
Onze ans déjà… Et je pourrai dire à ma fille que j’y étais !
Le 11 janvier 2015, suite aux attaques contre des caricaturistes (à « Charlie Hebdo »), des policiers (à Montrouge) et des juifs (à l’Hyper Cacher), avait lieu la plus grande manifestation de l’histoire de France : plus de 4 millions de personnes dans toute le pays, dont plus de 2 millions à Paris (J’y étais).
Ce jour fut le plus beau de ma vie militante.
Je pensais alors naïvement que la prise de conscience qui semblait avoir lieu dans l’esprit des Français allait perdurer et s’amplifier…
Rendez-vous compte : plus de 4 millions de personnes dans les rues de tout le pays pour dire leur attachement inconditionnel à la liberté et à la laïcité ! La plus grande manifestation de l’histoire de notre pays, d’une ampleur supérieure à celles de la Libération et de la Révolution, de l’aveu de tous les historiens ! Partout, des gendarmes, policiers et militaires chaleureusement remerciés, applaudis et acclamés ! Du jamais vu, ni avant, ni après (bien au contraire… ) !
Rien que d’y repenser aujourd’hui, j’en ai les larmes aux yeux. Et je ne peux pas revoir les photos et surtout les vidéos de l’époque sans verser une larme…
Hélas, il m’a très vite fallu déchanter, car cet état d’esprit, « l’esprit du 11 janvier » – quelle belle expression trouvée par le Premier ministre d’alors, Manuel Valls ! -, s’est rapidement évaporé…
Onze ans après, je donnerais tout pour revivre ces instants d’unité nationale, mais il semble que cette journée du 11 janvier 2015 n’ait été qu’une parenthèse, une anomalie spatio-temporelle dans une vie quotidienne des Français faite d’irresponsabilité et d’individualisme. Car depuis, comme avant, la seule chose qui semble pouvoir faire fraterniser les gens dans la rue par millions, c’est une bon parcours de l’équipe de France de football en Coupe du monde ou en Championnat d’Europe…
Et pourtant, en ce dimanche de janvier, nous étions tous ensemble et nous proclamions tous « Je suis Charlie ».
« Être Charlie », ce n’est pas apprécier inconditionnellement tous les dessins et les textes de « Charlie Hebdo » et être d’accord avec toutes les opinions des membres de sa rédaction. Non, « être Charlie », c’est affirmer haut et fort son attachement aux valeurs de la République : la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité. « Être Charlie », c’est défendre la liberté d’expression et refuser de baisser la tête face aux menaces et aux provocations de quelque totalitarisme que ce soit. « Être Charlie », c’est combattre les intégrismes religieux et en particulier le plus mortifère d’entre tous : l’islamisme.
En France, chacun est parfaitement en droit de critiquer les religions, de les dénoncer, de les tourner en dérision et même de les insulter. Ne pas avoir peur, refuser de se taire, défendre nos valeurs et nos institutions, dire notre reconnaissance aux forces de l’ordre et aux services de secours : c’est tout ça, « être Charlie ». Et c’est ça, l’esprit du 11 janvier !
Hélas, onze ans après, on peut affirmer que ce grand moment d’unité nationale était un feu de paille. Ce magnifique engouement patriotique est très vite retombé et rien ne s’est passé. Les gens sont retournés à leur petite vie superficielle et individualiste. Quant aux politiciens, ils sont retournés à leurs postures sectaires et à leurs polémiques politiciennes stériles. Dans leur immense majorité, ils ont été (et demeurent) cyniques, lâches et irresponsables.
Résultat des courses : l’islamisme, et l’obscurantisme religieux en général, ont toujours le vent en poupe.
Jje m’en veux d’avoir cru naïvement que ce grand rassemblement du 11 janvier 2015 était le début de quelque chose, que l’esprit du 11 janvier allait perdurer et s’amplifier et que les gens allaient de nouveau avoir la passion de la politique, l’amour de la République et de ses valeurs et la fierté d’être Français.
Depuis, j’espère vainement un sursaut républicain de mes concitoyens. Aujourd’hui, je me décourage et je commence à désespérer…
Pourtant, il est urgent de faire revivre l’esprit du 11 janvier et que s’affirment et s’appliquent à nouveau partout sur notre territoire les lois et les valeurs de la République.
Mais cela ne sera possible que si les Français, après cinquante années à porter à la tête du pays des individus inféodés à la mondialisation et au multiculturalisme, choisissent enfin d’élire un patriote républicain…
© Romain Tancredi
