Tribune Juive

Gaza : philanthropes en tongs, influenceurs en Rolex. Par Jean Vercors

À Gaza, on croyait que les bombes tombaient du ciel. En réalité, c’est l’argent qui pleuvait… surtout dans les poches de quelques influenceurs humanitaires au marketing larmoyant.

Ils promettaient des colis, ils envoyaient des stories. Ils jurèrent des hôpitaux, ils livrèrent des selfies. La guerre, c’est terrible ; mais la guerre, c’est aussi un business — surtout quand PayPal et TikTok servent d’artillerie lourde.

Depuis des mois, des « collectes d’urgence » surgissaient comme des champignons après la pluie :

“Pour les orphelins !”, “Pour les hôpitaux !”, “Pour la résistance, euh… la nourriture !”

Bref, de quoi émouvoir le monde entier — et émouvoir beaucoup moins le destinataire.

Car voilà que les Gazans découvrent médusés que certains de leurs champions numériques ont confondu aide humanitaire avec aide personnelle. Rien de tel qu’un conflit pour se découvrir une vocation : philanthrope le matin, trader l’après-midi, influenceur le soir.

Pendant que les donateurs occidentaux versaient des larmes et des euros, leurs “représentants sur le terrain” investissaient dans des téléphones Iphone dernier cri, des sneakers rarissimes et — pour les plus ambitieux — des appartements avec vue. À Gaza, la spéculation immobilière avance plus vite que les cessez-le-feux.

Mais ne soyons pas injustes : le détournement de fonds, c’est une grande tradition locale et internationale. On a vu ça en Syrie, en au Liban, en Afghanistan… la planète carbure à la générosité et certains à la commission. À Gaza, on innove : on a remplacé l’ONG par l’influenceur, plus moderne, plus photogénique, moins contrôlé.

Le plus piquant, c’est la réaction locale :

“On croyait qu’ils aidaient le peuple, ils ont surtout aidé leur garde-robe.”

Là encore, le business modèle est imparable : pas de frais de logistique, pas de douane, pas d’entrepôt, zéro complication. De la philanthropie 3.0, optimisée SEO.

Moralité ? On n’a pas fini de découvrir que la guerre ne fait pas que des morts, elle fait aussi des millionnaires.

Et parfois, ce sont les mêmes qui tiennent la caméra.

Un nouveau reportage de la chaîne israélienne Kan News relate l’histoire de Madi, un habitant du nord de la bande de Gaza devenu riche pendant la guerre grâce à des campagnes de financement qui ont permis de récolter des millions de dollars.

Madi publiait des vidéos où on le voyait distribuer l’argent qu’il avait collecté. En réalité, il empochait les fonds et les vidéos étaient mises en scène. « Il est très proche du Hamas et a même été un agent au sein de l’organisation, ce qui lui permet de continuer à collecter des fonds et d’empocher jusqu’à un demi-million de dollars à chaque fois. Grâce à la guerre, il possède désormais deux maisons et plusieurs voitures », ont rapporté des Gazaouis.

Un autre exemple est celui de l’influenceur Saleh al-Jafarawi, tristement célèbre pour s’être filmé en train de célébrer le massacre du 7 octobre et qui est mort pendant la guerre. Durant le conflit, il avait collecté des millions de dollars pour un hôpital dans la bande de Gaza, argent qui n’est jamais parvenu à destination.

© Jean Vercors

Quitter la version mobile