
Invité pour un goûter hier après-midi, par une amie médecin ( qui se reconnaîtra), nous avons parlé vocation et empathie dans notre noble profession, autour d’un thé et d’un cheesecake.
Je ne suis pas très cheesecake, en tant que séfarade je trouve que ça manque de miel et de friture.
Mon amie est ashkénaze.
…
Question vocation, j’avais une vocation littéraire.
Je rêvais de la rue d’Ulm, en Lettres Modernes, sur les traces de JP Sartre, certain d’y rencontrer ma Simone de Beauvoir.
Ma mère m’a redirigé sur la rue des St Pères :
« Tu feras Médecine. Pour les bouquins, tu verras après. »
Ma mère était une mère juive.
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Question empathie, j’ai fait de mon mieux au cours de ma carrière, mais je n’ai pas toujours été récompensé.
Au cours d’un remplacement en médecine générale, il y a fort longtemps, un samedi soir, mon dernier patient refusait de s’asseoir.
Son visage exprimait une grande souffrance.
Le diagnostic était évident : il avait une thrombose hémorroïdaire.
Je commençais à me former en chirurgie, et plutôt que de l’envoyer aux Urgences, par empathie, je lui ai gentiment ( si l’on peut dire ) incisé sa thrombose, provoquant un soulagement immédiat.
Lundi matin, coup de fil du médecin que je remplaçais.
Je m’attendais à de chaleureuses félicitations pour mon exploit hémorroïdaire.
« Qu’est-ce que t’as foutu samedi ? T’as salopé ma moquette neuve avec du sang !! »
J’ai incisé une thrombose. Désolé, j’ai pas fait attention, ça a dû un peu couler à côté…
« Ouais. Ben, la prochaine fois tu l’envoies aux Urgences, la thrombose. »
Être empathique ne suffit pas, il faut aussi travailler proprement.
…
Avant de partir, mon amie ( c’est aussi une mère juive), m’a donné le reste du cheesecake dans un Tupperware.
Je l’en remercie, il était très bon.
Après le yiddish, le cheesecake.
Mon tropisme ashkénaze se renforce.
© Daniel Sarfati
