquelle il a donné des conférences accusant Israël de génocide et d’apartheid. Cette association s’inscrit dans une entreprise idéologique parfaitement structurée, cohérente et persistante de délégitimation systématique de l’État d’Israël. Dans ses publications, Israël devient un « camp d’extermination » et les soldats israéliens sont accusés « d’enlever les enfants palestiniens », accusations graves répétées sans la moindre rigueur. Sur le plan doctrinal, l’AFPS confère une légitimité explicite à la lutte armée palestinienne, pudiquement rebaptisée « libération ». Elle est même allée jusqu’à demander à l’ONU de retirer le Hamas et le FPLP de la liste des organisations terroristes – détail rarement mentionné dans les présentations médiatiques indulgentes.

Mais surtout, l’AFPS se distingue par un activisme central dans les campagnes BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). Elle appelle au boycott des produits israéliens ainsi que des institutions culturelles, universitaires et sportives israéliennes. Or, le mouvement BDS est interdit en Israël. Un individu qui accuse publiquement Israël de génocide et d’apartheid lors de ses conférences ne fait donc rien d’autre que servir de caisse de résonance à ces campagnes, tout en feignant de s’en étonner.

Depuis le 7 octobre, Vincent Lemire multiplie tribunes, articles et apparitions publiques, contribuant activement à l’alimentation des discours antijuifs contemporains par l’usage mécanique de termes tels que « apartheid », « épuration ethnique » ou par une obsession lexicale autour du mot « génocide ». Il publie notamment des articles alarmistes sur une prétendue famine à Gaza, alors même que l’aide humanitaire entre dans l’enclave par centaines de camions. Il convient de rappeler — contre la rhétorique — que le rapport de l’ONU « Famine Review Committee: Review of the Famine Early Warning Systems Network IPC-Compatible Analysis for the Northern Governorates of the Gaza Strip » (2024) a dû admettre que cette affirmation était infondée.

Le 18 septembre 2024, sur le plateau de C Soir, Vincent Lemire a franchi un seuil supplémentaire en défendant la position du Hezbollah. Il a osé comparer l’opération des bipeurs au massacre du 7 octobre, qualifiant cette opération d’« inconcevable », établissant ainsi une équivalence morale qui dit tout de son logiciel idéologique.

Dans l’émission « C l’hebdo » du 4 avril 2024, Lemire cite Rima Hassan comme une « grande juriste internationale ». Il omet toutefois de préciser que cette dernière a défendu les positions du Hamas, appelé ouvertement à la destruction de l’État d’Israël, incité à la violence contre les « sionistes » et accusé les Israéliens de dresser des chiens pour violer des Palestiniens. Une omission, sans doute, mais révélatrice.

L’émission du 16 juin 2023 sur RFI, consacrée à un projet initié par Lemire, révèle que celui-ci en a assuré la présentation à Gaza et à l’université de Bir Zeit, à Ramallah. Or, cette université est gouvernée par le Hamas depuis 2022, et seuls les individus validés par cette organisation terroriste peuvent y accéder. Depuis 2014, les Juifs y sont officiellement interdits d’accès. Cette même année, l’université de Bir Zeit a produit un rapport destiné aux juristes internationaux. Les accusations, la diabolisation et la délégitimation d’Israël qui y figurent s’inscrivent explicitement dans la continuité de la « stratégie de Durban », programme de guerre politique issu de la conférence de Durban de l’ONU en 2001. Un historien qui présente son travail dans une université judenrein ne peut sérieusement prétendre ignorer ce cadre idéologique.

Ces derniers mois, Vincent Lemire a également appelé à la libération du terroriste Marwan Barghouti, allant jusqu’à le comparer à Nelson Mandela — comparaison devenue un passage obligé du lexique militant. Or, Marwan Barghouti n’a jamais été emprisonné pour délit d’opinion. Il a été condamné par un tribunal civil israélien pour cinq meurtres et une tentative de meurtre, sur la base de preuves détaillées établissant son implication directe dans des attentats menés par des opérateurs du Tanzim placés sous son commandement. Ses victimes avaient des noms : le père Georgios Tsibouktzakis, moine grec-orthodoxe pris en embuscade sur la route Jérusalem–Jéricho ; Salim Barakat, Yoela Hen et Eli Dahan, assassinés lors de l’attentat du restaurant Seafood Market ; et Aviya Malka, vingt-et-un ans, abattue alors qu’elle faisait des achats pour sa robe de mariée.

Ces victimes disparaissent purement et simplement du récit de Vincent Lemire, historien français prompt à défendre des terroristes mais nettement moins enclin à nommer leurs morts.

Pris ensemble, ces éléments constituent des raisons largement suffisantes pour qu’un État souverain se protège de la présence sur son territoire d’un individu de cette nature.

© Yana Grinshpun

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