Tribune Juive

Mahmoud Abbas : chef d’État ou gardien de musée? Par Jean Vercors

Félicitations — si l’on peut employer ce mot — au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui entame aujourd’hui la 21ᵉ année de son mandat… initialement prévu pour quatre ans. Un exploit institutionnel qui ferait pâlir de jalousie nombre de régimes autoritaires et qui rappelle la plasticité admirable de certaines constitutions lorsqu’elles sont interprétées par ceux qui les dirigent.

Depuis 2005, l’Autorité palestinienne navigue dans un entre-deux étrange : pas de véritable transition démocratique, pas d’élections présidentielles renouvelées, et une légitimité de plus en plus fragile. Pendant ce temps, la population, elle, endure une crise économique chronique, l’absence de perspectives politiques et le poids écrasant des querelles internes.

Il y a également cette image — abondamment relayée par des critiques d’Abbas — d’une résidence luxueuse, souvent estimée dans les médias et par ses adversaires à plusieurs millions de dollars, supposément financée en partie par l’assistance internationale. Qu’il s’agisse d’exagération polémique ou d’un symbole réel d’iniquité, le contraste reste saisissant : un « homme du peuple » à la tête d’un mouvement né de la lutte, qui vit aujourd’hui comme un chef d’État bien établi, entouré de privilèges et de faste.

Le plus grave n’est pourtant pas le marbre ni les lustres : c’est l’atonie politique qu’incarne Abbas. À force de temporiser, de repousser les échéances démocratiques et de gérer le statu quo, il s’est érigé en gardien d’un ordre qui n’en est pas un. Là où l’on attendait une vision, il a offert une gestion. Là où l’on espérait une stratégie, il a servi une permanence sans horizon.

Pendant ce temps, la cause palestinienne s’étiole sur la scène internationale, prise entre l’incurie institutionnelle à Ramallah et les radicaux de Gaza. Chaque année qui passe rend plus difficile l’idée même d’un État palestinien souverain, cohérent et démocratiquement légitimé.

Le destin ne s’écrit pas avec des mandats éternels. Une autorité qui ne se renouvelle pas finit par se dissoudre — dans l’indifférence, ou pire, dans le cynisme absolu de ceux qu’elle prétend représenter. Peut-être est-ce là la plus grande tragédie politique du président Abbas : non pas d’avoir trop gouverné, mais d’avoir gouverné si longtemps sans jamais gouverner vraiment.

Mahmoud Abbas, président « temporaire » depuis 2005, vient de battre un nouveau record mondial du mandat élastique : 4 ans prévus, 21 ans servis, et aucune intention d’arrêter le buffet.

À ce stade, plus personne ne sait si on a encore un chef d’État, un gardien de musée ou un collectionneur de mandats reconduits automatiquement. On attend toujours les élections, mais elles arrivent avec la même ponctualité que le Père Noël dans un film d’horreur.

Bref : un leader qui parle de peuple et de démocratie, mais qui semble avoir une passion sincère pour le statu quo premium — édition illimitée.

© Jean Vercors
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