Tribune Juive

Minuit moins cinq à Téhéran. Par Jean-Marcel Bouguereau

Le bain de sang a commencé en Iran, où les forces de police tirent à balles réelles sur une foule qui ne cesse d’enfler et se répand à travers le pays comme un immense fleuve de colère. Comme à chaque fois, la répression est d’une sauvagerie sans limites et les morgues commencent à déborder. L’issue est incertaine, constate dans « Libération » la cinéaste iranienne Sepideh Farsi, exilée à Paris, qui salue le courage immense des Iraniens et invite à relayer leur combat pour en finir avec le régime des Mollahs.

Après 47 ans d’une dictature théocratique implacable, qui humilie les femmes, pend sa jeunesse rebelle à des grues de chantier, enferme et torture une avocate défenseure des droits de l’homme, Prix Nobel de la Paix, détourne l’argent du pétrole et s’obsède à vouloir rayer Israël de la carte, vers quoi le mouvement en cours va-t-il basculer ?

Mais cette fois, nouvelle donne, Trump menace d’intervenir. Le président américain répète depuis plusieurs jours qu’il « frappera très durement » les chefs iraniens s’ils continuent à tuer les manifestants et selon le « New-York Times », « il étudie les options militaires ».

Il est vrai qu’en portant le coup de grâce à l’Iran des Mollahs, Donald Trump entrerait plus sûrement dans l’histoire comme bienfaiteur de l’humanité qu’avec son intervention au Vénézuéla, plus dictée par la prédation pétrolière que par le droit des peuples. D’après le « Wall Street Journal », l’une de ces options serait « une frappe aérienne de grande envergure contre plusieurs cibles militaires iraniennes ». Cependant, « aucun consensus n’a été trouvé quant à la marche à suivre et aucun matériel ni personnel militaire n’a été déployé en vue d’une telle frappe ».

Dans une intervention pathétique au regard de la gravité de la situation, le président iranien Massoud Pezeshkian, évoquant « la guerre de 12 jours », c’est-à-dire les frappes américaines et israéliennes de juin dernier, accusait hier, selon le discours habituel, « les ennemis de l’Iran, des terroristes liées à des puissances étrangères » de « semer le chaos et le désordre dans la pays en ordonnant des émeutes».

L’Iran a menacé hier Israël et les bases américaines au Moyen-Orient de représailles en cas d’intervention militaire des Etats-Unis contre la République islamique.

« Nous espérons tous que la nation perse sera bientôt libérée du joug de l’oppression », a déclaré hier le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, ajoutant que, « lorsque le régime tombera, nous ferons ensemble de bonnes choses pour les deux peuples ».

L’Iran écrit son histoire et le moment de bascule arrive : « En apnée, je bascule de l’angoisse à l’espoir. Car pour l’Iran tout est possible », écrit la cinéaste iranienne en exil, Sepideh Farsi.

Il est minuit moins cinq à Téhéran.

© Jean-Marcel Bouguereau

Depuis 1991, Jean-Marcel Bouguereau signe l’éditorial de « La République des Pyrénées ». Un exercice dont ne se lasse pas l’ancien rédacteur en chef de « Libération »

Crédit Photo © Nicolas Sabathier.

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