Tribune Juive

Lire « Le Monde » : une cécité volontaire. Par Paul Germon

Continuer à lire aujourd’hui « Le Monde » -quand on est juif notamment- n’est plus une habitude culturelle.
C’est un refus de voir.

Refus de voir qu’un journal qui se voulait de référence a cessé d’être un outil d’information pour devenir un dispositif moral.
Refus de voir qu’il ne décrit plus le réel : il le classe, le hiérarchise, l’édifie.

L’antisémitisme y est expliqué avant d’être nommé.
Contextualisé avant d’être condamné.
Presque excusé lorsqu’il provient des bonnes sociologies.
Israël, lui, n’est jamais contextualisé : il est sommé, jugé, mis en accusation morale — sans appel.

« Le Monde » ne ment pas toujours.
Il fait plus efficace : il organise l’indignation, dessine une géographie morale où certaines haines sont compréhensibles et d’autres intolérables, où certaines victimes sont audibles et d’autres suspectes.
Dans ce récit, les Juifs ne sont plus menacés : ils sont mis en cause.

Lire ce journal aujourd’hui comme hier, c’est accepter qu’on pédagogise la haine qui vous vise, qu’on moralise votre survie, qu’on soupçonne votre droit à l’autodéfense collective.

On peut encore lire « Le Monde ».
Mais seulement comme on lit un acte d’accusation qui ne dit pas son nom.

Le lire encore comme une autorité morale, quand on est juif notamment, n’est plus de la fidélité.
C’est une abdication.

© Paul Germon

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