Tribune Juive

Israël redessine le Moyen-Orient : le crépuscule d’un ancien ordre. Par Jean Vercors

Au cœur du tohu-bohu géopolitique du Moyen-Orient, quelque chose d’inédit est en train de se produire. Pour la première fois depuis des décennies, Israël n’est plus simplement en mode survie. L’État hébreu est en train de remodeler l’architecture stratégique de la région, défaisant pierre après pierre un ordre ancien fondé sur la coercition iranienne, les guerres par procuration et la politique de la peur.

Pendant longtemps, Téhéran a cru pouvoir sculpter son hégémonie régionale. Le régime des mollahs a perfectionné l’art de la « dissuasion asymétrique », s’appuyant sur le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban — des organisations reconnues comme terroristes par l’UE, les États-Unis et bien d’autres — pour menacer Israël sans engager directement son armée. Ce système a figé le statu quo, bloqué la diplomatie arabe et transformé le peuple palestinien en otage d’un agenda étranger.

Mais depuis peu, l’équation a changé. Israël a décidé qu’il n’accepterait plus de vivre dans un état permanent de chantage géostratégique. Au lieu de subir, il impose. Au lieu de réagir, il fixe les conditions. Et, ce faisant, il contraint ses adversaires — et parfois ses alliés — à redéfinir leurs calculs.

Ce renversement n’est pas seulement militaire. Il est psychologique. Les monarchies du Golfe, qui ont longtemps fait preuve de prudence, voient aujourd’hui dans Israël un pôle de stabilité et de technologie plutôt qu’un facteur d’instabilité. Les accords d’Abraham n’étaient que le début : ils annonçaient déjà une région où la normalisation devenait plus rationnelle que la confrontation.

Les Iraniens n’acceptent plus de payer la facture des guerres par procuration

Depuis plusieurs années, un phénomène s’amplifie en Iran : une partie croissante de la population ne veut plus que son pays serve de banque, d’arsenal et de diplomatie parallèle pour le Hezbollah au Liban ou pour les Terroristes palestiniens. La priorité des citoyens iraniens n’est pas l’expansion géopolitique, mais l’économie, l’inflation, l’emploi, la liberté et la dignité.

Le régime a longtemps justifié ces dépenses au nom de la « résistance » et de la lutte contre Israël. Mais ce discours est de moins en moins entendu. L’Iran a l’une des économies les plus sanctionnées du monde, une monnaie affaiblie et une jeunesse hautement formée qui rêve davantage d’innovation que de milices.

La jeunesse du Moyen-Orient, elle, observe ce glissement avec attention. Nourrie par les réseaux sociaux, le commerce et l’innovation, elle aspire davantage à l’emploi, à la dignité et à l’ouverture qu’aux guerres infinies fomentées depuis Téhéran. Le récit révolutionnaire des années 1980 s’est érodé face au pragmatisme du XXIᵉ siècle.

Si l’ancien ordre s’effondre, ce n’est pas uniquement parce qu’il a été contesté par Israël : c’est parce qu’il est devenu incapable d’offrir un futur. Le régime iranien est embourbé dans une économie étouffée, une contestation interne et une diplomatie toxique. Le Hamas et le Hezbollah ont sacrifié la prospérité locale à leur militarisme. Ceux qui prétendaient défendre leur peuple ont en réalité paralysé son destin.

L’avenir du Moyen-Orient ne sera pas déterminé par les slogans mais par la capacité à créer de la stabilité, de la croissance et des alliances. Sur ce terrain, Israël part avec une longueur d’avance et attire de nouveaux partenaires. L’Égypte, la Jordanie, les Émirats et d’autres acteurs comprennent qu’un ordre moderne passe par la coopération plutôt que par l’hostilité.

Le vieux paradigme — celui des guerres par procuration, du terrorisme transnational et de la rhétorique révolutionnaire — touche à son crépuscule. Qu’on le célèbre ou qu’on le déplore, la réalité s’impose : Israël n’est plus défini par la région – c’est la région qui commence à se définir par Israël.

Ceux qui ont sous-estimé Israël ont ignoré la réalité d’une guerre à sept fronts

Pendant longtemps, certains observateurs ont considéré Israël comme un acteur géopolitique vulnérable, obligé de réagir plutôt que d’anticiper. Ils ont cru que l’État hébreu était prisonnier de sa géographie, de son démographie et de sa diplomatie. Ils se sont trompés.

Ces derniers mois ont démontré qu’Israël a mené une guerre multidimensionnelle — en réalité, une guerre sur sept fronts :

Le front militaire immédiat : Gaza, Hezbollah, milices pro-iraniennes en Syrie, Houtis du yemen, terroristes en judeee et samarie [cis jordanie]

Le front aérien et balistique : missiles, drones et intercepteurs.

Le front cyber : attaques, sabotage, renseignement numérique.

Le front naval et commercial : mer Rouge, Bab el-Mandeb, Suez.

Le front diplomatique : Washington, Golfe, Europe, Afrique.

Le front médiatique et narratif : opinion mondiale, information, soft power.

Le front intérieur : résilience sociale, économie et innovation.

Chaque front exige ses propres doctrines, ses propres technologies et ses propres alliances. Israël a réussi à tenir ces lignes simultanément non pas parce qu’il est plus grand, mais parce qu’il est plus structuré.

La leçon est simple : dans la guerre moderne, la puissance ne se mesure plus uniquement en divisions ou en missiles, mais en coordination, en vitesse d’adaptation et en capacité à fusionner diplomatie, technologie et armée.

Ceux qui ont sous-estimé Israël l’ont fait parce qu’ils regardaient l’ancien monde — un monde où la force s’exprimait seulement sur un champ de bataille. Le XXIᵉ siècle ne fonctionne plus ainsi.‌‌

© Jean Vercors

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