Tribune Juive

Jafar Panahi retournera en Iran

Jafar Panahi, à nouveau condamné, confirme sa volonté de retourner en Iran : « Peu m’importe ce que les gens pensent ou comprennent de ma décision »

A Los Angeles pour la promotion de son film «Un simple accident», palme d’or à Cannes en mai, le cinéaste a réaffirmé mardi 6 janvier -comme il l’avait fait lors de son discours de réception à Cannes-, mais cette fois au magazine « Hollywood Reporter », qu’il retournerait dans son pays d’origine, malgré sa condamnation à un an de prison.

En pleine tournée pour les oscars, l’Iranien Jafar Panahi dont le film,  Un simple accident, représente la France dans la catégorie du meilleur film étranger, se livre aux interviews sans langue de bois.

Déjà plusieurs fois condamné et après avoir purgé plusieurs mois de prison avant d’être libéré en février 2023, il vient de se voir à nouveau condamner par le tribunal révolutionnaire islamique de Téhéran à un an de prison et deux ans d’interdiction de quitter le pays, ainsi qu’à une interdiction d’adhérer à des groupes ou factions politiques et sociales, ce « pour activités de propagande contre le régime ».

Panahi a toujours déclaré qu’il lui serait impossible d’imaginer vivre et travailler ailleurs qu’en Iran:  « Je travaille et j’agis vraiment en fonction de ce que je ressens et de ce que je perçois. Ce que je ressens actuellement, c’est que je connais le contexte de mon pays. Je connais la culture, la langue, la vie quotidienne. Je connais les murmures quotidiens de ce pays, de cette culture et de cette société, et c’est là que je peux travailler. Quand je sors d’Iran, je peux passer quelques jours dans une ville particulière, dans le cadre d’un festival, entouré des événements du festival, mais cela ne me donne absolument aucune compréhension, aucune connaissance de cette culture ou de cet endroit. […] Je sais simplement que j’ai ce sentiment avec l’Iran et que c’est l’endroit où j’ai accepté tous les défis et tous les prix à payer pour être moi-même. Peu m’importe ce que les gens pensent ou comprennent de ma décision. Je dois simplement être fidèle à ce que je ressens », a-t-il dès lors confirmé lors d’une interview accordée au magazine Hollywood Reporter.

Il décrit avec lucidité la situation d’autres cinéastes mis en difficulté comme lui: « Ali Ahmadzadeh était en train de tourner un film lorsque son plateau a été perquisitionné et son matériel confisqué. Il doit désormais payer chaque jour la location du matériel qu’il a loué sans pouvoir l’utiliser. Behtash Sanaeeha et sa femme, Maryam Moghadam, ont réalisé un film magnifique, « Mon Gâteau préféré », qui a été vu dans le monde entier, mais ils sont désormais interdits de sortie du territoire iranien et interdits d’exercer leur métier. Nous partageons donc tous cette souffrance et nous avons tous accepté d’en payer le prix ».

Pour rappel: longtemps interdit lui aussi de quitter le territoire iranien, Jafar Panahi a retrouvé son passeport à sa sortie de la prison d’Evin. Lors des entretiens accordés aux médias à l’occasion de la première projection officielle de son film à Cannes en sa présence, il avait déclaré à Libération : « Le système s’est effondré, que ce soit sur le plan économique, idéologique, environnemental, c‘est un échec total. Il reste une coquille vide, un corps malade qui continue de gouverner car il a l’argent et les armes. Il n’a plus aucune légitimité depuis longtemps ».

TJ avec AFP

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