Tribune Juive

Le nucléaire n’a pas échoué: c’est la France qui a renoncé au courage politique. Par Paul Germon

La France administrée n’est pas un concept.

Elle produit des ruines.

Le nucléaire français en est l’exemple le plus éclatant — et le plus accablant.

I. Une excellence industrielle incontestable, aujourd’hui effacée

Il faut commencer par un fait brut, rarement assumé dans le débat public :

La France a longtemps disposé du meilleur appareil nucléaire civil du monde.

Pas « l’un des meilleurs ».

Le meilleur.

• Parc standardisé

• Réacteurs fiables

• Coûts maîtrisés

• Sécurité élevée

• Production abondante et pilotable

• Faibles émissions de carbone

• Maîtrise complète de la chaîne industrielle

Aucun autre pays occidental ne cumulait :

• une telle cohérence industrielle,

• une telle continuité politique,

• une telle capacité de projection à long terme.

Le nucléaire français était :

• un outil de souveraineté,

• un socle industriel majeur,

• un avantage stratégique décisif.

Cette excellence n’a pas disparu par obsolescence.

Elle a été progressivement sabotée.

II. Tchernobyl : le choc, puis la terreur politique

Le point de bascule n’est ni scientifique, ni technique.

Il est psychologique et politique.

Après Tchernobyl (1986), une peur s’installe au sommet de l’État français.

Pas une peur rationnelle.

Une terreur politique.

• peur de l’opinion

• peur des médias

• peur du conflit

• peur d’assumer

• peur de dire simplement : nous continuons

À partir de là :

• le nucléaire devient un sujet électoralement dangereux,

• les responsables cessent de le défendre frontalement,

• le courage politique recule,

• l’évitement devient la norme.

Fait central, trop rarement formulé :

La France n’a jamais eu un problème majeur de sûreté nucléaire.

Elle a eu un problème de trouille politique.

Tchernobyl n’a pas détruit le nucléaire français.

La réaction des gouvernants à Tchernobyl l’a miné.

III. Quand les politiques tremblent, les technocrates gouvernent

La peur politique crée toujours un vide.

Et ce vide est immédiatement occupé.

Par qui ?

Par l’administration.

À partir de la fin des années 1980 :

• les élus n’arbitrent plus,

• les ministres se protègent,

• les présidents temporisent,

• les décisions stratégiques sont déléguées.

La filière nucléaire glisse :

• du politique vers le procédural,

• de la vision vers la conformité,

• de l’autorité vers la norme.

Les technocrates-fonctionnaires :

• ne sabotent pas volontairement,

• mais ralentissent, normativisent, judiciarisent,

• empilent règles, contre-règles et précautions,

• transforment un outil de puissance en dossier à risques.

Ce n’est pas un complot.

C’est le mécanisme classique de la France administrée.

Quand le politique n’assume plus,

l’administration paralyse.

IV. De l’excellence industrielle à l’asphyxie normative

Le nucléaire exige :

• clarté des responsabilités,

• continuité,

• autorité de décision,

• culture de chantier,

• confiance dans les ingénieurs.

L’administration produit l’inverse :

• dilution des responsabilités,

• fragmentation des acteurs,

• sous-traitance éclatée,

• judiciarisation permanente,

• irresponsabilité collective.

Résultat :

• perte des compétences,

• découragement des ingénieurs,

• disparition de la culture industrielle,

• délais devenus absurdes,

• coûts hors de contrôle.

L’EPR n’est pas l’échec d’une technologie.

C’est l’échec de la capacité à décider.

Le nucléaire n’est pas devenu trop complexe.

L’État est devenu trop lâche.

V. Le sabotage silencieux d’un avantage historique

La France disposait :

• d’une énergie souveraine,

• abondante,

• pilotable,

• décarbonée.

Elle en a fait :

• un problème,

• un fardeau,

• un sujet honteux,

• une variable d’ajustement électorale.

Aucun pays rationnel n’aurait :

• affaibli volontairement son meilleur atout industriel,

• détruit ses compétences clés,

• organisé l’incertitude permanente,

• laissé partir ses ingénieurs.

Ce sabotage n’a jamais été revendiqué.

Il a été administré.

VI. Responsabilités politiques : une chaîne continue

PrésidentNature de la responsabilité
Valéry Giscard d’EstaingDésacralisation culturelle
François MitterrandAmbiguïté et peur du conflit
Jacques ChiracAbandon par inaction
Nicolas SarkozyDéfaillance de l’État stratège
François HollandeSacrifice politique assumé
Emmanuel MacronRéveil tardif sous contrainte

Nicolas Sarkozy a été le dernier candidat à la présidentielle à assumer clairement, publiquement et sans complexe la politique nucléaire française.

Mais il n’a pas transformé cette assomption politique en protection structurelle durable.

C’est une responsabilité par insuffisance,

pas par reniement.

Sarkozy a assumé politiquement, mais il n’a pas verrouillé institutionnellement.

Dans une industrie de temps long, cela ne suffit pas.

La peur après Tchernobyl a désarmé le courage.

L’administration a occupé le vide laissé par le politique.

Mais le point de rupture n’est pas diffus : il est daté.

Avec François Hollande, on change de nature.

Le recul du nucléaire devient :

• explicite,

• revendiqué,

• inscrit dans la loi.

François Hollande :

• conclut un accord électoral avec les écologistes,

• accepte la fermeture de Fessenheim comme monnaie politique,

• inscrit la réduction du nucléaire dans la loi,

• transforme un atout stratégique majeur en variable d’alliance.

Ce choix ne repose :

• ni sur une analyse industrielle,

• ni sur une nécessité énergétique,

• ni sur une contrainte technique.

On sacrifie définitivement et délibérément un atout national majeur à une survie électorale , à une ambition personnelle et à un équilibre partisan

Avant Hollande, le nucléaire était fragilisé.

Avec Hollande, il est délibérément sacrifié.

C’est là que la France administrée cesse d’être une dérive

et devient une politique d’abandon.

Le nucléaire n’a pas échoué.

Le pouvoir politique a renoncé à gouverner.

VII. Ce que révèle le nucléaire français

Le nucléaire français ne révèle pas :

• l’échec de la science,

• l’échec des ingénieurs,

• l’échec du progrès.

Il révèle :

• l’effondrement du courage politique,

• la peur du conflit,

• la domination de l’administration sur la décision,

• l’incapacité à penser le long terme.

Exactement ce que décrit La France administrée.

Conclusion

Le nucléaire français fut un chef-d’œuvre industriel.

Il est devenu un cas d’école politique.

Non pas celui des excès du progrès,

mais celui d’un État qui a cessé de gouverner.

Le nucléaire n’a pas échoué.

La France a renoncé au courage politique.

© Paul Germon

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